Ultime volet de la saga phare d'Argento, Mother of Tears était attendu au tournant. Ce film est il à la hauteur des espoirs des fans du maître du giallo, de retour aux affaires depuis Masters of Horror ?
De nos jours à Rome, Sarah, une jeune femme, étudiante en archéologie, assiste
au meurtre effroyable d'une de ses collègues, un soir au musée. En ouvrant une
ancienne urne découverte dans une tombe, Sarah a ramené à la vie la sorcière
la plus puissante au monde : Lachrymarum, alias la Mère des Larmes.
Initiée à la fin des années 70, avec l'époustouflant Suspiria
et le mystérieux Inferno,
la trilogie des Trois Mères n'avait pas été achevée par Dario Argento, qui avait
préféré renoué avec son genre de prédilection : le giallo (avec Ténèbres).
Manque de motivation, d'inspiration ou de moyens ? La question restait en suspens
et tous les fans du maître italien espéraient de plus en plus fébrilement l'épilogue
à cette série mythique. Car, à mesure que les années passèrent, la carrière
d'Argento déclina. Brillant dans les années 70 et 80, le cinéaste italien s'épuisa
dès le milieu des années 80, peinant à renouveller son style, alternant réussites
intimistes (Le
Syndrome de Stendhal, Le
Sang des Innocents) et échecs critiques et commerciaux (Trauma,
Opera).
Délaissé par les producteurs, Argento se réfugia dans l'univers télévisuel
dès le milieu des années 90, signant quelques téléfilms honnêtes, néanmoins
bien éloignés du génie de ses premières oeuvres. A l'instar d'un John Carpenter,
Argento revint sur le devant de la scène par le biais de la série Masters
of Horror. Ses deux épisodes, Jenifer
et Pelts,
permirent au réalisateur transalpin de moderniser son style visuel, ajoutant
le gore à sa palette artistique. Le succès de la série offrit enfin à Argento
la possibilité de conclure sa trilogie phare, près de trente années après Suspiria,
pour le plus grand coup de poker de sa carrière. Car le public se posera obligatoirement
la question suivante avant même de donner sa chance à Mother of Tears.
S'agit il d'une suite artistique ou purement commerciale ? Il est en effet plus
aisé pour Argento de relancer sa carrière cinématographique en évoquant un sujet
déjà connu qu'en se lançant dans un film neuf, risquant toutefois d'égratigner
la réputation impeccable des précédents volets. De toute manière, il est tout
à fait logique que ce dernier épisode diffère des deux autres, ancré dans une
époque et un style, narratif et visuel, à part. Argento devait faire évoluer
sa saga, quitte à perdre le timbre si particulier de Suspiria et Inferno.
Le plus sain est donc de regarder ce film avec une neutralité qui n'est pas
évidente, mais nécessaire, pour éviter une trop grande déception. Mais si Argento
n'avait jamais achevé sa saga, cela aurait il été moins regrettable ?
Le prologue du métrage présente le mérite de nous confirmer le nouvel oeil
du maître italien. Le premier meurtre, gore et grand-guignolesque nous permet
d'entrer sans fioriture dans le vif du sujet. L'ambiance nocturne du musée nous
situe dans une ambiance propice aux frissons. C'est Asia Argento qui campe la
tête d'affiche de ce casting dans lequel on retrouve deux figures mythiques
du cinéma fantastique : Daria Nicolodi (Inferno, Phenomena) et
Udo Kier (Barb Wire, Du Sang pour Dracula), dans des rôles secondaires
qui feront surtout plaisir aux connaisseurs. Asia retrouve donc son père avec
un rôle assez lisse qui ne lui correspond guère. On la préfère dans des rôles
extrêmes où son regard noir et sombre apporte sa réelle émotion. Elle semble
parfois plus spectatrice qu'actrice, surtout au gré de scènes de folie meutrière
dans Rome souvent gratuites, n'apportant rien à l'intrigue, qui lorgne régulièrement
du côté de La Neuvième Porte.
La musique de Claudio Simonetti, le leader des Goblin, ne restera pas gravée
dans les mémoires, de même que les sorcières hystériques qui courent dans les
rues de Rome, surjouant à l'envie. Les effets sanguinolents (cf celle du train,
assez ridicule) masquent en fait une histoire basique. Là où les deux premiers
films effaçaient cette faiblesse scénaristique par une ambiance sonore et visuelle
marquante, Mother of Tears aligne les belles images (la maison de Lachrymarum,
le musée) et les jolies femmes. En effet, Lachrymarum, interprétée par la sulfureuse
Moran Atias, aurait mérité un meilleur traitement de la part d'Argento, qui
ne lui offre qu'un rôle de sorcière nymphomane et cruelle, alors que ce corps
de rêve ne demandait qu'à hypnotiser davantage le spectateur. L'épilogue, succinct,
ne laissera qu'un souvenir vague et confus, un peu comme ce long-métrage, qui
n'égale en rien les deux autres films.
Néanmoins, il serait injuste d'incriminer un cinéaste qui a évolué en trente
ans, et qui ne pouvait retrouver l'état de grâce de deux films majeurs dans
sa cinématographie et dans l'histoire du cinéma d'épouvante. Ainsi, pour apprécier
raisonnablement un film assez agréable à suivre, avec son lot de mystères et
de meurtres sanglants, mieux vaut laisser un peu de côté Suspiria et
Inferno, et se contenter de savourer le retour d'Argento derrière la
caméra, avant son très attendu Giallo.
Ultime volet de la saga phare d'Argento, Mother of Tears était attendu au tournant. Ce film est il à la hauteur des espoirs des fans du maître du giallo, de retour aux affaires depuis Masters of Horror ?
Note du rédacteur: 6/10
Note moyenne de la rédaction : 5.25/10