Satoshi Kon renouvelle l'exercice de la mise en abîme et des vertiges spatio-temporels dans lesquels le spectateur se trouve délicieusement surpris voire déboussolé.
La trame nous oriente dans un sens, nous donne l'illusion d'un décorum qui se trouve aussitôt brisé et remplacé par un autre. Très vite, on se demande où se situe le rêve et la réalité puisque le film joue en permanence sur les deux plans mais aussi sur la dualité de son héroïne dont l'avatar onirique va s'avérer être bien plus qu'une simple projection personnelle.
On se trouve malgré nous aspiré dans un tourbillon narratif où tous les délires possibles prennent vie, à la fois merveilleux et inquiétants, enfantins et pervers.
Depuis eXistenz, on n’avait guère vu d'exercice audacieux dans l'interrogation de notre conception erronée du réel, d'autant plus qu'ici, l'interactivité est réellement de mise.
Ce tour de force, sublimé par la virtuosité de l'animation de Satoshi Kon, nous emmène bien plus loin que l'ébauche esquissée par Cronenberg.
Ici, nul support bio-electronique à cette virtualité. Le seul pod n'est que notre cerveau au potentiel infini quand il s'agit de verser dans le beau ou dans l'atroce. Ce cerveau qui délimite aussi de façon floue, la barrière entre nos rêves et notre vécu réel, ligne de démarcation qui se trouve ici tout bonnement annihilée au point de laisser déferler un rêve dément qui tentera de s'imposer en tant que paradigme universel.
De l'intime à l'apocalyptique, du monde de l'enfance à la mégalomanie du dictateur qui sommeille en chacun de nous, Paprika, ce serait un peu Alice au pays des merveilles en mode nippon : drôle, flippant, fou et pourtant profondément raisonné. Foncez voir cette perle!