L’histoire est simple, elle reprend dans les grandes lignes celles du chef-d’œuvre de Tobe Hooper. Massacre à la tronçonneuse ou Jessie chez les ploucs, ou comment une virée en van entre potes à fumer des joints tourne au drame.
Les premières images du film sont trompeuses. Etant moi-même entré dans la salle alors que les lumières étaient déjà éteintes et que nos futurs trucidés roulaient tranquillement vers leur destin, j’ai eu un doute. Le film était-il réellement commencé ? N’étaient-ce pas encore les pubs, pour Panache, Hollywood Chewing-gum ou encore, chose impossible, Malboro ? Cette impression de voir une réclame s’est reproduite à plusieurs reprises dans les premières minutes du film. On sent ici que Marcus Nispel vient de l’univers de la pub et du clip vidéo. L’image est belle, mais trop propre pour être sordide et poisseuse. Elle n’en est pas pour autant moins impressionnante : la maison des Hewitt revêt ainsi une aura digne d’Amityville.
Parmi nos infortunés héros, les têtes ne sont pas connues, sauf pour Jessica Biel, mais force est de constater qu’une fois de plus le réalisateur n’a pas su résister à l’attrait pour les muscles huilés et les formes halléchantes. On pourrait presque se croire dans un péplum.
Dans cette nouvelle version, la famille Hewitt est au grand complet mais cela aurait presque supposé que les présentations aient déjà été faites : le profil de la plupart d’entre eux n’est qu’esquissé alors qu’il aurait mérité d’être approfondi. On notera par contre la performance de R. Lee Ermey (Full Metal Jacket entre autres) dans le rôle du shérif aux méthodes peu orthodoxes. Petite déception en outre concernant Leatherface : Andrew Bryniarski n’a pas l’élégance d’un Gunnar Hansen. Son masque de cuir m‘a également paru moins humain que dans l‘original ; il y a cependant certaines innovations intéressantes dont je vous laisse la surprise.
Dans un remake, les clins d’œil sont attendus, ils sont une forme d’hommage, de reconnaissance, mais à force de trop cligner de l’œil, on zappe du contenu… Car, soit on fait un remake et alors on assume, soit on souhaite innover mais alors on assume aussi. Dans l’original, nos compères prennent en auto-stop un jeune homme qui s’avèrera le frère de Leatherface. Ici, ce ne sera pas un jeune homme qu’ils prendront en auto-stop mais une jeune fille : j’avoue avoir trouvé la pirouette un peu facile même si, par la suite, il est vrai que les personnages pris en stop dans les deux versions sont totalement différents et ne jouent aucunement le même rôle. On oubliera également très vite l’énorme et inutile clin d’œil (merde, ma lentille !) au Projet Blair Witch.
On peut prédire que certaines scènes seront d’anthologie: comme l’entrée théâtrale, littéralement parlant, de Leatherface et surtout de la tronçonneuse. D’autres scènes, bien gore (cf. la victime qui s’arrache les ongles en tentant de résister à Leatherface), marqueront également les esprits pour longtemps.
Mais ce film frappe droit au cœur, non aux intestins, là où c'est le plus long et le plus douloureux : Marcus Nispel ne rechigne pas à montrer du sang, ce qui se fait plutôt rare ces derniers temps – on lui en saurait donc gré – mais il ne recrée pas l’horreur propre à la version originale. Exit par exemple la scène du repas, pure moment de folie et d’abjection. Marcus Nispel a fait le choix de créer la peur, l’horreur, plus que le malaise, et la photographie, efficace mais trop propre, y contribue.
En définitive, un bon cru 2004 mais qui souffre nécessairement de la comparaison avec le film de 1974.