Neo-Tokyo, 2019. 31 ans après la Troisième Guerre Mondiale, rien ne va plus dans la capitale du Japon. La fissure entre le pouvoir et la population est telle que les manifestations sont quasi-quotidiennes et violemment réprimées par les forces de l’ordre. Dans cette atmosphère de révolution un gang de jeunes motards délinquants emmenés par Kaneda se bat régulièrement avec un autre gang. Un soir de course-poursuite dans la ville un membre du gang, Tetsuo, a un accident en voulant éviter un enfant sur une route. Un enfant étrange, aux traits vieillis et récupéré immédiatement par un détachement militaire. Tetsuo est lui emmené dans un laboratoire et soumis à des expériences bizarres. Tandis que Kaneda se lie à un groupe anarchiste et à la belle Kay pour découvrir ce qui est arrivé à son ami, Tetsuo a des crises de plus en plus violentes et acquiert des pouvoirs extraordinaires et destructeurs. Les mêmes pouvoirs qu’un trio d’enfants ayant subi des expériences similaires 31 ans plus tôt. La clé de ce mystère réside dans un nom : Akira.
Akira c’est tout d’abord un manga paru dans les années 80. Ou devrais-je dire LE manga, celui qui a fait entrer le 9ème Art japonais dans l’âge adulte et qui est devenu la référence ultime du genre. L’œuvre monumentale d’un seul homme: Katsuhiro Otomo. Forcément, suite au succès planétaire de son chef-d’œuvre il était logique qu’il se lance dans une adaptation pour le cinéma. Et le résultat est tout bonnement hallucinant! En fait il a réussi l’adaptation parfaite. Car condenser 1500 pages dessinées en un film d’animation de 2 heures sans décevoir les fans de l’œuvre originelle (contrairement à Lynch pour Dune) est un véritable tour de force. Ensuite le film est techniquement impeccable. La qualité de l’animation est impressionnante et les couleurs magnifiques. Sans oublier la réalisation elle-même car Akira est mis en scène comme un film « live » et bénéficie d’un découpage exemplaire.
Mais la grande force du film est son scénario. Pas de scène d’exposition inutile, Otomo nous fait rentrer dans le vif du sujet à la manière d’un Carpenter puis installe l’intrigue tout en prenant le temps de développer la psychologie des personnages. Tetsuo veut prouver qu’il vaut mieux que son rôle de faire-valoir, voire de souffre-douleur, et la découverte de ses pouvoirs va être ce déclencheur. Kaneda est tiraillé entre son amitié pour Tetsuo et la haine de ce que Tetsuo est devenu. Le colonel doit devenir pire que ces politiciens qu’il déteste pour éviter la catastrophe. Kay fait tout pour paraître forte, mais elle est traumatisée lorsqu’elle doit tuer pour se défendre. Les enfants ne sont plus innocents, ils savent qu’il leur faut éliminer Tetsuo et font preuve de cruauté. Tous ces personnages sont passionnants, très humains. On en oublierait presque que ce sont des bouts de celluloïd tant ils sonnent juste et échappent aux stéréotypes.
Akira est également un film qui s’interroge sur la condition humaine et son évolution (au sens large). Car Otomo est un artiste engagé. L’arrière plan du film (la corruption et l’incompétence des politiciens, l’abandon de l’éducation des jeunes, la « fracture sociale ») et les parti pris radicaux (la révolution comme unique alternative, détruire pour mieux reconstruire) sont la preuve d’une personnalité forte qui n’a pas peur des extrêmes et qui utilise la violence non pas pour le plaisir mais pour mieux faire passer son message.
Métaphysique, visionnaire, pamphlétaire, social, Akira est tout cela à la fois. Un film charnière dans le film d’animation et de science-fiction qui a apporté une crédibilité au cinéma d’animation japonais et ouvert la voie à Mamuro Oshii (Ghost in the Shell). Vous avez dit chef-d’œuvre ?
En résumé:
L'adaptation d'un manga culte par son auteur. Un chef d'oeuvre visionnaire, tout aussi culte.
Note du rédacteur: 10/10
Note moyenne de la rédaction : 9.06/10