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par Gilles

Au commencement…

Rick Baker est né à Binghamton aux Etats-Unis en 1950. C’est à l’âge de 14 ans qu’il commence à s’intéresser sérieusement au maquillage. Sa passion pour les films fantastiques et les encouragements de son père le décident à franchir le pas. Il trouve son premier job à 16 ans comme sculpteur, mouleur et fabricant d’accessoires chez Clockey Productions, une maison de production TV. C’est là qu’il rencontre Doug Beswick avec qui il sympathise immédiatement. Ensuite il se décide à envoyer des photos de ses travaux à la légende vivante du maquillage Dick Smith (Little Big Man). C’est le début d’une profonde amitié entre le Maître et son mentor.


Travaux du jeune Baker… à 16 ans !

Les débuts

En 1971 premier long-métrage pour Rick, en l’occurrence Octoman. Pour ce téléfilm il dispose d’un budget astronomique de 500 dollars (!) pour construire un costume d’homme pieuvre (ci-dessous à gauche) avec l’aide de Doug Beswick. Le résultat est honorable pour deux jeunes novices. Vient ensuite Schlock le premier film d’un jeune réalisateur nommé John Landis. C’est l’occasion pour Baker de travailler sur un sujet qui le passionne : le singe. Il crée un costume de primate porté par Landis lui-même (à droite).

 

Suivent deux années plus discrètes durant lesquelles il collabore avec Larry Cohen. En 1973 il travaille sur un James Bond, Vivre et Laisser Mourir, pour lequel il construit la tête gonflée de Yaphet Kotto et le buste de Geoffrey Holder qui reçoit une balle dans la tête. La même année il assiste Dick Smith sur le mythique L’Exorciste puis crée le bébé mutant de Le Monstre est Vivant (ci-dessous) de Larry Cohen.


Un charmant bébé ! 

 

Hollywood : me voilà !


Le magnifique King Kong ! 

En 1976 après avoir travaillé sur La Nuit des Vers Géants arrive enfin le film qui va lui ouvrir les portes d’Hollywood : King Kong. Pour ce remake du chef-d’œuvre de Merian C. Cooper il est mis en concurrence avec Carlo Rambaldi. Obligé de collaborer avec le maquilleur italien (depuis ils se haïssent cordialement) Baker s’en sort haut la main. C’est d’ailleurs lui qui joue le gorille géant dans la majorité des plans.

En 1977 il est appelé à créer des aliens pour la scène de la cantina sur La Guerre des Etoiles (ci-dessous) car le responsable des maquillages Stuart Freeborn (2001 L’Odyssée de l’Espace) est submergé. Baker s’entoure de Doug Beswick, Jon Berg, Phil Tippet et un jeune homme qui fera beaucoup parler de lui : Rob Bottin.

 

I’m howling at the moon…

Les films se suivent pour Baker qui travaille sur Furie de Brian De Palma, puis Les Monstres sont Toujours Vivants, la suite du film de Cohen. Il donne un nouveau coup de main à Dick Smith sur Au-delà du Réel de Ken Russel et s’occupe en particulier de l’homme singe du film. Arrive l’année 1981, charnière pour la carrière de Baker. Il est contacté pour créer les loups-garous de Hurlements de Joe Dante. Il commence à travailler sur le film avec Rob Bottin, et c’est alors que John Landis lui annonce la mise en chantier d’un projet de longue date : Le Loup-garou de Londres. Baker confie donc les rênes du premier film à Bottin et s’embarque sur le futur film culte de Landis.

C’est véritablement grâce à ce film que Baker devient une star du maquillage. Son travail sur Le Loup-garou de Londres se distingue de Hurlements par deux aspects. Premièrement la scène de transformation se déroule en pleine lumière et non pas dans la pénombre. Elle y gagne en réalisme. Deuxièmement la technique utilisée est mécanique, c’est à base de câbles et de pistons que les déformations sont réalisées, alors que dans le film de Joe Dante ce sont principalement grâce à des poches gonflables. Rajoutons à cela les effets de décompositions de Jack (Griffin Dunne) ainsi que le loup tel qu’il apparaît à la fin, et nous avons des maquillages de lycanthropes incroyables qui n’ont jamais été égalés. C’est d’ailleurs sans surprise que Baker gagne un premier oscar amplement mérité.

De la nouvelle chair à... Christophe Lambert !

Alors qu’il travaille sur Le Loup-garou de Londres Baker est contacté par Spielberg sur le projet Nightskies. Baker est emballé et crée plusieurs extraterrestres avant que le film ne tombe à l’eau et que Spielberg ne choisisse une autre approche, plus pacifique, qui donnera un certain E.T. Un coup dur pour Baker, qui heureusement va se refaire une santé en 1983 grâce à David Cronenberg et Videodrome.

Videodrome est l’occasion pour Baker de travailler sur un film à la thématique très ambitieuse. Il lui est difficile de concrétiser les idées visuelles très viscérales de Cronenberg, mais il s’en sort haut la main.

Le film est un festival de maquillages marquants comme la cassette de chair, l’estomac-magnétoscope de James Woods, la télévision vivante, et une scène très gore où un personnage semble exploser de l’intérieur.

Après le film éprouvant de Cronenberg, Baker retrouve son domaine de prédilection : les primates. Pour Greystoke il s’attelle à sa plus grosse production. Pour la première fois il doit monter une équipe de 70 personnes qui va travailler durant dix mois pour créer les différents singes du film. Un travail titanesque pour un résultat magnifique !

Les années dorées… avant la chute

Après ce travail épuisant il s’offre une petite récréation quand son pote John Landis lui demande de bosser sur les maquillages du vidéo-clip de Michael Jackson Thriller. Au programme une transformation en loup-garou qui rappelle forcément celle de Le Loup-garou de Londres et de nombreux maquillages de morts-vivants. Pour la petite anecdote Baker fait une apparition : c’est le zombi qui ouvre la porte de la crypte.

Bambi entre les mains des maquilleurs

Le résultat !

Les deux années qui suivent sont très calmes pour Baker. Il fait de petits travaux sur Starman de Carpenter (le bébé), sur Ratboy de Sandra Locke et joue les consultants sur quelques productions. Arrive en 1987 le film qui va lui apporter son deuxième oscar, le méconnu Bigfoot et les Henderson. Pour cette comédie familiale Baker crée un bigfoot extraordinaire d’expressivité. Il est vrai que le regretté Kevin Peter Hall, l’acteur qui endosse le costume d’Harry, est pour beaucoup dans cet exploit (on retrouvera l’acteur dans la peau du mythique Predator).

En 1988 Baker retrouve son animal préféré pour le film de Michael Apted Gorilles dans la Brume. En 1990 c’est de nouveau un très gros projet qui l’attend avec Gremlins 2 où il prend la relève de Chris Walas. Là aussi son équipe abat un travail titanesque pour donner vie aux 300 créatures du film, dont un étonnant « gremlin-araignée ». Devant la quantité de travail et le budget astronomique que demandent les effets spéciaux il choisit de co-produire le film, une première pour lui.

Un gremlin... sexy !

Et un autre… crétin !

Mais Gremlins 2 est un échec cuisant au box-office. C’est le début d’une longue traversée du désert pour Baker qui, de projets avortés en occasions manquées va ronger son frein pendant quatre années.

Back to the top !

 

Alors qu’il se met sérieusement à douter de son avenir (dans le même temps Stan Winston est devenu le n°1 de la profession) il reçoit en 1994 une proposition de Tim Burton pour son Ed Wood. Son admirable travail pour transformer Martin Landau en Bela Lugosi (ci-contre) lui vaut un troisième oscar et surtout il attire de nouveau l’attention d’Hollywood. 

Après Batman Forever (Double Face) et Fantômes contre Fantômes (le juge) arrive Le Professeur Foldingue. Baker et ses trente assistants se surpassent dans ce remake du classique de Jerry Lewis Docteur Jerry & Mister Love. Non seulement ils transforment Eddie Murphy en obèse de 200 kilos (ci-dessous), mais ils s’occupent aussi de toute la famille Klump et du professeur d’aérobic blanc, tous joués par… Eddie Murphy !

 

Le Professeur Foldingue signe le retour définitif de Baker dans le duo de tête des stars du maquillage, et lui apporte aussi son quatrième oscar !

 

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