Il y a une chose qui est incontestable, c'est qu'il y a une grande recherche visuelle dans ce film. Certaines séquences sont étonnantes, envoutantes, fascinantes... Il y a un grand savoir faire dans le montage (même s'il est parfois un peu trop cut), et un sens de l'esthétisme et de l'onirisme tout bonnement renversants! Le problème avec ce film, c'est que le scénario, bien qu'il soit intelligent et recherché (même si le domaine des rêves n'est pas une nouveauté, il est utilisé ici avec beaucoup de personnalité), a tendance à se perdre, à se disperser, a ne plus trop savoir comment assembler son trop plein d'idées, et devient par là même bancal et difficile à suivre... L'enquête est intéressante, et les interprètes excellents, mais au bout d'un moment on a un peu l'impression d'être égarés au milieu d'une forêt à la nuit tombante... Bien sûr la fin offre son explication... mais elles ne répond pas à toutes les questions que l'on a pu se poser, n'enterre pas tous les illogismes que l'on a cru voir, à tord ou a raison (l'ensemble étant un peu bordélique, donc je le répète pas toujours évident à suivre), ne bouche pas tous les trous... Reste une oeuvre visuellement magnifique, avec des scènes chocs surprenantes, le tout servi par une musique particulièrement réussie. Quant à l'histoire, elle nous emmène loin, très loin, mais pas toujours là où l'auteur le souhaiterait. Quoi qu'il en soit, il se dégage de ce film une grande force qui outre l'aspect visuel splendide, créé une ambiance morbide et onirique qui vous emporte malgré toutes vos questions!
Tsukamoto explore avec son Nightmare Detective l'univers du cinéma d'épouvante classique, à l'approche très moderne. Si l'image s'est adoucie, oubliant la caméra noir et blanc et l'aspect granuleux d'antan, le cinéaste de Tokyo Fist ne s'est pas pour autant assagi avec le temps. Le cinéaste retrouve d'ailleurs le punch qu'on lui connaissait, en moins expérimental, mais toujours aussi brutal dans son approche du polar Tokyoïte moderne. Nightmare Detective est moderne, tout simplement, et reflète par moment hélas trop bien l'état de santé du cinéma japonais actuel, à savoir trop bancal. A aucun moment le dernier Tsukamoto convainc totalement, il y a toujours ces petits éléments pénibles qui plombent la franchise estampillée Tsukamoto : l'interprétation au premier abord, décevante et atrocement paresseuse prouve que Hitomi n'est pas une actrice mais bel et bien une chanteuse pop tombée un peu par hasard dans cette enquête déstabilisante, manipulée par un trio d'acteurs sans grande saveur non plus, entre un Mastuda Ryuhei poseur (infiniment plus troublant chez Oshima avec Tabou), un Osugi Ren complètement à côté de la plaque (une vraie marque de fabrique!) et un Ando Masanobu plus bleu que jamais, il n'y a bien que la performance très correcte de Harada pour sauver l'ensemble du naufrage; comme d'habitude rehaussé par la participation de Tsukamoto himself dans un rôle lui allant comme un gant, celui du détraqué, évidemment.
Nightmare Detective n'échappe donc pas au copycat pur et simple des mises à mort façon Nightmare on Elm Street, le meilleur Craven, pourtant si le cinéaste choisit clairement la facilité pour faire déguster ses protagonistes, sa mise en scène étonne une nouvelle fois par sa complexité et son sens du cadrage pas commun. La première séquence en vue subjective est alors une réussite absolue, montée de manière très saccadée et tenant la dragée haute aux meilleures productions des nineties, le succès d'une superbe alchimie entre le Tsukamoto indépendant (monteur, réalisateur, interprête, scénariste...) et son compositeur attitré Ishikawa Chu qui nous livre un travail sur la bande-son absolument stupéfiant, peut-être son plus complexe. On trouvera toujours à redire sur l'enquête souvent poussive, l'inutilité des clins d'oeil de bonne guerre aux Ringu-Like en début de métrage et cette étrange sensation d'être en face un MPD Psycho (photo, dynamique, polar/fantastique), mais la férocité Tsukamotesque l'emporte sur tout. Le colis arrive à destination avec quelques cornes, mais on ne s'est clairement pas moqué de nous sur la marchandise.