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DOSSIER:

Rob Bottin – le génie des années 80

Deuxième Partie

Un dossier réalisé par Gillou

 

->Première partie du dossier<-

Démons et merveilles

Puis arrive Legend. La participation de Bottin au film de Ridley Scott est un sujet de controverses puisqu’au départ c’est Rick Baker qui était pressenti. Je ne connais pas tous les détails de l’histoire mais il semblerait que Bottin ait usé de stratagèmes pas très sympathiques, voire malhonnêtes pour décrocher le contrat. Depuis les deux hommes sont définitivement brouillés. Mais cela ne remet pas en cause le formidable travail accompli sur Legend.

Rob Bottin s’installe pendant une année en Angleterre où est tourné ce film d’heroic fantasy. Le plus grand challenge qu’il se doit de relever est Darkness, le Seigneur des Ténèbres. Il s’inspire du démon qui apparaît dans Fantasia, le dessin animé des studios Disney, et crée un diable d’une beauté incroyable ! Incarné par Tim Curry, Darkness est quasiment la raison d’être de ce film enchanteur.

Mais il y a bien d’autres personnages. Les serviteurs de Darkness, les Goblins sont des créations très originales voire loufoques (notamment celui qui ressemble à un cochon). Quant aux Elfes certains maquillages sont très discrets (juste des oreilles pour Tuck, incarné par le regretté David Bennent) et des prothèses plus complexes sont appliquées pour les autres acteurs.

Cependant mon personnage préféré est certainement Meg Mucklebones, la sorcière du marais. C’est Robert Picardo qui incarne cette « beauté fatale ». On voit ci-dessous le concept initial et le résultat à l’écran.

Après Legend Bottin retrouve Joe Dante sur Explorers. Il crée Wak et Neek, deux extra-terrestres au look une fois de plus incroyable. Bottin veux à tout prix faire oublier qu’il y a un homme portant un costume, c’est pourquoi il choisit de placer les yeux en haut d’appendices. Le résultat est très fun !

  

1987 est une grosse année pour Rob qui travaille sur 3 films. Il y a tout d’abord L’Aventure Intérieure, toujours de Joe Dante, dans lequel il métamorphose Martin Short en Robert Picardo. Ensuite on le retrouve sur Les Sorcières d’Eastwick avec les transformations de Jack Nicholson dans le final. Mais c’est surtout la création du flic du futur qui va faire parler de Bottin.

Je m’appelle Murphy

Il n’est pas nécessaire de présenter le film Robocop, réalisé par le Hollandais fou Paul Verhoeven. Si le cyborg est aujourd’hui entré dans le panthéon des héros, c’est surtout grâce au travail de Bottin qui a créé un costume magnifique.

« Pour moi, Robocop est une bande dessinée ultra violente dont le personnage principal devait avoir l’air d’un super héro tout droit sorti des usines Marvel. »

Avec son casque barré d’une visière noire, Murphy ressemble en effet à un héro bien connu : Cyclope, le leader des X-Men. Mais la comparaison s’arrête là. Le reste de l’anatomie de Robocop évoque davantage une armure médiévale. Bottin a passé dix mois sur la conception de ce costume. Pourquoi une si longue période ?

« Parce que Paul demandait un nombre invraisemblable de modifications. Changer, changer, toujours changer ! Je n’ai jamais fait autant de croquis de ma vie pour un seul réalisateur. »

L’équipe de Bottin crée aussi une réplique de l’acteur Peter Weller lors de la scène de l’exécution de Murphy, et un maquillage pour Paul McCrane quand il ressort d’un bain d’acide (ci-dessous). Beurk !

Suivent trois années très calmes, avant que Bottin ne retrouve Verhoeven sur le monumental Total Recall.

Mutants et Cie

Rappelons que Total Recall est l’un des premiers films dont le budget atteint les 100 millions de dollars. C’est donc dans des conditions de travail très confortables que Bottin et son équipe s’attèlent à cette entreprise. Premier challenge : créer des mutants inédits, monstrueux, laids mais toujours humains. Il y en a pour tous les goûts, notamment pour les amateurs de forte poitrine !

                 

Mais le mutant le plus surprenant est bien entendu Kuato, le chef des rebelles. C’est le frère siamois de George, un autre rebelle, qui se développe sur son estomac. Le résultat est absolument incroyable, une merveille de technique dont les mouvements sont étonnament fluides (notamment les lèvres) et qui nécessitte 17 opérateurs lors du tournage.

Autre création très réussie : Johnny Taxi. Et Bottin d’expliquer comment est né ce chauffeur sympathique.

« Paul Verhoeven avait initialement envisagé le véhicule sans chauffeur. C’était vraiment décevant pour un artiste, surtout depuis la voiture parlante de K 2000. J’ai donc proposé de créer Johnny Taxi, un robot toujours heureux et amical. Puis j’ai pensé : qui a un sourire de géant de conte de fées et me fait rire ? Robert Picardo bien sûr ! »

Bottin va donc mouler le visage de son ami Robert pour créer Johnny, une petite merveille qui dans le film va franchement énerver Schwarzy (ci-dessous, à droite Bottin assiste Verhoeven lors du tournage de la séquence).

 

 

Schwarzenegger est l’autre source d’effets spéciaux du film. Vous me direz : c’est un effet spécial à lui tout seul (et pas toujours crédible !). Certes. Mais plusieurs scènes requièrent des maquillages, dont celle où il s’extrait une sonde par le nez. Pour cette séquence c’est une réplique hyper réaliste de l’acteur qui est utilisée (ci-contre).

Enfin une des séquences les plus folles du film : Doug Quaid, déguisé en femme, débarque sur Mars et est démasqué à la douane. Dans le scénario la séquence évoque un simple masque en caoutchouc. Bottin propose quelque chose d’inédit : la tête de la femme est un puzzle robotique qui se rétracte pour dévoiler Schwarzy. Un effet aussi inattendu que réussi.

Recherche Rob désespérément

Curieusement Total Recall va marquer le début de retraite de Bottin. Le maquilleur va se faire de plus en plus rare dans les années 90, sans que l’on sache vraiment pourquoi. Il abandonne peu à peu le fantastique pour se consacrer au polar et au film d’action. Il signe les effets pour la première séquence de Basic Instinct, il crée des prothèses pour Tom Cruise dans Mission Impossible et il s’occupe des maquillages de Victor pour Se7en.

Mais apparemment la flamme n’y est plus. Entre des effets discrets pour Las Vegas Parano (les lézards, ci-dessus) et Fight Club, il se contente de jouer les consultants pour Mimic et Un Cri dans l’Océan. Le début du 21ème siècle n’est guère plus prolifique. Récemment on a évoqué son nom pour la réalisation de Freddy vs Jason mais le film est finalement tombé dans les mains de Ronny Yu.

Alors Rob Bottin, génie frustré ? C’est en tout cas bien dommage de ne plus pouvoir être émerveillé par les monstres de cet immense maquilleur.

Horreur.net 2003