Adapté du "Demon seed" ( chez nous "La semence du démon" ), premier best seller de Dean Koontz, "Génération Proteus" demeure un petit bijou du genre, hélas trop méconnu. Si l'on est en droit d'être un brin déçu par les libertés que prend le script par rapport au roman ( ici l'héroïne n'est plus sujette à des troubles psychiques relatifs à son enfance et le psychopathe lobotomisé par l'ordinateur est absent du petit écran, remplacé par un bras mécanique sur roulettes...de même le final est radicalement opposé à celui de l'oeuvre originale ) et la perte de l'humour noir particulièrement redoutable et dérangeant, on peut toutefois applaudir cette relecture ambitieuse qui, servie par une Julie Christie admirable et des trucages efficaces, instaure un climat de mal être palpable au fur et à mesure que le piège se referme sur cette pauvre victime, comme si nous subissions nous même la torture morale, voire physique, en même temps que l'héroïne tant le calvaire qu'elle endure parait abominable aussi bien psychologiquement que génétiquement parlant ( je n'en dirai pas plus ). A ce titre on n'est pas loin des oeuvre de Cronenberg avec cette fascination pour l'organisme, bien que le film de Donald Cammell privilégie avant tout la suggestion lors des expérimentations médicales et la confrontation entre Christie et cette voix menaçante. Ce n'est vraiment que vers le dernier quart du long métrage qu'il déploie l'arsenal des gros effet-spéciaux avec notamment l'irruption d'un mécanisme métallique tranchant ressemblant à une cocotte de papier géante ou encore un inquiétant hybride entre l'humain et la machine. Mais bizarrement ces deux entités gâchent un peu la dimension froide et malsaine qui avait été instaurée jusqu'ici. Malgré tout, ce "Génération Proteus" reste un produit très recommandable qui demeure l'une des meilleures variations sur les dangers de l'informatique, à ranger aux côtés du Hal de "2001, l'odyssée de l'espace" de Kubrick, et dans une certaine mesure auprès de "Terminator" de James Cameron.
Cette variation sur le robot intelligent et indépendant dépassant ses créateurs pouvait donner lieu à un bon film de S-F. Il n'en est rien, Cammell privilégiant trop la psychologie des personnages et une philosophie de seconde zone, oubliant un peu l'action pure et dure. Dommage pour Julie Christie, excellente en victime du robot. Mais l'ensemble est trop mou pour convaincre réellement...