Jackie Chan prouve son aptitude à jouer dans un registre dramatique avec ce polar glauque et survitaminé dans lequel on reconnaît aisément la patte de Kirk Wong, auteur du jouissif Gunmen et du surfait O.C.T.B entre autres. Si le comédien n'opte pas pour la nuance, s'il sait toujours aussi bien botter les fesses de ses adversaires, son personnage reste crédible et encaisse également quelques sales culbutes. Bon rôle à contre-emploi donc, d'autant que le film en lui-même, dans sa facture de série B explosive, sans chichis et sans temps morts, constitue une belle réussite du genre. Un scénario basé sur des faits réels et au-dessus de la moyenne (une histoire de magnat de l'immobilier enlevé par une bande de gangsters avec à sa tête un inspecteur de police corrompu) sur lequel le réalisateur de Rock n'Roll Cop développe un diptyque scènes d'action/d'enquête franchement haletant, renforcé par une photographie pleine de punch et de caractère (on ne dénombre plus les impressionnants travellings et autres plans de caméra portée qui confèrent à la mise en scène une énergie dévastatrice) ainsi qu'une BO très agréable de James Wong mêlant les sons de synthé de l'époque à des gros riffs de guitare électrique. Jackie donne la réplique au massif Kent Cheng, acteur à la carrière très riche (on a pu le voir dans des productions Shaw Brothers, de nombreuses Cat 3, des mob movies et des films parfois plus intimistes) qui livre ici une honnête interprétation dans la peau d'un ripou de première. Les seconds couteaux demeurent quant à eux assez insignifiants ou sous-exploités comme le personnage de la psy de Chan disparaissant du script au bout de vingt minutes alors qu'il avait matière à être plus approfondi. Outre cette – infime – scorie, on signalera quelques chutes de rythme résultant d'une narration un peu foutraque, chaotique et par moments éclatée, style Kirk Wong oblige. De même, la rumeur veut que Jackie Chan ait pris la décision raccourcir certaines scènes lui paraissant trop sanglantes ou licencieuses, d'où notamment quelques gunfights et un plan où Kent Cheng tripote une femme dans un ascenseur qui semblent avoir été un tantinet édulcorés. Ces deux ou trois faiblesses n'empêchent pas Crime Story de s'imposer comme un thriller ultra-efficace, répondant à l'humour charmant mais infantile des Police Story par une ambiance sombre, malsaine et stressante du meilleur tonneau. Un très bon polar d'action, opaque, spectaculaire et délicieusement ancré dans les années 90.