| Si il est bien un mérite que l’on peut reconnaître à la série télévisé Masters of horror c’est celui de nous offrir le retour derrière la caméra d’un des plus grand cinéaste en activité : j’ai nommé John Carpenter, grand absent de la circulation depuis 2001 et le très injustement mésestimé Ghosts of Mars. Huitième épisode de la série, Cigarette burns (littéralement « brûlure de cigarette », ces petits ronds marquant la fin d’une bobine de cinéma) était donc particulièrement attendu et surveillé.
Big John choisit pour cette anthologie de l’horreur de raconter l’histoire d’un exploitant de salle de cinéma indépendant, spécialisé dans la recherche de films rares, qui va recevoir la commande d’un riche collectionneur. Le film recherché ici est le mythique (mais fictif) La fin absolue du monde, œuvre qui n’aurait été projetée qu’une fois dans les années 70 au festival de Sitges. La force de ce film et les horreurs représentées à l’écran auraient provoqué une vague de folie meurtrière chez tous les spectateurs présents.

Ainsi, à la manière du personnage de Johnny Depp dans La neuvième porte de Polanski, Kirby Sweetham va donc suivre une véritable enquête pour mettre la main sur la seule copie du film existant. Au fur et à mesure de ses recherches, celui-ci découvrira ce que contient réellement le film et tout ce que cela implique. Par ailleurs, si il est bien un film de Carpenter auquel cet épisode se rapproche, c’est bien évidemment le mythique Antre de la folie. En effet, comme dans celui-ci une création artistique (ici un film en lieu et place du livre) ouvre les portes de l’apocalypse et des pires attrocités. L’occasion une nouvelle fois de traiter ironiquement de l'impact du cinéma d’horreur sur le public, une pellicule rendant ici immédiatement psychopathes ceux qui la visionne. Un postulat poussé jusqu'aux limites dans une scène montrant un cinglé du nom de Dalibor (officiant à Rosny-sur-Seine !!!) essayant de retrouver la puissance de La fin absolue du monde en tournant des snuff movies. Une séquence particulièrement gore pour un cinéaste par ailleurs peu habitué à ce genre de débordements.

En dépit du fait que Carpenter ne soit pas l’instigateur de l’histoire (ce qu’il n’était pas non plus sur In the mouth of madness) et si il ne compose par la musique (il laisse ça à son fils Cody Carpenter), ce moyen-métrage s’inscrit parfaitement dans la lignée de sa filmographie. Le casting composé principalement de Norman Redus et du vétéran de l’horreur Udo Kier est excellent tout comme l’est la photographie. Visuellement le film ne souffre pas trop de son petit budget (mais le cinéaste n’est-il pas des plus à l’aise lorsque les budgets sont particulièrement étriqués cf Prince des ténèbres ?) et certaines séquences resteront à n'en pas douter dans les mémoires (la décapitation, la découverte de l’ange, les boyaux s’enroulant dans le projecteur,…). Le seul reproche que l’on fera à Carpenter est inhérent à la durée imposée car nul doute que cette histoire sombre et fiévreuse aurait méritée un développement plus long.

Malgré tout en un peu moins d’une heure, John Carpenter fait étalage de son talent et livre le meilleur épisode de cette première saison de Masters of horror en livrant un métrage captivant, gore et très noir. Par ailleurs, on notera qu'ici le format court lui aura réussi d’avantage que sur l’anthologie Body Bags réalisé en 1993 avec Tobe Hooper, qui bien que sympathique constituait une oeuvre mineure dans la carrière du cinéaste. Au final nous avons là une petite perle prolongeant la trilogie de l’apocalypse de Carpenter (The Thing 1982, Prince of Darkness 1987 et In the mouth of madness 1994) qui nous fait attendre avec impatience son épisode Pro-life de la saison 2 et surtout son retour au grand écran et au cinémascope qui lui est si cher. Si il est bien un cinéaste qui méritait l’appellation de Maître de l’horreur...

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