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La Dame en Noir

Atmosphère prégnante d'une rare intensité, La dame en noir comble sans la moindre difficulté un scénario classique (dans le bon sens du terme) par un florilège d'émotions. On frissonne, on sursaute, on s'attache aux personnages et au passé de cette contrée inhospitalière. Une adaptation réussie qui parvient à renouer avec l'âge d’or de la Hammer de la plus belle des manières. Les producteurs ont effleuré l'idée d'une éventuelle suite. Celle-ci se déroulerait 40 ans après la présente histoire. À l'évocation de cette nouvelle, on ne peut qu'être enthousiaste...
Publié le 30 Mai 2012 par Dante_1984Voir la fiche de La Dame en Noir
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Fantôme

Après son éprouvant et néanmoins intéressant Eden Lake (dont le final laissait tout de même une vive polémique), James Watkins nous revient avec une histoire de maison hantée et non des moindres. Arthur Kipps est un jeune notaire chargé de s'occuper des papiers d'une cliente décédée. Pour cela, il doit se rendre dans son village natal où les rumeurs inquiétantes sur son compte se propagent alentour. Dès lors, l'influence des classiques de la Hammer ressurgit tant dans l'atmosphère que dans le cadre spatial et temporel. Il ne nous est pas donné de date précise, mais on devine aisément que l'on se situe vers la fin du XIXe siècle, voire le début du XXe.


Madame Drablow vous accueille la porte grande ouverte.

La dame en noir est avant tout l'adaptation du roman éponyme de Susan Hill. Si cette histoire fut publiée voilà presque trente ans (1983), il s'agit de sa cinquième adaptation, tous médias confondus. Pourtant, il aura fallu attendre la présente version pour que les éditeurs daignent traduire son oeuvre en français. Je me suis donc plongé dans le livre avant de voir le film. Il en ressort un récit d'épouvante très respectueux du genre et, même si son déroulement est assez prévisible pour les habitués, l'intérêt se trouve dans le style d'écriture, mais surtout dans son atmosphère. Tout comme le brouillard omniprésent, une véritable angoisse à couper au couteau.

Alors, James Watkins est-il resté fidèle au roman ? L'imaginaire étant en général plus percutant que les images imposées, on craignait avant tout de voir l'ambiance amoindrie, voire édulcorée par la transposition sur grand écran. Fort heureusement pour nous, il n'en est rien. L'intérêt principal du livre est également celui du film. Dès les premiers instants, l'immersion est au rendez-vous. Les costumes d'époque, la gestuelle mesurée et nonchalante britannique, mais surtout les décors, tellement somptueux, qu'on les croyait ressurgit du néant et non reconstitués pour les besoins de l'histoire. Nous ne verrons Londres que par l'intermédiaire du cabinet de notaire et le domicile d'Arthur.


Une prise de contact glaçante.

En revanche, le village de Crythin Gifford multiplie les séquences d'intérieur et d'extérieur comme s'il n’y avait aucune différence. Dans les premières pages du roman, on sentait une modeste effervescence avec une vente aux enchères ainsi qu'un marché vivace. Pour le film, on supprime ces passages pour se concentrer sur l'isolement et la solitude. On décrit avec force et conviction une campagne anglaise en proie à une peur irrationnelle, encore pétrie dans des superstitions que les citadins jugent ridicules. Les comportements sont hostiles, les rumeurs courent et les événements inexplicables ou les étranges coïncidences se multiplient. Tout cela contribue à une mise en abîme prégnante. Pour peu, on se croirait presque dans une histoire tourmentée de Lovecraft (on songe à L'abomination de Dunwich).

Si le village et les habitants occupent une part non négligeable du récit, le manoir isolé de Mme Drablow cerné par des marais mortels est autrement plus inquiétant. La menace est non seulement latente (le passé, les phénomènes surnaturels...), mais bel et bien réelle de par cet environnement hostile. Les bancs de brouillard, les sables mouvants, les landes désolées. C'est comme si la demeure était pestiférée ou enclavée dans une perpétuelle souffrance. Pour ce qui est de la propriété en elle-même. On touche au style victorien dans la grande tradition du genre. Jardin privé, arbres séculaires surveillant un cimetière, sans oublier la maison en elle-même avec son architecture si caractéristique. Tant l'extérieur avec la végétation en friche, l'état d’abandon évident et ce lierre qui enveloppe les façades d'une froideur peu commune que l'intérieur où poussière, drap, craquement et silence pesant contribuent à peaufiner cette atmosphère exceptionnelle.


Une petite berceuse pour la nuit ?

Certes, l'on pensera que le scénario en lui-même n’a rien de novateur. En cela, il est vrai que les habitués du genre s'y retrouveront sans peine. Mais là n'est pas l'intérêt comme j'ai pu le dire auparavant. Néanmoins, l'histoire suscite la curiosité. L'envie d'en connaître davantage sur le passé des Drablow et de Crythin Gifford est bel et bien présente. Sans doute s'agit-il de cet agencement calculé pour éprouver les sentiments de chaque intervenant ou de cette singulière manière à mettre en valeur des contrées inhospitalières. Toujours est-il que l'alchimie fonctionne. Il est toutefois bon de remarquer que certains détails du livre disparaissent. Notamment, l'enterrement de Mme Drablow (la première apparition de la dame en noir). En contrepartie, on donne plus de portée à Mme Daily. L'exhumation du corps dans les marais est également nouvelle, ainsi que l'incendie à Crythin Gifford.

Mais le plus important est le dénouement. Sans déformer la conclusion initiale, celle du film est légèrement dissemblable. On peut comprendre ce genre de différences par la difficulté à adapter un récit d'atmosphère au rythme lent sur grand écran. Il faut réussir à retirer le meilleur de l'oeuvre originale sans toutefois la dénaturer ou la léser. Force est de reconnaître que James Watkins joue les équilibristes sur le fil du rasoir avec brio. Il aurait très bien pu sombrer dans la complaisance, la transposition littérale ou une liberté démesurée. Au lieu de cela, il parvient à réunir tous les éléments pour nous faire ressentir les mêmes émotions que le livre. Une prouesse s'il en est.


Monsieur Daily et les ombres du passé.

Nous arrivons maintenant à un autre aspect majeur du film : le casting. Après la saga Harry Potter, il semblait difficile pour Daniel Radcliffe de trouver un rôle qui le démarque du sorcier. Il est vrai que certains comédiens ont du mal à se départir d'un personnage, plus encore si celui-ci lance leur carrière. Avec Arthur Kipps, il campe un jeune notaire torturé par la mort de sa femme avec un rare talent. Les dialogues ne sont pas légion et certains passages requièrent de sa part une implication hors norme. Lorsqu'il se retrouve seul dans le manoir, tout doit transparaître sur son physique, son comportement, sa gestuelle. Il s'en sort brillamment sans jamais en faire de trop. La peur mêlée à l'incertitude se lit sur son visage. Daniel Radcliffe prouve (si besoin est) qu'il est un acteur talentueux aux multiples facettes. On espère pour lui, une carrière à sa hauteur.

En ce qui concerne les autres interprètes, nous ne sommes pas en reste. Ciaran Hinds, Daniel Cerqueira ou Liz White, pour ne citer qu'eux. Peut-être des noms qui ne vous évoqueront rien, mais dont les visages demeureront dans votre esprit. Tous possèdent un charisme et une aisance qui font honneur à l'histoire. Quant à leurs personnages, leur caractérisation est soignée même si certains ne sont pas aussi présents qu'on l'aurait souhaité. Mais ne gâchons pas notre plaisir, l'ensemble mérite le détour à plus d'un titre.


Le dernier train de la nuit.

Doté d’une mise en scène crépusculaire où Crythin Gifford semble tourmenté pour l'éternité, La dame en noir est un film d'épouvante à la fois respectueux du roman (en prenant quelques libertés sur certains détails) et d'un genre qui peinait à retrouver ses lettres de noblesse. L'atmosphère est palpable, les frissons sont au rendez-vous grâce à des manifestations saisissantes et un spectre aux apparats angoissants, on redoute le moment où l'on franchit les portes du manoir Drablow. Le travail d'amorce est majoritairement psychologique, mais l'histoire alterne avec des séquences plus démonstratives et, par conséquent, percutantes. Un film d'épouvante d'une beauté sépulcrale.

Pour Victoria.

A propos de l'auteur : Dante_1984
Portrait de Dante_1984

J'ai découvert le site en 2008 et j'ai été immédiatement séduit par l'opportunité de participer à la vie d'un site qui a pour objectif de faire vivre le cinéma de genre. J'ai commencé par ajouter des fiches. Puis, j'ai souhaité faire partager mes dernières découvertes en laissant des avis sur les films que je voyais.

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