Avouons-le direct, Red to Kill est l'un des films les plus malsains et dérangeants jamais tournés. Une véritable plongée dans un univers glauque, crasseux et immonde, qui laisse franchement perplexe, mais en même temps satisfait, comblé par ce qu'on attendait de lui. Les bandes d'exploitation à Hong Kong, c'est décidément pas comme celles de chez nous, occidentaux. Alors que nos vieilles séries Z, films de cannibales ou de zombis généralement de nationalité italienne ou américaine étaient la plupart du temps bâclés par de minables tâcherons sans la moindre notion cinématographique, les cantonais eux savent généralement tenir une caméra, mieux même, bon nombre d'œuvres classées dans la dite Category 3 en raison de leur complaisance dans le sexe et l'atroce font preuve d'un intérêt formel évident. C'est le cas de ce Red to Kill, thriller sulfureux et ultra-violent relatant un sinistre fait divers réel comme quoi une jeune handicapée mentale, violée par un dégénéré mental, n'aurait pu fournir un témoignage convaincant afin de mettre son agresseur sous les verrous lors du procès, occasionnant la libération immédiate de celui-ci. Billy Tang nous fait ressentir au mieux l'atmosphère insalubre et oppressante de son métrage en optant pour une mise en scène très brute, aidée d'une photographie sombre et saturée, un peu à la manière d'un esthétisme 80's à la fois cheap, sale et clinquant. Les décors cliniques hostiles de cet hôpital psychiatrique, lieu principal de l'action, y participent également pour beaucoup. Mais venons-en au fait: ce film choque non seulement par son degré extrême de sadisme (viols et brutalités physiques à la pelle) et la crudité de son érotisme, mais également par son caractère complaisant et son traitement totalement irrationnel: les acteurs n'ont aucune crédibilité et surjouent affreusement, tout sonne faux dans les situations, les rebondissements, les réactions et sentiments des personnages, on appuie le trait à n'importe quelle occasion et on renforce chaque effet à grandes nappes de synthétiseur bontempi – pour mettre le trouillomètre à zéro ou pour faire verser des larmes –, l'ensemble en devient profondément grotesque mais jamais drôle pour autant. Ces manies de mauvais film d'exploitation renforcent au contraire le malaise éprouvé, à l'instar du monumental Ebola Syndrome notamment, autre bande hardcore d'une morbidité inconcevable, car le premier degré crasse avec lequel le réalisateur traite son sujet donne réellement au métrage un aspect sordide. Notons que Red to Kill ne serait pas forcément à la hauteur de sa réputation sans la composition démentielle de Ben Ng en psychopathe dangereusement obsédé sexuel, lequel suscite un effroi palpable malgré les outrances de son jeu. Comme le cinglé Anthony Wong dans The Untold Story et Ebola Syndrome, quoiqu'en beaucoup plus caricatural, il représente une figure de salopard proprement impossible à oublier, tant il va jusqu'au bout de son rôle. Œuvre nauséabonde, transgressive et quasi traumatisante, Red to Kill se doit d'être placé parmi les cadors des productions HK classées Category 3. Le genre de film qui divise, entre ceux qui crient à la série Z abjecte et les autres qui prennent leur pied devant un spectacle aussi singulier et extrême.