Ames Damnées

Il est très difficile de juger un nanar. On peut être un gros saligaud et pourrir le film en tirant à corps perdu sur les facilités scénaristiques, les jeux d'acteur nullissimes ou encore les effets spéciaux dégueulasses, mais on peut aussi se renseigner auparavant sur le film en question. Car aujourd'hui, faire un film, peu importe le genre, c'est difficile tant les producteurs sont frileux et l'argent dur à trouver. Despiser fait partie de ces gros nanars que l'on a envie de flinguer car il comporte tout ce qu'il ne faut pas faire dans un film. Et pourtant, le réalisateur est relativement attachant. Philip J. Cook fait partie de ces passionnés du cinéma qui font ça pour le plaisir et non pas pour le pognon ou arnaquer les gens. Il est d'ailleurs très lucide sur la qualité de son film, mais il reste fier d'avoir pu sortir ça. Alors quand on sait cela, il devient plus ardu de dire du mal de ce film, et pourtant il y a des choses à dire. Bon, après réflexion, on s'en fout, je vais quand même en dire du mal...


Artisanal, le film, artisanal...

Si on s'attarde quelques secondes sur le scénario, on se rend compte des limites du film. On va suivre un type qui vient de perdre son job et sa femme. Alors qu'il conduit, il évite de justesse des enfants sur un pont et meurt dans un accident. Il se retrouve alors dans une dimension parallèle qui est le purgatoire. Il rencontre de méchantes personnes à la voix aigue et des gentils qui sont des défunts d'anciennes guerres. Ces quatre personnes lui raconte alors qu'un monstre, nommé le Despiser, le maître des ombres, souhaite revenir dans le vrai monde et utilise alors des missiles pour cela avec l'aide de serviteurs. Il va alors voir qu'il est l'élu car il peut revenir dans son propre monde, pouvoir que convoite le grand méchant. On remarque dès le départ que l'histoire est ridicule. Pourquoi mettre des missiles dans le purgatoire ? Mais bon, malgré quelques inepties que l'on peut pardonner à tout nanar, le film s'enfonce dans les nimbes du mauvais goût avec une technique qui pique les yeux. En effet, le film est filmé avec une caméra DV qui doit venir de chez Leader Price (un peu comme dans le film underground Urban Cannibals) et le réalisateur opte pour mettre des incrustations numériques de partout.

Je ne comprends toujours pas le choix de mettre des graphismes aussi hideux dans tout le film. Datant de 2003, les effets numériques auraient pu être corrects, mais ils ne ressemblent qu'à de vieux amas de pixels indigne d'une playstation one. Mais le pire dans tout ça, c'est que l'on a l'impression d'assister à un film d'animation avec de vrais acteurs dedans. Des voitures jusqu'au bâtiment tout est fait en numérique. Et c'est vraiment, mais alors vraiment très moche. Alors pourquoi ne pas prendre un bâtiment en prise réelle ? Pourquoi ne pas filmer des mecs qui conduisent des voitures ? Ce sont pourtant des choses simples que le réalisateur ne fait pas, préférant mettre un truc rigide et qui fait vraiment faux. Bon, c'est vrai que parfois on assiste à des moments de génie, comme lorsque l'homme se réveille autour d'un feu de camp… totalement faux, ou encore le plan final qui fait honte aux jeux vidéo. Bref, c'est vraiment intriguant, mais ça pique les yeux et les neurones. Le top étant les créatures maléfiques, qui ne ressemblent à rien. Si l'on regarde des films comme Le Cobaye ou Brainscan, sortis bien plus tôt, les effets numériques sont encore mieux fichus !


Quand la poésie rime avec hérésie, ben ça picote la rétine.

Bien entendu, la prestation des acteurs est très amateur, mais cela possède un certain charme. Le problème vient du manque évident d'épaisseur et de charisme des gentils comme des méchants. En bras droit du maître des ombres est très ridicule malgré les différents corps qu'il habite. Il cabotine à tout va et ne sert à rien, la version française n'arrangeant rien. Du côté des gentils, on n'aura droit à une femme, un black, un japonais et deux blancs américains. Tous les clichés sont réunis et ce petit monde sera soit dans la démesure, soit dans la retenue. En tous les cas, on est face à un amateurisme évident et des dialogues lénifiants. Si quelques pointes d'humour viennent ponctuer le film, elles ne sont malheureusement pas très fines et ne servent pas forcément le métrage.

C'est d'ailleurs ce second degré qui va manquer au film. Si l'on prend Battleship Pirates, qui est un nanar intergalactique espagnol de 2006, le film est bourré de second degré qu'il en devient psychédélique et punk, alors que Despiser reste trop sage et n'essaye pas de partir à fond dans un délire ubuesque. Le seul écart qu'il se permet, c'est celui d'arborer des décors pixélisés et des situations improbables à cause de ces amas de pixels. C'est relativement faible et surtout, ça fait mal aux yeux et il faut un certain temps pour que le spectateur se fasse à ce spectacle.


Et c'est tout le long comme ça...

Au final, Despiser est un bon gros nanar bien gras qui ne sert pas à grand-chose. Si l'auteur reste lucide sur son produit et sa qualité, il faut avouer que c'est le vide abyssal. Que ce soit en termes de graphismes, de réalisation, de casting ou de scénario, tout est mauvais et rien ne relèvera le niveau, même pas un humour bas de plafond, c'est pour dire ! Dommage, parce que vu la gueule du truc, on pouvait s'attendre à quelque chose de fun, au moins ça...

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