Voir la fiche complète du film : Poltergeist (Tobe Hooper - 1982)

Poltergeist

Situé à mi-chemin entre l’univers de Steven Spielberg et celui de Tobe Hooper, Poltergeist réussi le pari délicat du film d’horreur grand public. Premier volet d’une trilogie marquée par plusieurs décès dont celui de l’actrice principale, c’est aussi l’un des meilleurs films de son réalisateur.
Publié le 24 Janvier 2017 par OeilsansvisageVoir la fiche de Poltergeist
9
Clown Fantôme Cimetière

Quatrième long-métrage tourné par Tobe Hooper pour le cinéma, Poltergeist représente un sommet dans la carrière du réalisateur de Massacre à la tronçonneuse. Produit et scénarisé par Steven Spielberg, Poltergeist marque une certaine rupture de ton avec les précédents films de son réalisateur, tout en restant dans le registre de l’horreur et de l’épouvante.


L’action se déroule dans une banlieue aisée des Etats-Unis reaganienne où les belles maisons d’un lotissement récemment construit accueillent la vie paisible de familles nombreuses. L’une d’entre elles va cependant subir l’intrusion d’une force surnaturelle qui va venir bouleverser cette apparente quiétude. C’est alors que son père s’est endormi devant le poste de télévision du salon que la petite Carol-Anne entre la première fois en contact avec un esprit se manifestant par l’intermédiaire de l’écran. Surprise par le reste de la famille réveillée par le phénomène luminescent émanant du poste, la petite fille adresse la parole à une entité qu’elle semble être la seule à percevoir. Suite à ce premier évènement, la mère de Carole-Anne découvre que les objets se déplacent d’eux-mêmes lorsqu’ils sont placés à un endroit précis de la cuisine.


Ces premières manifestations d’évènements paranormaux sont vécues comme des curiosités et n’alertent pas la vigilance des parents. Elles se multiplient jusqu’à devenir franchement hostiles lors d’une nuit d’orage. Le grand frère de Carole-Anne, avec qui elle partage sa chambre, est alors happé par les branches d’un arbre du jardin qui viennent briser la fenêtre pour le tirer de son sommeil. Il est sauvé in-extremis par son père avant que l’arbre ne soit déraciné et ne s’envole sous la force d’une tornade. Dans le même temps, la jeune Carole-Anne, restée dans la chambre, est littéralement aspirée dans une dimension parallèle à partir d’une faille s’étant ouverte dans un placard. Suite à sa disparition tragique, la famille désemparée fait appel à une équipe de chercheurs spécialisés dans les phénomènes paranormaux. Sur place, ils constatent la présence d’un poltergeist, c’est-à-dire un esprit malin se manifestant à la vue de tous en déplaçant ostensiblement les objets de la maison.


Incapables d’affronter le mal en présence, les chercheurs font eux-mêmes appel à un tiers plus compétent. C’est un médium à l’allure de femme-enfant qui vient alors à la rescousse. Le médium permet à Carole-Anne de rétablir le lien rompu avec sa mère, seule membre de la famille à entendre ses appels à l’aide émis depuis la dimension où elle est retenue. Alors que le poltergeist ressert son emprise sur la petite fille, au risque de la faire disparaître à tout jamais, sa famille s’organise avec l’aide des chercheurs pour aller la délivrer et la ramener dans le monde des vivants. Une fois l’opération réussie et Carole-Anne revenue auprès de sa famille, la vie reprend brièvement son cours jusqu’à ce qu’un ultime désastre ne viennent mettre un terme aux déboires de la famille. Dans une séquence apocalyptique, le sol tremble et laisse surgir les cercueils et les cadavres en décomposition d’un ancien cimetière sur lequel le lotissement avait été bâti. L’irruption du poltergeist dans la vie paisible de cette petite famille apparaît alors comme un châtiment infligé à une société s’étant détournée de son passé au profit d’une vie d’insouciance et de profusion.


Ce qui fait l’originalité de Poltergeist naît de la rencontre improbable entre Spielberg et Hooper, deux cinéastes aux antipodes, dont la collaboration aboutie à un résultat particulièrement réussi là où l’on aurait pu craindre le pire naufrage. Piochant d’une part dans l’univers banlieusard de E.T. l’extra-terrestre et, d’autre part, dans les visions cauchemardesques développées par Hooper dans ses réalisations précédentes, Poltergeist réussi le pari délicat de mélanger le divertissement familial avec le récit d’épouvante pur et dur. Difficile de départager les rôles joués par les deux hommes, tant l’influence de l’un vient constamment contrebalancer celle de l’autre. On assiste ainsi au spectacle d’un film hollywoodien classique et à la narration sans faille, dans lequel vient s’immiscer la terreur malfaisante insufflée par l’un des plus talentueux artisans du cinéma d’horreur de sa génération. Hooper dirige ses acteurs avec beaucoup de maitrise, en particulier la jeune interprète de Carole-Anne, alors âgé d’à peine 6 ans, et parvient à créer l’ambiance si particulière au film. Au-delà de la manifestation paranormale qui se produit via l’écran de télévision et qui est devenue la marque du film, certaines séquences affirment plus franchement la patte horrifique de Hooper comme lorsque l’un des chasseurs de fantôme, soudain sous l’emprise du poltergeist, est victime d’une hallucination dans laquelle il se voit en train de se triturer le visage, provoquant une débauche d’effets gores.


L’autre aspect de Poltergeist qui en fait un film d’horreur devenu culte pour de nombreux spectateurs, réside dans son contexte de production tragique. En effet, plusieurs morts ont assombri la réputation du film, à commencer par celle de l’actrice interprétant la sœur ainée de Carole-Anne, décédée peu de temps après la sortie du film après avoir été étranglée par son petit ami. Plus largement, c’est la série de films Poltergeist, constituée par deux suites sorties respectivement en 1986 et 1988, qui a la réputation d’être maudite. Ce fut d’abord l’acteur interprétant le croquemitaine du second opus qui décéda entre la fin du tournage et la sortie du film et surtout celle d’Heather O’Rourke, l’interprète de Carole-Anne, qui décéda également entre la fin du tournage et la sortie du troisième volet. En effet, mourir de manière inattendue à l'âge de douze ans après avoir joué le rôle d’une fillette tourmentée par des esprits malins dans une série de films d’horreur a grandement participé à forger la réputation sulfureuse de Poltergeist et de ses suites.


Autres critiques

Lèvres de Sang
Lors d'une soirée mondaine à Paris, Frederic tombe par hasard sur une photographie de ruines, qu'il croit connaître. Obsédé par cette image, il est alors assailli de souvenirs remontant à son enfance, et d'une somptueuse femme pâle en particulier. Depuis son premier film, Le Viol du Vampire , en 1968, Jean Rollin reste fidèle à une même ligne de conduite, qu'il ne quittera presque...
Le fantôme de Milburn
Adapter un roman pour le grand écran est toujours délicat. Si l’on part du principe que le livre est un best-seller, l’attente des lecteurs est une pression supplémentaire pour la production. Or, il existe deux types d’adaptation: celle purement mercantile qui se moque bien de l’histoire originelle et des personnes qui l’apprécient. Celle qui tente de coller au plus juste à la vision de l’auteur...
Tulpa - Perdizioni mortali
Le cinéma de genre italien n’est plus que l’ombre de lui-même. Il suffit de jeter un œil sur les dernières productions pour s’en convaincre: des séries B, voire Z, au scénario aussi rachitique que leur budget. On peut également se pencher sur d’illustres réalisateurs comme Dario Argento pour comprendre l’ampleur des dégâts ( Giallo ou son ignoble version de Dracula ). D’aucuns diront qu’il s’agit...
Contagion
Après un voyage à Hong Kong, Beth contracte un virus extrêmement contagieux qui la tue subitement. La pandémie mondiale débute et une course contre la montre s'engage pour trouver un vaccin au plus vite. Anticonformiste par excellence, Steven Soderbergh est un réalisateur qui se démarque de l'actuelle production hollywoodienne par une filmographie éclectique et une curieuse (et néanmoins...
Grizzly Park
Le premier contact avec Grizzly Park n'est pas désagréable. Le visuel de couverture est classique mais sympathique et la jaquette clame fièrement "Grizzly Park s'impose comme la référence des films de Grizzly". Un slogan sans âme et qui ne convaincra personne mais puisqu'il est là, quelqu'un a bien dû l'écrire. Alors maintenant il y a deux possibilités: soit cette...