Je m’appelle
Murphy
Il n’est pas nécessaire de présenter le film Robocop,
réalisé par le Hollandais fou Paul Verhoeven. Si le cyborg est aujourd’hui
entré dans le panthéon des héros, c’est surtout grâce au travail de Bottin
qui a créé un costume magnifique.
« Pour moi, Robocop est une bande dessinée ultra
violente dont le personnage principal devait avoir l’air d’un super héro tout
droit sorti des usines Marvel. »
Avec son casque barré d’une visière noire, Murphy ressemble
en effet à un héro bien connu : Cyclope, le leader des X-Men. Mais la
comparaison s’arrête là. Le reste de l’anatomie de Robocop évoque davantage
une armure médiévale. Bottin a passé dix mois sur la conception de ce costume.
Pourquoi une si longue période ?
« Parce que Paul demandait un nombre invraisemblable
de modifications. Changer, changer, toujours changer ! Je n’ai jamais
fait autant de croquis de ma vie pour un seul réalisateur. »
L’équipe de Bottin crée aussi une réplique de l’acteur
Peter Weller lors de la scène de l’exécution de Murphy, et un maquillage pour
Paul McCrane quand il ressort d’un bain d’acide (ci-dessous). Beurk !
Suivent trois années très calmes, avant que Bottin ne
retrouve Verhoeven sur le monumental Total Recall.
Mutants et Cie
Rappelons que Total Recall est l’un des premiers
films dont le budget atteint les 100 millions de dollars. C’est donc dans
des conditions de travail très confortables que Bottin et son équipe s’attèlent
à cette entreprise. Premier challenge : créer des mutants inédits, monstrueux,
laids mais toujours humains. Il y en a pour tous les goûts, notamment pour
les amateurs de forte poitrine !
Mais le mutant le plus surprenant est bien entendu Kuato,
le chef des rebelles. C’est le frère siamois de George, un autre rebelle,
qui se développe sur son estomac. Le résultat est absolument incroyable, une
merveille de technique dont les mouvements sont étonnament fluides (notamment
les lèvres) et qui nécessitte 17 opérateurs lors du tournage.
Autre création très réussie : Johnny Taxi. Et Bottin
d’expliquer comment est né ce chauffeur sympathique.
« Paul Verhoeven avait initialement envisagé le
véhicule sans chauffeur. C’était vraiment décevant pour un artiste, surtout
depuis la voiture parlante de K
2000. J’ai donc proposé de créer Johnny Taxi, un robot toujours heureux
et amical. Puis j’ai pensé : qui a un sourire de géant de conte de fées
et me fait rire ? Robert Picardo bien sûr ! »
Bottin va donc mouler le visage de son ami Robert pour
créer Johnny, une petite merveille qui dans le film va franchement énerver
Schwarzy (ci-dessous, à droite Bottin assiste Verhoeven lors du tournage de
la séquence).
Schwarzenegger est l’autre source d’effets spéciaux du
film. Vous me direz : c’est un effet spécial à lui tout seul (et pas
toujours crédible !). Certes. Mais plusieurs scènes requièrent des maquillages,
dont celle où il s’extrait une sonde par le nez. Pour cette séquence c’est
une réplique hyper réaliste de l’acteur qui est utilisée (ci-contre).
Enfin une des séquences les plus folles du film :
Doug Quaid, déguisé en femme, débarque sur Mars et est démasqué à la douane.
Dans le scénario la séquence évoque un simple masque en caoutchouc. Bottin
propose quelque chose d’inédit : la tête de la femme est un puzzle robotique
qui se rétracte pour dévoiler Schwarzy. Un effet aussi inattendu que réussi.
Recherche Rob désespérément
Curieusement Total Recall va marquer le début
de retraite de Bottin. Le maquilleur va se faire de plus en plus rare dans
les années 90, sans que l’on sache vraiment pourquoi. Il abandonne peu à peu
le fantastique pour se consacrer au polar et au film d’action. Il signe les
effets pour la première séquence de Basic Instinct, il crée des prothèses
pour Tom Cruise dans Mission Impossible et il s’occupe des maquillages
de Victor pour Se7en.
Mais apparemment la flamme n’y est plus. Entre des effets
discrets pour Las Vegas Parano (les lézards, ci-dessus) et Fight
Club, il se contente de jouer les consultants pour Mimic et Un
Cri dans l’Océan. Le début du 21ème siècle n’est guère plus
prolifique. Récemment on a évoqué son nom pour la réalisation de Freddy
vs Jason mais le film est finalement tombé dans les mains de Ronny Yu.
Alors Rob Bottin, génie frustré ? C’est en tout
cas bien dommage de ne plus pouvoir être émerveillé par les monstres de cet
immense maquilleur.