Il y a un manque de souffle épique évident, dans ce premier chapitre. Pourtant, le spectacle se laisse agréablement regarder, comme un simple divertissement sans génie, ciblé pour les enfants, rien de plus. Innocent, plat, mais pas désagréable. Et quelle musique !
Le projet était opportuniste et la bande annonce pompeuse laissait craindre un sous Seigneur des anneaux pour enfants (Disney oblige) doté d’effets spéciaux à première vue peu enthousiasmants et d’un esthétisme peu attirant proche d’une série télé d’héroic fantasy. Le résultat, c’est plus ou moins ça, mais quand on s’attend au pire, on ne peut que être surpris.
A l’évidence, Le Monde de Narnia n’aurait jamais vu le jour sans le succès mondial de la trilogie Le Seigneur des anneaux, de la même façon que C.S Lewis n’aurait jamais eu l’idée d’écrire ses ouvrages sans son ami J.R. Tolkien. On peut parler de plagiat même si l’univers de C.S Lewis est bien moins vaste et ambitieux que celui créé par Tolkien. Mais la comparaison entre les adaptations cinématographiques de Le Monde de Narnia et de Le Seigneur des anneaux s’impose t-elle vraiment ? Oui, dans le sens ou l’un n’existerait pas sans l’autre, mais après vision du premier chapitre de Le Monde de Narnia, le lion, la sorcière blanche et l’armoire magique, on constate que les deux films ont finalement peu de points communs, malgré ce que laissait penser la bande annonce. Du moins, peu de points communs dans le fond (l’histoire n’a finalement rien à voir, on dénote juste quelques personnages qui renvoient à ceux de Le Seigneur des anneaux, par exemple le Roi Aslan représente plus ou moins Gandalf), parce que dans la forme, le réalisateur Andrew Adamson tente de surpasser Peter Jackson avec maladresse. Il reprend certain plan à l’identique, mais il manque un élément important à son film pour espérer atteindre l’égal de la trilogie de Jackson : le souffle épique.
En effet, sur les 2 :20 de film, il y a un manque évident d’action dans Le Monde de Narnia. Bien sûr, il faut le temps de mettre en place l’univers, de présenter les personnages, et si la mise en exposition de tout cela est ici agréable, elle manque de magie et de crédibilité pour permettre de s’immerger dans l’univers comme l’avait si bien réussi Le Seigneur des Anneaux : La Communauté de l'Anneau. En premier lieu parce qu’on ne s’attache pas aux personnages. Car l’un des gros points faibles du film, c’est d’avoir pour héros des gamins qu’on a constamment envie de claquer (mention aux deux garçons, insupportables et mauvais acteurs). La plus petite reste bien mignonne (coté jeu d’acteur, c’est elle qui s’en sort le mieux dans le lot), mais elle est dans le film tellement mature pour son âge que ça en devient ridicule. Alors quand on présente des héros si peu attachant (qui plus est irritant lorsqu’ils se disputent entre eux), difficile d’entrer vraiment dans le film. Reste quelques personnages secondaires réussis, comme l’amusant couple de castors et la méchante Sorcière Blanche, jouée par l’excellente Tilda Swinton, seule bonne idée de casting et seul personnage visuellement vraiment classe.
Ce n’est pas seulement qu’il manque de l’action tout au long du film, mais surtout que les quelques scènes d’action ne sont pas épiques et n’ont rien d’incroyable. Il n’y a aucun morceau de bravoure dans Le Monde de Narnia, là ou ce type de film, l’héroic fantasy, peut difficilement s’en passer. Il y a cependant quelqu’un qui a tout compris et qui, à lui seul, parvient à nous donner des frissons : il s’appelle Harry Gregson-Williams et il nous livre une musique de toute beauté, une composition tellement intense (épique, elle) qu’elle fait d’autant plus regretter que les images ne soient pas au niveau de la bande son. Pour sûr, écoutée indépendamment du film, la bande originale ne doit être pas être loin du chef d’œuvre.
Le souffle épique se traduit donc uniquement par la musique, et par quelques rares images, comme le début de la bataille finale, seuls instants vraiment beaux de ce film, là encore en grande partie grâce à la musique du compositeur. Une bataille finale pas mal du tout, même si elle finit par devenir plate et perd son envergure progressivement (et il ne faut bien sûr pas s’attendre à la violence des batailles Jacksonienne). Pour le reste, c’est inégalement rythmé (en particulier quand nos héros sont chez les centaures d’Aslan) et parfois vraiment bête.
Avec ses animaux qui parlent (méchants comme gentils) et ses jeunes héros naïfs, Le Monde de Narnia fait plus penser à un film d’animation qu’à Le Seigneur des anneaux ou Harry Potter, mais avec le duo Adrew Adamson (Shrek) / Disney (qui puise régulièrement son inspiration dans le succès des autres, depuis quelques années), il ne pouvait en être autrement. Ce qui reste assez impardonnable, c’est que pour un tel budget (180 millions de dollars !), les effets spéciaux ne sont pas toujours convaincants (alors que ILM et des pointures comme Richard Taylord ou Greg Nicotero sont dans le coup, quand même) et les décors n’ont rien d’exceptionnel, les paysages faisant plus penser à la campagne (quand les héros sont chez les centaures d’Aslan, on se croirait dans une fête campagnarde voir dans un cirque, avec les tentes colorées, les animaux de foire et les gens déguisés) qu’à des tableaux d’un monde merveilleux. On est loin des flamboyants et fantastiques paysages des films de Jackson. D’ailleurs, pour comparaison, chaque épisode de Le Seigneur des anneaux a coûté moins de 100 millions de dollars. Cherchez l’erreur…
Quand je disais que le film était parfois bête, c’est pour ces nombreuses incohérences qui n’ont rien à faire dans une production d’une telle envergure. Le Père Noël (!) qui offre les armes aux quatre gosses, l’ado qui soulève une épée comme si c’était un jouet (alors qu’au même moment, le Père Noël lui dit : « Ce ne sont pas des jouets, ce sont des outils »), la fillette qui lance son poignard comme si elle s’était entraîné pendant 20 ans, les héros qui sortent tranquillement d’un torrent glacial sans même avoir l’air d’avoir froid, les gosses même pas étonnés par des animaux qui parlent, les héros qui sortent des vêtements humains d’on ne sait ou, etc, etc. Rien ne semble logique, tout parait artificiel voir désincarné. C’est sans compter sur des dialogues crétins et des répliques parfois ridicules (« -On dirait un rêve –C’est comme quand on rêve qu’on est dans un rêve. »), un humour gnan gnan (les blagues entre les héros tombent à plat) et des choix esthétiques ratés (les loups qui parlent, les centaures et leur camp, le faune ringard, les paysages banales…). Intrigue et action édulcorées, suspense peu présent, héros énervants, bons sentiments envahissants…Ca n’est pas parce qu’un film est destiné aux enfants qu’il doit forcément être bâclé. Dommage, un peu plus d'ambition et d'innovations n'aurait pas été de trop dans ce projet, dont on attend tout de même la suite qu'on espère plus épique et magique.
Il y a un manque de souffle épique évident, dans ce premier chapitre. Pourtant, le spectacle se laisse agréablement regarder, comme un simple divertissement sans génie, ciblé pour les enfants, rien de plus. Innocent, plat, mais pas désagréable. Et quelle musique !
Note du rédacteur: 5/10
Note moyenne de la rédaction : 5.50/10