| Dracula est et restera, sans conteste, un des films déterminants dans l’histoire du cinéma d’épouvante, même si aujourd’hui le niveau d’adrénaline que procure le film s’est vu fortement diminué par l’apparition d’une censure beaucoup plus tolérante qu’à l’époque de sa sortie.
Certes, il y eut des prémices (notamment avec l’expressionnisme allemand), mais Dracula est le premier film d’horreur produit par une grande compagnie (en l’occurrence la Universal, qui à l’époque était au bord de la faillite), en plus d’être le premier film d’horreur parlant.

Signé Tod Browning (Freaks (son chef-d’œuvre), Les Poupées du Diable), surnommé le Edgar Poe du cinéma, Dracula » puise davantage dans la pièce éponyme qui fut jouée à Broadway en 1927 que dans le roman de Bram Stoker. On notera donc de nombreuses différences, tel que le fait que ce soit Renfield et non Jonathan Harker qui se rende en Transylvanie, et la disparition de personnages (Quincy Morris, Arthur Holmwood…) et d’événements (la destruction de Lucy, le retour de Dracula en Transylvanie…).
Quoiqu’il en soit le succès du film fut colossal. Sortie du trou, la Universal en profitera pour lancer toute une série de films d’horreur, tel Frankenstein en 1931, La Momieen 1932, La Fiancée de Frankenstein en 1935… Ce succès peut s’expliquer en deux mots : Bela Lugosi.

Cet acteur, hongrois d’origine, tenait déjà le rôle dans l’adaptation théâtrale, ce qui persuada Browning (qui, dans un temps, avait pensé donné le rôle à son acteur fétiche Lon Chaney, qui décédera peu avant le tournage d’un cancer de la gorge) de lui offrir le rôle. Il était fait pour incarner le comte, c’est clair. Sa voix d’outre-tombe, son regard magnétique, son accent, son élégance apportèrent au film une dimension mythique. Désormais, l’image du vampire dans le cœur des cinéphiles allait être la sienne, du moins jusqu’à ce que démarque le charismatique (le mot est faible) Christopher Lee.
D’ailleurs, on serait tenté de dire que Lugosi sauve le film, car, si on excepte Dwight Frye qui est tout simplement saisissant dans le rôle du fou mangeur d’insectes, le reste de la distribution est fade, voir même ennuyeuse.

Justement, ennuyeux, le film l’est un peu, principalement à cause de ses origines théâtrales qui passent mal la barrière de l’écran. Après un premier quart d’heure splendide, « Dracula » sombre dans l’apathie. L’action continue de progresser par des dialogues d’une valeur inégale, pour se terminer par un final décevant au plus haut point.
Le film n’est pas à jeter pour autant, quelque soit son âge! En effet, l’univers dans lequel évolue Dracula a de quoi faire rêver tout les nostalgiques : loups qui hurlent à la mort, souterrains, noirceur, cercueils qui grincent, chauve-souris, séances d’évanouissements… Plusieurs de ces symboles étaient déjà présents dans le roman de Stoker, mais Browning et ses collaborateurs (signalons Karl Freud à la photographie et Charles D. Hall aux décors) ont su le mettre en images comme personne d’autre, avant comme après eux.
Si le film reçu un accueil critique mitigé, le public se jeta sur Dracula et en fit un film culte. La suite on la connaît, plus ou moins.
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