| Dans le milieu des années 70, un trio d'originaux, dont le dessinateur
Moebius et le journaliste Jean-Pierre Dionnet (le mythique présentateur
du Quartier Interdit de Canal), lance en France un magazine atypique,
composé d'articles sur le cinéma, la musique rock et la bande dessinée.
Les BD figurant dans les pages de Metal Hurlant, mélange de sexe, de
violence et d'Heroïc-Fantasy, sont destinées principalement à un public
adulte. Les Etats-Unis, intéressés par le concept et le succès du magazine, fonde la version américaine, nommée Heavy Metal.
En
1981, un film d'animation découle de ces deux magazines, reprenant les
thèmes abordés par les BD, conservant l'esprit de Metal Hurlant :
violence, sexe et rock'n'roll.

Une jeune fille est attaquée par
une sphère verdâtre, qu'on nomme le Loch Nar. Cette sphère est la
quintessence du Mal et a pour mission de tuer l'enfant. Avant de la
tuer, il lui raconte six moments de l'Histoire du Monde lors desquels
il est intervenu pour détruire et corrompre l'Humanité !
D'entrée,
Metal Hurlant démontre toute son originalité : animation pour adultes,
film à sketchs, bande son hard-rock, thématique de science-fiction.
Nous sommes loin de l'univers Disney. Attention les yeux donc ! L'affrontement,
surtout psychologique, entre la fillette et le Loch Nar, sert de point
de ralliement entre chaque histoire, que je vais vous inviter à
découvrir ci-dessous plus en détail:

Harry Canyon, première
histoire du film, doit être connue par coeur par un certain Luc Besson.
Il y a énormément de Cinquième Elément dans cette histoire racontant
les errances d'un chauffeur de taxi bourru sensible aux formes
généreuses d'une mystérieuse jeune femme. Dans un univers futuriste
dépressif, Canyon jouera sa peau à chaque instant, sans perdre son sens
de l'autodérision et ses bons mots.
Den raconte la
transformation d'un ado intello mal dans sa peau, en quête de
sensations fortes. Se réveillant sur une planète inconnue, transformé
en surhomme, il devra affronter une reine aussi belle que cruelle dans
un univers rappelant l'univers d'un Conan.

Capitaine Sternn est
probablement le plus mauvais segment du métrage. Rythme en berne,
scénario transparent, cette course poursuite dans un vaisseau spatial
ne présente qu'un seul intérêt : la bande son. Car la BO du film
est l'un de ses atouts majeurs. De Trust à Black Sabbath, en passant
par Elmer Bernstein pour le dernier sketch, plus lyrique, tout est
réuni pour faire passer un grand moment à l'oreille exercée du fan de
vrai rock.
Passons désormais au plus intense des segments du
film : B-17. Ecrit par Dan O'Bannon, créateur de l'Alien, ce huis-clos
gore situé dans un avion de guerre mériterait une version en chair et
en os (façon de parler) de la part d'un George Romero au sommet de sa
forme. Court mais intense, cette plongée en Enfer relance le métrage
avec fracas.
So Beautiful And So Dangerous, parodie à la sauce
Mars Attacks ! d'une invasion extra-terrestre, avec un robot pervers
évoquant vaguement le Bender de Futurama, est une sympathique variation
sur le thème de l'envahisseur commun.

Enfin, ce machiste film
fait enfin la part belle aux femmes avec Tarnaa, segment le plus long
et le plus soigné sur bien des plans (graphismes, musique, scénario),
nous proposant de suivre le combat d'une superbe amazone. Après
un combat quelque peu raccourci entre la jeune fille et le Loch Nar, le
film se termine sur une renaissance, laissant la porte ouverte à une
suite (Heavy Metal 2000, qui sortira en 2000, est davantage axé sur la
dernière histoire).
Objet de culte pour certains, nanar
vénérable pour les autres, Metal Hurlant est avant tout la réponse du
cinéma d'animation occidentale à la mode du manga. Même si les
graphismes semblent aujourd'hui un peu vétustes, ce métrage a le mérite
de proposer une alternative à l'animation, jusqu'ici reservée aux plus
jeunes spectateurs. Avec une BO monumentale, et un mélange
détonant de sexe, de rock et de violence dans un univers
post-apocalyptique original, Heavy Metal reste un tournant décisif dans
le monde de l'animation, à voir au moins une fois entre un manga et un
Disney.
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