Voir la fiche complète du film : Rendez-vous avec la Peur (Jacques Tourneur - 1957)

Rendez-vous avec la peur

Entre le polar et l’épouvante, Rendez-vous avec la peur joue sur une terreur toute suggestive. Le spectateur se retrouvant constamment ballotté entre le doute et la certitude de toucher au cœur de son mystère. Un film fort, habile et maîtrisé qui préserve à juste titre son statut d’œuvre culte.
Publié le 14 Mai 2017 par Dante_1984Voir la fiche de Rendez-vous avec la Peur
8

Considéré à juste titre comme un cinéaste de grand talent, Jacques Tourneur s’est un temps détourné du fantastique. Fervent défenseur du paranormal et de l’occultisme, il fournit à la fin des années1950 l’un de ses longs-métrages les plus emblématiques, et ce, pour de nombreuses raisons. Le contexte de l’époque n’étant guère enclin à exploiter certains sujets (notamment les sectes sataniques et le paganisme), Rendez-vous avec la peur s’impose comme une réalisation culte et avant-gardiste. Mais le résumer à un simple film d’épouvante occulterait l’alchimie des genres qui s’y développent. Soixante ans après sa sortie, l’œuvre de Tourneur demeure-t-elle toujours aussi forte et percutante?

Contrairement à bon nombre de productions de cette période ou actuelles, Rendez-vous avec la peur ne tente pas d’effrayer par des mécanismes éculés. Artifices qui auraient gagné un cachet délicieusement désuet avec le temps. Cela peut paraître surprenant, surtout au vu d’une entame à la limite du grotesque, mais la majeure partie de l’intrigue repose sur le doute rationnel de croire en une peur particulière, irrationnelle par essence. Dès lors, le cinéaste s’adonne à un habile jeu de faux-semblants, de suggestions soigneusement manipulées pour générer l’incertitude chez le spectateur. Force est de reconnaître qu’il excelle dans ce domaine.

Pour ce faire, il utilise la carte du pragmatisme et du scepticisme en adoptant le point de vue cartésien de son personnage principal. Les justifications scientifiques font preuve de cohérence et d’objectivité pour expliquer les faits. La rigueur est également de mise dans la progression des investigations. Les déductions sont logiques, notamment sur les techniques de manipulation pour amener à adhérer à une forme de croyances. On tend constamment à revenir sur les chantiers balisés de la raison. En ce sens, l’approche inhérente au polar contemporain (pour l’époque) et l’atmosphère pesante appuient cette orientation qui fait montre de recul dans l’exposition de ses thématiques. Et pourtant...

Pourtant, on ne peut s’empêcher de remarquer les failles ou certaines situations qui écartent de prime abord toutes explications qui entrent dans la normalité. À ce titre, le film évoque aussi bien le «satanisme moderne», le paganisme, le folklore celtique avec la présence des mégalithes de Stonehenge ou la pratique des runes. L’histoire tourne principalement autour du docteur Karswell, personnage qui rappelle un certain Aleister Crowley dans son développement. On regrette simplement que les éléments annexes ou les livres d’occultisme ne soient guère mis en valeur. La quête du protagoniste étant de démystifier les agissements de Karswell et non de les comprendre.

Il est vrai que la présence du démon au début et en fin de métrage casse cette dynamique souhaitée par le réalisateur. Au risque d’éventer le mystère avant qu’on ne le découvre. Même pour l’époque, les trucages sont mauvais. Ils s’accompagnent d’une bande son irritante au possible et d’effets fumeux au sens strict du terme. Au lieu de suggérer l’imminence du danger, cette approche tend à décrédibiliser les séquences. Néanmoins, ces piètres incursions n’influent pas vraiment sur la qualité du reste du métrage. On relègue bien vite ces deux passages à une maladresse née de la volonté des producteurs et non du cinéaste.

Au final, Rendez-vous avec la peur suscite le doute par le biais d’une habile réalisation. Entre le polar, le fantastique et l’épouvante, Tourneur se penche sur les fondements même de la peur. Non pour les mettre en exergue, mais pour les suggérer dans l’imaginaire du spectateur. Il en résulte une incertitude permanente soutenue par une singulière manière de l’entretenir. Tour à tour en contradictions puis en affirmation de ce que l’on a vu ou croit avoir vu précédemment. Avec une parfaite compréhension de la psychologie humaine, le réalisateur étaye une œuvre très personnelle, propre à exposer l’antithèse de son opinion pour mieux déstabiliser. Un film à l’atmosphère travaillée qui sollicite la perspective et l’intelligence de son public.

A propos de l'auteur : Dante_1984

J'ai découvert le site en 2008 et j'ai été immédiatement séduit par l'opportunité de participer à la vie d'un site qui a pour objectif de faire vivre le cinéma de genre. J'ai commencé par ajouter des fiches. Puis, j'ai souhaité faire partager mes dernières découvertes en laissant des avis sur les films que je voyais.

Autres critiques

Tape 407
Alors que les faux documentaires pullulent dans les contrées cinématographiques (remercions, ou pas, le succès de Paranormal activity), ce sous-genre de la culture horrifique peut se décompenser en deux catégories : les films un rien inventifs, à l'ambiance travaillée et respectueuse du public ; d'un autre côté, les petits opportunistes sans la moindre once de talent pensant qu'il...
Timber Falls
Pour son premier film d'horreur, le réalisateur Tony Giglio s'est attaqué à un genre très prisé, voire surexploité: le Survival. Forestier dans le cas de Timber Falls . Pour ce faire, le réalisateur s'est muni de son petit livre "Le Survival pour les Nuls" afin de respecter le cahier des charges inhérent au genre. Le film ressemble donc à une succession de clins d'oeil...
Comportements Troublants
Suite au suicide du frère aîné de la famille, les Clark emménagent sur l'île de Cradle Bay, afin de démarrer une nouvelle vie. Steve, qui se remet difficilement de ce drame, tente de s'intégrer dans son nouveau collège, dirigé par une bande d'élèves d'apparence calme et amicale, les Rubans Bleus. Mais d'étranges comportements et certaines rumeurs inquiètent Steve et ses nouveaux amis, une bande...
Exorcisme et Messes Noires
A Paris, un curé défroqué se fait passer pour un écrivain afin de se rapprocher d'un groupe très fermé, s'adonnant régulièrement à des messes noires. Cinq ans après L'Exorciste , le cinéaste espagnol Jesus Franco nous offre sa vision de l'acte d'exorcisme dans une production Eurociné associant souvent érotisme et horreur. Attachée à une croix de Saint-André, une jeune femme est soumise aux...
Sharktopus Vs Pteracuda
Si le survival animalier est devenu la proie d’étrons cinématographiques depuis plusieurs années, il faut reconnaître que certains producteurs (au hasard, SyFy ou Asylum) sont parvenus à repousser les limites de l’absurde avec brio. On croirait presque que n’importe quel tâcheron muni d’une caméra peut s’improviser réalisateur. Une histoire, un concept? Ce n’est pas sous ces latitudes qu’on en...

Sur Horreur.net