HK video nous propose une sortie dvd beaucoup trop tardive c'est-à-dire 10 ans après "The Killer", limite foutage de gueule pour une qualité d'image moyenne il faut dire. Enfin en 2008, j'ai peu découvrir ce film, toute à fait à ce que je m'attendais, un polar brut de décoffrage dominé par chow yun-fat. Film qui pose les bases du style John Woo, utilisation de ralenties, honneur et morale poussé à l'extrême et gunfights magnifiquement chorégraphiés. Le style Woo atteindra avec apogé dans "The killer".
Pharaonique carton au box-office local, Le Syndicat du Crime ne semble en rien avoir perdu de sa puissance et de sa classe après toutes ces années passées. John Woo popularise définitivement le genre policier à Hong Kong avec cette œuvre culte, dont l'histoire et les éléments qui la définissent représentent désormais tout ce qui aura façonné la maestria du cinéaste, même s'il surenchérira encore à ce niveau-là dans le trio culminant de sa filmographie (The Killer, Bullet in the Head et Hard Boiled): amitié, fraternité, gunfights spectaculaires, brutalité galopante, symbolisme frimeur et éclats d'émotion déchirants, au centre d'un scénario qui a beau globalement ne rien révolutionner – trafic de fausse monnaie, déboires sentimentaux, trahisons, affrontements – et s'apparente à une simple série B de l'époque, tout comme le style visuel du film, son interprétation et ses dialogues d'ailleurs. Et c'est justement dans sa manière de ne pas s'évertuer à marcher sur les traces des grandes et longues fresques policières de référence, chose à laquelle l'on aurait pu s'attendre avant la découverte d'un film à succès comme celui-ci, que Le Syndicat du Crime apparaît si enthousiasmant encore à l'heure actuelle. Pas d'ampleur formelle démesurée, pas de psychologie des personnages sculptée par un orfèvre, un espace temporel plutôt restreint et une certaine naïveté tout asiatique, qui permettent à l'œuvre de s'éloigner des sentiers du Parrain ou d'Il était une fois en Amérique et la dispensent d'une quelconque étiquette d'ersatz mercantile – préférons plutôt l'appellation « bis » –, puisqu'elle ne recherche à aucun moment l'inspiration primaire des modèles américains susdits. En contrepartie, John Woo n'a guère crainte de filmer des scènes d'action ultra-violentes et stylisées, sur une musique mélodramatique et des cascades chorégraphiées, où le sang coule à flot et les héros ne meurent pas, sinon à la fin. Le spectateur habitué aux canardages d'aujourd'hui, plus secs et réalistes, risque fort de s'en retrouver partagé entre l'ironie et la déception. Tant pis pour lui. Malgré le fait qu'ils soient assez caricaturaux, les comédiens n'en restent pas moins très bons et leurs personnages attachants; Chow Yun-Fat qu'on retrouvera dans les deux autres volets du Syndicat du Crime avec une présence cette fois réellement mise au premier rang, le sobre Ti Lung, un Leslie Cheung encore bien jeune et Waise Lee dans la peau du méchant occupent les rôles principaux chacun avec beaucoup de savoir-faire. Le Syndicat du Crime, grand instigateur du polar HK traditionnel, est à l'arrivée un formidable concentré d'ultra-violence, d'émotion, de drame sentimental et de scènes d'amitié touchantes, soutenu par un récit très dense et une belle réalisation, qui demeure à juste titre l'un des films les plus réputés de John Woo.