Le King et son ami, qui croit être le président Kennedy, sont confrontés à une momie dans une maison de retraite. Où quand l'acteur fétiche de Sam Raimi (le célèbre Ash de la saga Evil Dead) rencontre le cinéaste atypique de la série des Phantasm, pour un Versus irrévérencieux, à des années lumière du cinéma de consommation made in Hollywood...
Dans une petite maison de retraite perdue au fin fond de l'Amérique
profonde (chère à nos cinéastes outre-atlantique depuis Massacre à la
Tronçonneuse), Elvis et son ami, qui croit être le président Kennedy,
affrontent une momie qui se nourrit de l'âme des pensionnaires de
l'établissement.
Le résumé de cet OVNI cinématographique concocté
par Don Coscarelli (créateur de la série des Phantasm), donne déjà le
ton. Ici, pas d'effets spéciaux numériques à deux sous, pas non plus de
BO metal à vous rendre sourd comme un pot, pas non plus d'adolescents stupides
victimes d'un serial killer sans imagination, ni d'humour graveleux. Coscarelli,
amoureux d'un cinéma de genre à l'ancienne, souhaitait offrir un regard
nostalgique et rêveur sur un cinéma aujourd'hui éteint, à savoir une
série B fantastique ne se prenant pas au sérieux, et finalement bien
innovante. D'entrée, le décalage avec les autres films du moment est
sidérant : le héros (interprété avec maestria par un Bruce Campbell à
nouveau dans un rôle sur mesure pour l'immensité de son talent) est le
King en personne. Mais Elvis n'est plus qu'un vieillard impotent,
enfermé dans un lointain passé dont il est le seul à savoir
l'existence, les autres le prenant pour un simple sosie du roi du rock. Le seul qui le croit est un noir qui se prend pour JFK (le regretté Ossie Davis, habité par son rôle).
Le
début du métrage nous montre les ravages du temps, même sur un mythe
comme Elvis Presley, ainsi que l'absence de respect pour le troisième
âge, laissé de côté par la société. Car derrière l'humour noir du
scénario, Coscarelli dénonce bien des travers de notre société de
consommation qui délaisse les inutiles en les parquant dans des
établissement spécialisés dans lesquels ils attendent la mort.
Et la
mort prend les traits d'une momie étrange, qui aspire l'âme des vivants
par le biais de leur anus. Cette pratique incongrue représente à elle
seule toute l'originalité du film, à contre courant du cinéma de genre
actuel, d'où son succès dans les festivals où le film a débuté sa
carrière. Car Coscarelli a éprouvé les pires difficultés pour
achever le tournage de ce métrage atypique mais terriblement salvateur,
prouvant que le cinéma d'auteur peut encore exister au milieu des
remakes, prequels et autres suites banales dont le cinéma d'épouvante
est infecté depuis plusieurs années. A l'image d'un Carpenter,
Coscarelli, réalisateur complet gérant ses films de A à Z (fait de plus
en plus rare), tente de survivre en signant des films qui lui tiennent
à coeur, respectant l'univers cinématographique qu'il aime, se souciant
peu des recettes et du merchandising, nouvelle religion d'Hollywood.
Mais
revenons en au film, et ces séquences épiques : Elvis luttant contre un
insecte géant, retrouvant l'usage de sa troisième jambe, ou chassant
avec son compère JFK dans les couloirs sordides et décrépis de
l'établissement. Sans oublier les digressions autour du spleen d'une
étoile qui ne voulait plus briller, Coscarelli osant montrer une
facette du King jusqu'ici ignorée : la vieillesse ! Certes, le
démarrage est un peu poussif, Campbell comblant tant bien que mal une
mise en scène un peu lente, car Coscarelli n'a jamais eu le talent d'un
Carpenter ou d'un Romero, à l'image de sa carrière, fidèle au cinéma de
genre mais ne défrayant jamais la chronique. Pas d'éclats de rire
disproportionnés non plus, pas plus que des scènes gore ou un effroi
total, mais le but du jeu est tout autre car Bubba Ho-Tep est un clin
d'oeil au cinéma d'antan, qui ravira uniquement les nostalgiques d'un
autre cinéma, désormais passé de mode depuis que le numérique a
remplacé les vraies bonnes histoires, soignées et captivantes.
C'est
avant tout à un film de cinéphile que nous assistons, et c'est tout de
même bien plus intéressant que le remake de Texas Chainsaw Massacre ou
le prequel de Freddy. En résumé, si vous aimez le cinéma de papa,
que le King n'est pas pour vous uniquement en rapport avec une marque
de hamburgers, et que Bruce Campbell est pour vous plus mordant qu'un
teenager tout droit évadé d'une série télé à la noix, alors Bubba
Ho-Tep vous fera passer un agréable moment devant votre poste, sans en
faire des tonnes (ce qui est une rareté de nos jours aux USA).
Signalons
en outre que, le succès aidant par le biais de petits festivals
indépendants, le film connaîtra les honneurs d'une suite : Bubba
Nosferatu, néanmoins sans Campbell, qui n'a pas été sur la même
longueur d'onde que Coscarelli concernant le scénario...
Le King et son ami, qui croit être le président Kennedy, sont confrontés à une momie dans une maison de retraite. Où quand l'acteur fétiche de Sam Raimi (le célèbre Ash de la saga Evil Dead) rencontre le cinéaste atypique de la série des Phantasm, pour un Versus irrévérencieux, à des années lumière du cinéma de consommation made in Hollywood...
Note du rédacteur: 7/10
Note moyenne de la rédaction : 8.00/10