Attention film culte !!
Si il y a des films qui tiennent du miracle, Phantom of the paradise en est l’incarnation ultime. Le film, fourre-tout d’une cohérence rare, combine trois histoires classiques sur fond de rock and roll et de seventies : Le fantôme de l’opéra (Leroux), Faust (Goethe), Le portrait de Dorian Gray (Wilde). Produit par Edward Pressman (avec lequel De palma réalisa l’excellent Sisters (1973)), Phantom of the paradise fût présenté lors du troisième festival d’Avoriaz et remporta à l’unanimité le Grand prix. Le contraire aurait, de toute façon, été une injustice et une honte sans fin sur le jury.
L’histoire est celle de Winslow Leach (William Finley), jeune compositeur de talent qui se fait voler sa cantate intitulée «Faust» par un certain Swann (Paul Williams), star planétaire (un peu un Beatles à lui tout seul). Bien décidé à demander des comptes, Leach s’introduit dans la maison de production « Death records ». Poursuivi par les gardiens, il est jeté en prison. S'évadant, il se coince accidentellement la tête dans une presse à disques. Défiguré, celui-ci hante le nouveau temple du rock ‘n roll : le Paradise.
Alternant les scènes musicales, comiques, parodiques, fantastiques et dramatiques avec une aisance jamais revue depuis ; De Palma réussit un film qui se tient parfaitement grâce à de formidables idées de narration, de mise en scènes et de direction d’acteurs, tous formidables au demeurant (parmis lesquels Jessica Harper l’héroïne de Suspiria).
Film difficile à raconter sans en perdre l’essence même, il y a paradoxalement énormement de choses à dire tant le film regorge d’idées et de trouvailles qui s’enchainent naturellement et harmonieusement. De Palma manie l’élipse on ne peut plus brillament, puisqu’en 4 minutes chrono le personnage principal est arrêté, mutilé, évadé puis transformé en « phantom » ; le tout dans un équilibre magique alternant le drame et la comédie qui rend le film totalement inclassable. Enchainant tous les clichés possibles et imaginables, grossissant les personnages, les mythifiant ; le film bien que d’une cruauté terrible nous donne l’occasion d’assister à un affrontement entre le héros classique dans toute sa splendeur et la pire ordure qui soit.
Jamais De Palma (ni personne d’autre d’ailleurs) ne renouera avec la folie et le mélange des genres qui résume Phantom of the paradise. Le film garde une place à part dans sa filmographie et siège au rayon des films instantanément cultes. Par ailleurs, la musique signé Paul Williams ne déroge pas à la qualité globale du film et restera longtemps dans les mémoires.
Film de genre ultime, véritable essence de la définition du plaisir cinématographique et du cinéma tout court, Phantom of the Paradise est un chef-d’œuvre dans tout ce que ce mot peut représenter et signifier. Un film intemporel et inclassable à voir et à revoir inlassablement pour enfin tenter de comprendre le miracle auquel nous venons d’assister… en vain probablement.