| Follement épris l’un de l’autre, Ray et Abby s’ébattent tranquillement dans
un motel sans savoir que quelqu’un les photographie : le détective privé Visser,
chargé par Julian, l’époux d’Abby, de lui rapporter des clichés de sa femme
en pleine action (il la soupçonnait déjà d’adultère). Furieux, il charge Visser
de supprimer Ray et Abby. Évidemment, rien ne se passera comme prévu.
En 1984, les frères Coen (Joël, né en 1954, et Ethan, né en 1957) ont déjà
le montage du Evil Dead de Sam Raimi à leur actif, mais aucun long métrage en temps
que réalisateurs. Ils ont besoin de montrer tout l’étendu de leur talent (qui,
rappelons-le, était déjà considérable), et c’est avec Sang pour sang, film
à petit budget, utilisant peu de décors et de personnages, qu’ils vont le faire. Petit budget mais bon scénario, c’est à mon avis une formule gagnante. Dès
cette remarquable première œuvre, les Coen nous font découvrir leur style si
particulier : personnages (au choix) corrompus, impuissant ou complètement tarés,
histoire sombre où tout semble voué à l’échec, avec pour dorer la pilule quelques
touches d’humour dissimulées ça et là. L’écriture du film est à la fois serrée et d’une grande précision. Chaque petit détail semble y trouver son importance. De plus, le spectateur voit tout, alors que les personnages, eux, sont à côté de la plaque. Ray n’apprendra jamais que c’est Visser et non Abby qui a tiré sur Julian. Abby ne saura jamais qui était Visser et qu’est-ce qu’il leur voulait. Pourtant nous, nous savons tout
ça. Cela nous procure un sentiment de puissance face aux protagonistes, ce qui
semble voulu par les Coen, qui de film en film s’ingénieront à rendre leurs
personnages plus pathétiques encore.

Sans oublier la mise en scène, qui justifie à elle seule les louanges qu’on
pourrait accorder à Sang pour sang. En la matière, les Coen sont des pros,
ce qui se confirmera dans leurs réalisations ultérieures. Chaque image semble
travaillée avec soin, sans compter les deux scènes cultes du film : celle où
Julian se fait enterrer vivant, et celle où Visser tire dans le mur pour tenter
d’atteindre Abby de l’autre côté, avec la lumière qui perce de par chaque trou. Le seul reproche qu’on puisse faire au film, c’est les personnages, trop
schématisés et un peu minces (du moins, si on les compare à ceux des futures
œuvres du duo). À part ça, pas de défaut notable, sinon que le film est trop
court!

Côté casting, maintenant : Frances McDormand (Abby) s’en tire plutôt bien,
tout comme Dan Hedaya (Julian). À l’opposé, le jeu de John Getz (Ray) paraît
froid et endormi. Mais la palme revient à M. Emmet Walsh, qui compose un Visser
cupide et répugnant à souhait.
En conclusion, un premier film très intéressant, qui annonce les chefs-d’œuvre
signés Coen brothers qui suivront (Barton Fink en 1991, Fargo en 1996,
etc.) La critique louangera le film, mais malgré cela le public ne réservera
pas à Sang pour sang l’accueil qu’il méritait. Même si il manque un petit quelque chose qui en ferait un vrai chef-d’œuvre,
c’est quand même fort impressionnant pour un premier film. Bravo!

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