Voir la fiche complète du film : The Last Son : La Malédiction (Agnès Merlet - 2011)

Last Son : La Malédiction, The

Au vu des premiers instants, <b>Hideaways</b> disposait d'un potentiel certain pour nous offrir une histoire originale et singulière tant sur le fond que sur la forme. Malheureusement, le conte moderne se transforme vite en une relation lénifiante où les séquences perdent de leur intérêt au fur et à mesure que l'amour se fait grandissant entre James et Mae. Il en ressort un film bancal aux qualités indéniables, mais affublé de défauts qui plombent littéralement un travail d'amorce prometteur. En somme, le parfait exemple qui démontrent ô combien les clichés peuvent gâcher une belle histoire.
Publié le 5 Juin 2012 par Dante_1984Voir la fiche de The Last Son : La Malédiction
6
Forêt
Chez les Furlong, les hommes sont sujets à un étrange héritage qui change de génération en génération. Le grand-père devient aveugle pendant 37 minutes lorsqu'il songe au sexe. Le père dérègle les appareils mécaniques et électroniques quand le stress monte. Mais pour James, le dernier de la lignée, cette curiosité est une véritable malédiction. À chaque fois qu'il subit une violence quelconque (physique ou psychologique), son environnement et les individus à sa portée périssent inexplicablement. C'est pourquoi il s'isole dans la forêt jusqu'à ce qu'il rencontre Mae, une jeune fille atteinte d’un cancer…


La vache folle fait encore des siennes.

Après le très décrié Dorothy (que j'ai néanmoins apprécié), Agnès Merlet nous propose une histoire non dénuée d'originalité qui entreprend d'explorer la thématique de la mort par le biais d'adolescents face à l'inéluctable, et ce, d'une manière tout à fait dissemblable. En soi, l'idée n'est forcément pas novatrice, mais le concept de la lignée maudite, ainsi que l'approche fantaisiste apporte un regain d'intérêt pour le film. Agnès Merlet retourne en Irlande pour donner vie à un conte moderne où la force de l'imaginaire côtoie une réalité âpre. On alterne entre l'hôpital, un bâtiment froid et austère où la maladie plane dans chaque chambre, chaque couloir, avec la forêt. Un endroit empreint d'une certaine féérie tant par son aspect sauvage que par un éclairage savamment étudié pour accentuer l'environnement et l'atmosphère qui en découle.

Il en ressort une ambiance presque féérique aux influences évidentes. Car avant tout, Hideaways est un conte moderne. On le ressent tant dans la narration que dans sa mise en scène. Si ce choix est louable et intéressant, il demeure néanmoins quelques poncifs dont il aurait mieux valu se départir. Principalement, un traitement mielleux qui s'accentuera au fil du récit. En effet, après un début étonnamment immersif où l'on suit le jeune James à travers son enfance et son exil au sein de la forêt, la rencontre avec Mae marque un tournant dans l'intrigue. Non pas que l'histoire plonge irrémédiablement dans la romance de bas étage (encore que...), mais la succession de scènes peinent à saisir notre attention.


Encore un peu de ragoût de chouettes, avec de l'écureuil peut-être ?

En cause, une pudeur handicapante où James et Mae se cherchent du regard, partage un repas, une promenade champêtre ou un moment de détente au bord de l'eau. L'intérêt ? Tisser une relation amoureuse entre les deux protagonistes basée sur les différences qui les séparent de la réalité (d'où le traitement sous forme de conte moderne). Dès lors, les longueurs tiraillent un potentiel de départ intrigant. La malédiction et l'héritage des Furlong sont relégués au second plan. On pourrait se contenter du combat de Mae contre le cancer avec une approche assez inattendue : la fuite du réel et l'oubli de la maladie pour tenter de l'endiguer (ou de profiter des derniers moments de sa vie ?), mais c'est loin d'être suffisant.

Là encore, le récit peine à convaincre de par sa prévisibilité. Les personnages ne sont pas les seuls responsables et, pour tout dire, les premiers instants du film laissent augurer un traitement similaire à un certain conte moderne où deux êtres que rien ne semblait réunir vont s'aimer d'un amour impossible (je vous laisse deviner le titre de ce chef d'oeuvre). D'ailleurs, l'un des aspects les plus prometteurs est l'annihilation d'un mal face à un autre mal (dans le cas présent la malédiction et le cancer). On sent une véritable alchimie opérer. Il en dégage une symbolique assez forte dans la finalité de cette rencontre fortuite, sur le sens de la vie et de la destinée. Peut-être que tout n'est pas vain en ce bas monde.


Rien de tel qu'une petite sieste sous un lit de feuilles mortes.

Malheureusement, et c'est là que le bas blesse, les bonnes intentions ne suffisent pas à combler une volonté de nous infliger dans la dernière moitié du film, un mélodrame lénifiant aux relents de Twilight. Adolescents. Fantastique. Romance. Les ingrédients sont bel et bien présents et l'on aurait espéré voir la réalisatrice tracer son propre chemin plutôt que d'emprunter les raccourcis tellement faciles (et pénible) des succès commerciaux. Dès lors, il faut reconnaître que les personnages se parent de clichés pour le moins éprouvant. James demeure le beau gosse ténébreux et mystérieux. Mae, elle, la jeune fille désabusée et affublée d'un terrible fardeau. On notera une petite et néanmoins curieuse ressemblance entre Rachel Hurd-Wood et Kristen Stewart. À moins qu'il ne s'agisse d'une défaillance de mon esprit. Hypothèse on ne peut plus probable.

Toujours est-il que les acteurs campent leur rôle avec application, mais les personnages secondaires sont lésés, pour ne pas dire reléguer aux oubliettes. Le médecin-chef, le flic et même la mère de Mae se révèlent des faire-valoir qui occupent l'écran pour combler les vides. Il paraissait malheureusement inévitable de voir surgir un rival à James en la personne de Liam, également amoureux de Mae. Tout comme la famille de James dont on ne connaîtra presque rien hormis ce troublant héritage ou les patients de l'hôpital, aucun n'apporte une consistance ou un intérêt notable au bon déroulement du récit. Encore une fois, c'est le duo des deux tourtereaux qui monopolisent et l'écran, et l'attention de la cinéaste.


La malédiction s'étend tout en finesse.

En dépit de sa prévisibilité, Hideaways demeure une histoire sympathique à suivre si les romances post-Twilight ne vous rebutent pas. Inutile de dire que ce choix risque d'en énerver plus d'un. D'autant plus que la réalisation se veut soignée, propre et alterne les séquences extérieures (qui ont trait à l'imaginaire, à l'insouciance de l'instant) avec des scènes en intérieurs (la réalité, la maladie et la fin de vie) avec une fluidité étonnante. Les changements de ton contrastent tout en subtilité des ambiances aux antipodes. Un peu comme James et Mae me direz-vous. On regrette également que les passages où la malédiction se manifeste ne soient pas plus présents à l’'écran. La végétation qui se mortifie, l'environnement qui prend des teintes mordorées du plus bel effet ou le malaise que l'on ressent à ce moment sont autant d'atouts qu'on aurait aimé voir développer plus en amont.

Sur le plan visuel Hideaways est une réussite indéniable. Les effets spéciaux sont timorés, mais clairement convaincants. La réalisatrice s'applique également à dépeindre cet univers avec sobriété et retenue. Pourtant, les clichés véhiculés par l'histoire ou les protagonistes enlisent le film dans un ersatz pseudo-romanesque digne de la bit-lit. Certains (ou certaines) y trouveront leur compte, mais nul doute qu'au vu de l'introduction et du ton donné, on était en droit d'attendre un récit qui se démarque de la masse. Les idées ne manquent pas, le talent non plus, la symbolique sur les implications de la différence et l'approche pudique de la mort (James qui la cause involontairement et Mae qui la subit) sont autant de points intéressants qu'il aurait mieux valu mettre en avant. Au lieu de cela, on assiste à une romance lénifiante où les bons sentiments coulent sur le film avec la consistance du sirop d’érable.

A propos de l'auteur : Dante_1984
Portrait de Dante_1984

J'ai découvert le site en 2008 et j'ai été immédiatement séduit par l'opportunité de participer à la vie d'un site qui a pour objectif de faire vivre le cinéma de genre. J'ai commencé par ajouter des fiches. Puis, j'ai souhaité faire partager mes dernières découvertes en laissant des avis sur les films que je voyais.

Autres critiques

Megalodon
En parallèle de ses métrages vite faits mal fignolés, Asylum n’a pas son pareil pour produire des mockbusters au moment opportun. Le principe tient à surfer sur le succès d’un blockbuster tout en sortant son téléfilm fauché dans le même intervalle de temps; le plus souvent d’une bêtise affligeante. Bien entendu, un tel procédé flirte avec les frontières du plagiat et de la...
Ghost of Mae Nak
Dans le folklore thaïlandais, la légende de Mae Nak est sans doute l’une des plus populaires et adaptées pour le petit et le grand écran. À travers une trentaine de longs-métrages et une centaine de versions télévisuelle, le fantôme de Mae Nak perdure dans son pays natal. Au sortir de ses frontières malheureusement, le constat est tout autre. La faute à une mauvaise distribution ou le peu...
Mu Zan E
Grand pourvoyeur de pellicules scabreuses et dérangeantes, le cinéma japonais a tôt fait d’explorer les recoins les plus sombres et putrides de l’âme humaine. Certains réalisateurs s’en sont allègrement repus dans les années1970 avec les pinku eiga. Mais les inclinations sadiques et masochistes ne se limitent pas à un sous-genre érotique. Elles s’insinuent dans des...
Les Portes du temps : un nouveau monde
La série Nick Cutter (ou Primeval ) tire sa révérence en 2011 après cinq saisons à l'intérêt inégal. Il en ressortait une saga distrayante, bien fichue, mais répétitive et aux aboutissants assez décevants dans l'ensemble. Pour rappel, le dénouement n'offrait pas toutes les réponses que l'on attendait et se permettait d'ouvrir une porte (pas temporelle celle-ci !) vers de...
Jack l&#039;Éventreur
Malgré les multiples spéculations et les tout aussi nombreuses théories sur son identité, Jack l’Éventreur est resté une énigme dans les annales criminelles. Il a très tôt fasciné le public, au point de s’ancrer dans l’imaginaire collectif comme l’archétype du tueur en série. Par la suite, son mythe a perduré à travers des livres de faits, puis au centre de fictions...