Pour la plupart des grands admirateurs du travail de Lucio Fulci, la période cinématographique faste du réalisateur Italien s'est stopée net en 1982 avec le très controversé "L'éventreur de New-York". Suite à quoi, le cinéaste a enchaîné les navets, bien souvent désavoués par l'intéressé en question ("Manhatan Baby", "2072, les guerriers du futur", "Murderock").
Pourtant, Lucio Fulci semble reprendre du poil de la bête en 1986 avec le thriller érotique "Le miel du diable", suivi en 1987 par le très sous-estimé "Aenigma" et en 1988 (malgré sa furtive participation à la confection de "Zombi 3") par deux petits téléfilms qu'aucune chaîne de télévision n'a finalement daigné de diffuser car trop violents.
Si le premier d'entre-eux, "Les fantômes de Sodome", n'est qu'une immense fumisterie qui aurait pu être largement dirigée par n'importe quel tâcheron du genre; le second, "Soupçons de mort", s'avère largement plus intéressant.
Sans pour autant renouer avec l'âge d'or du cinéma de son réalisateur (quoique...), ce film reflète le côté obscur d'un Lucio Fulci malade et au bord de la ruine (c'est plus ou moins par dépit qu'il accepte de travailler sur ses dernières réalisations) qui nous brosse le portrait sans concession d'un flambeur invétéré qui se retrouve obligé de liquider de riches veuves pour pouvoir subvenir à ses besoins financiers. Et les femmes en question ne sont guère mieux que leur amant du soir: une alcoolique à la pilosité plutôt dévelopée, une hideuse créature qui ne semble pas réaliser à quel point son bec de lièvre est repoussant (alors qu'elle le tartine de rouge à lèvre) ou encore une cantatrice paumée qui passe les 24heures de sa journée à chanter (à moins qu'elle n'est eu un orgasme plus que stimulant).
Et c'est avec beaucoup de voyeurisme et de plaisir que Fulci filme la mort atroce de chacune d'elle. Les différentes conjointes du tueur se font tour à tour démembrer à la tronçonneuse ou bien éclater la tête à coup de batte pour être livrée en pature à des cochons, sous un air très enjoué de musique classique (signée Carlo Maria Cordio).
Le psychopate est question est interprété par l'étonnant Brett Halsey qui fût, durant les années 50, une sorte de nouveau James Dean par son physique d'Appolon pour ensuite devenir un des comédiens les plus actifs du western spaghettis entre les années 60-70 (on l'a notamment vu aux côtés de Bud Spencer dans "5 gâchettes d'or" de Tonino Cervi). Les maîtresses de cet homme-là sont incarnées par d'illustres inconnues, dont la très peu attirante Sacha Darwin pourtant soeur de Romy Schneider et qui se distingua quelques années après dans plusieurs films d'horreurs bas de gamme estampillés "Lucio Fulci présente" pour l'argument commercial ("Bloody Psycho", "Murder secret" de Mario Bianchi) même si elle a effectivement jouée dans le dernier film du cinéaste, "Voix profondes".
La dernière commère de l'horrible personnage de ce film prend forme sous les traits de Zora Kerova , vue dans "Anthropophagous" de Joe D'Amato, "Les nouveaux barbares" de Enzo G.Castalleri ainsi que dans "L'éventreur de New-York" (elle y joue une sex-performer) et dans "Cannibal Ferox" de Lenzi, son seul titre de gloire d'ailleurs puisqu'elle s'y retrouve pendue par les seins !
Il est aussi possible d'admirer, au détour de quelques magouilles effectuées dans un hangard miteux, l'exceptionnel Al Cliver (crédité sous son vrai nom: Pierluigi Conti) cette fois-çi rasé avec des cheveux bien gominés.
Téléfilm oblige, Fulci disposait de tout petis moyens et celà s'en ressent sur une mise en scène sans relief. "Soupçons de mort" a été tourné en plein cadre, avec un bien pauvre 16 mm; pour 250 000 000 de lires en tout (ce qui ne représentait pas grand chose déjà à cette époque-là). Les plans sont très souvent filmés caméra à l'épaule, même les longs travellings dans la maison du protagoniste, ce qui ne fait pas très professionnel.
Reste tout de même un excellent film gore made-in-Fulci, bien rythmé, complètement malsain et teinté d'un petit soupçon humour noir qui fait plaisir.
Malgré une réalisation sans relief, téléfilm oblige, cet étonnant Soupçons de Mort s'impose comme l'une des réalisations les plus insolites, cruelles et foutraques du maestro. Le pitch s'inspire du fameux conte de Barbe Bleue, dans lequel un richissime personnage assassine des femmes après les avoir séduites. Ici, il s'agit d'un flambeur invétéré qui se décide à rembourser ses dettes en s'entichant de veuves aux portefeuilles bien remplis, afin de les occire et de les dépouiller de leur pactole par la suite. Dans la peau dudit bonhomme, le comédien Brett Halsey tire à merveille son épingle du jeu. La première partie de Soupçons de Mort recèle d'effets gore particulièrement crapoteux: cadavre démembré de toutes pièces à la tronçonneuse (et en gros plan, s'il vous plaît) avant d'être transformé en viande hachée puis livré aux porcs, visage d'une femme réduit en bouillie à gros coups de bâton en pleine poire, puis fonte du faciès de la même personne – déjà morte –, expédiée dans un four, vagabond écrabouillé avec insistance sous les roues d'une voiture, pour finir par ne demeurer plus qu'un gros pâté sanglant. Notons que les trucages, compte tenu du budget dérisoire de l'entreprise, n'ont rien à envier à ceux de Giannetto De Rossi (L'Au-delà, La Maison près du Cimetière). Fulci est complètement déchaîné, ça se voit clairement. Déchaîné, ou plutôt dérangé, il l'est aussi lorsqu'il filme avec une complaisance maladive la laideur incommensurable de chaque veuve de notre cousin de Barbe Bleue: l'une est une authentique femme à barbe, aussi ventripotente que repoussante, l'autre se voit affublée d'une abominable cicatrice couronnant sa lèvre supérieure – constamment filmée en gros plan –, pour n'en citer que les deux pires. On est en mesure, à la vision de tout cela, de se demander ce qui a bien pu passer par la tête de ce bougre de Fulci. Toujours est-il que le réalisateur semble s'amuser comme un dingue parmi cet océan de mauvais goût, à vous filer une crise de foie. Avec le recul, Soupçons de Mort s'avère souvent drôle, pétri d'un humour noir savoureux, rappelant presque à certains – rares – instants les comédies italiennes des années 50-60 dans la tradition du genre. Egalement dépourvu de temps morts et accompagné par quelques morceaux de musique classique raffinés, l'ensemble se suit au final avec un plaisir coupable, du moment que l'on ne se pose trop de questions quant à son sens. Fulci s'attarde sur les pulsions schizophréniques de son héros assassin dans la seconde moitié du métrage, dont la fin par ailleurs très expédiée en déroutera plus d'un – mieux vaut ne pas en dire davantage là-dessus. Ses hallucinants passages de boucherie grand-guignolesque font de Soupçons de Mort l'un des objets les plus gore de Fulci. En outre, ce goûteux téléfilm se révèle suffisamment distrayant et rythmé pour constituer une jolie réussite dans la carrière du maestro. Un petit régal.
Lucio Fulci, réalisateur culte, ce lance dans la réalisation de ce Télé-Film gore. Un homme un peu perturber, ayant des visions, assassine des femmes violament. Un petie film tres sympa mais loin de ces anciens chef-d'oeuvre. Un film quand meme tres gore, étrange et en meme temps drole. D'ailleurs, quelques scene on été reprit en hommage dans sont film 'Nightmare Concert'. 6.5/10