| Les grandes espérances
Après son abominable La Passion du Christ (et encore je ne parle que cinématographiquement parlant) Mel Gibson nous revient avec Apocalypto, film sur la civilisation des Mayas tourné intégralement en langue Maya, dialecte disparu depuis pas mal de temps, tout comme le fut La Passion… tourné en Araméen et dont c’était bien là le seul bon point. Alors que faut-il attendre du dernier bébé de l’acteur-réalisateur plus enclin à faire scandale dans la presse mondiale, que ce soit par ses actes ou par ce navet religieux qu’on ose appeler un film, plutôt qu’à réaliser des grandes œuvres dans la lignée de son Braveheart encore présent dans tous les esprits. Alors le film est-il une nouvelle charge à mettre contre Mel ou bien l’admirable rédemption tant attendue ? Je pencherais pour la seconde option sans aucune hésitation. Alléluia mes frères ! Le grand Mel est de retour parmi nous.

Running Man
S’intéressant donc cette fois-ci à la culture Maya, Mel Gibson revient à un genre où il s’est particulièrement distingué en tant qu’acteur et qu’il maîtrise parfaitement : le cinéma d’action. Avant d’être un film historique, Apocalypto se présente comme un énorme film d’action bourrin et énervé comme on n’en avait pas vu depuis un certain temps dont le plus grand moment de bravoure reste toute la dernière partie du film. Une course poursuite finale entre le héros fuyant ses ravisseurs, après que celui-ci eut tué le fils du redoutable chef (charismatique à mort) qui n’a qu’une envie, celle de lui arracher vivant sa peau et la revêtir (tout un programme !). Le héros court pour sauver sa peau mais également celle de sa famille prise au piège dans un gouffre. Une situation totalement dramatique que Gibson va maîtriser de bout en bout (jusqu’à un climax qu’on ne voit pas venir) délivrant son lot de suspense et de sueurs froides au bon moment. Équipé d’une caméra HD dernier cri, Gibson va parfaitement profiter de sa légèreté et de la liberté de mouvement qu’elle apporte pour filmer de manière magistrale son décor principal (c’est bien simple depuis John McTiernan et son Predator la jungle n’a jamais été aussi bien filmée) et l’action. Ainsi la caméra grimpe, descend, suit les personnages avec une fluidité telle qu’elle confère une énergie exceptionnelle à l’ensemble. En revenant à un cinéma primaire et purement visuel (le film comporte assez peu de dialogues), Mel Gibson renoue avec la réussite de son Braveheart et nous rappelle qu’il est un grand réalisateur.

Faut que ça saigne !
Comme à son habitude Mel ne conçoit pas l’action sans violence et on peut dire qu’Apocalypto ne fait pas défaut de ce côté-là. Une violence excessive qui va en rebuter beaucoup (c’est sûr que Brigitte Bardot va faire un malaise quand au sort réservé aux animaux dans le film) mais qui se justifie pleinement par la peinture réaliste et barbare d’une époque que décrit Apocalypto. Tout comme le fut Braveheart et dont le film est comparable sur bien des points (la mort du père de Patte de Jaguar ressemble fort à celle de l’épouse de William Wallace). Les Mayas ne faisaient pas dans la dentelle et Gibson est bien décidé à rendre toute la folie furieuse des sacrifices religieux dans une séquence complètement dingue n’épargnant rien des détails sanglants (le cœur qui est arraché du corps continu de battre quelques instants) allant crescendo dans le sanguinolent et la brutalité. Il en va de même pour les affrontements musclés où le réalisateur, grâce à l’utilisation de ralentis immédiatement suivis d’accélérés, fait ressortir la puissance des coups portés. On l’a donc vu, Gibson a réussi un époustouflant survival et bien qu’on s’en serait simplement contenté, il trouve l’occasion pour délivrer un message, au sujet duquel on pouvait avoir de sérieux doutes vu la bêtise qui parsemait La Passion… Mais là encore Mel semble avoir retrouvé toutes ses fonctions.

This is the end…
L’histoire d’Apocalypto sert à évoquer la chute et la fin de la civilisation Maya. Une grande civilisation qui comme l’énonce la phrase qui ouvre le film a vu sa disparition par l’occident parce qu’elle était déjà l’auteur de sa propre destruction. Ainsi Mel Gibson à travers le périple de son héros le menant à la grande cité Maya, fait le bilan d’une société décadente, aux bords du chaos, aveuglée par des croyances de pacotille pour ne pas affronter ses vrais problèmes que sont la famine et la peste. Comme le montre l’épisode central du film où toute la cérémonie des sacrifices auquel notre héros va échapper par miracle, à l’aide d’un retournement de situation quasiment ridicule, digne de Tintin et le temple du soleil mais qui sert principalement à souligner la supercherie de la religion contrôlée par des autorités corrompues et manipulatrices. En une scène, sans aucun dialogue, seulement à l’aide de quelques plans de regards entre le sorcier et le roi Maya, Mel Gibson aura su montrer tous les dangers causés par la religion et son impact sur la population crédule. Un propos franchement surprenant de la part du réalisateur de La Passion du Christ, l’un des films les plus religieux qui soit, doublé d’une incroyable finesse qu’on ne croyait plus possible de la part de Mel (qui pour exprimer la grandeur du sacrifice du Christ nous infligeait la vision lourdingue d’une demi-heure continue de matraquage). Ceux qui accusent Gibson de critiquer la religion Maya au profit des bienfaits du Christianisme se trompent (d’après moi bien sûr) car l’une des images final montrant un prêtre brandissant sa croix n’a rien de franchement encourageant et sonne comme le dernier signe avant coureur de la fin d’une grande civilisation. Fin inéluctable que le héros tentera d’éviter en fuyant avec sa famille (seule valeur justifiant de se battre) dans la forêt. Apocalypto peut être perçu comme une intéressante parabole sur notre propre société et de notre époque agitée où l’on fait faire aux gens tout et n’importe quoi à cause de la religion. Un propos qui permet d’excuser les quelques incohérences historiques qui parsèment ce film qui est un très grand film. Ok Mel t’es pardonné mais tu arrêtes les conneries et les daubes comme La Passion du Christ sinon…
Le blog de Juliano
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