| Sylvester Stallone, dans les années 1970, est encore un acteur de seconde
zone, végétant dans une série de films érotiques dans lesquels il interprète
« l’étalon italien ». Deux oeuvres vont le propulser d’un coup au rang de superstar
: Rocky et Rambo. Les deux films soulignent d’emblée la démarche
sincère qui sous-tendra (presque) toute la carrière de Stallone : réhabiliter
les héros, les vrais, ceux qui vont jusqu’au bout d’eux-mêmes et risquent leur
vie pour la famille, la justice, la solidarité, ou simplement l’honneur.
Dans le tout premier Rocky, Balboa, petit boxeur de quartier, interprété
avec les tripes par Stallone, est un raté, un personnage sans aucune envergure,
sans envie, sans volonté. Malgré un talent certain pour la boxe, Rocky préfère
"se coucher" afin d’empocher la mise de petits paris truqués plutôt
que de s’arracher sur le ring pour mettre K.O son adversaire. Alors qu’il n’espère
rien si ce n’est pouvoir tirer profit de ses minables petites combines, une
chance inespérée se présente à lui. En effet, le champion du monde de boxe,
Apollo Creed, veut organiser un combat avec un boxeur inconnu, afin de prouver
au monde entier qu’il est prêt à donner sa chance à n’importe qui. Par hasard,
son choix s’arrête sur Rocky qui, bien qu’il doute profondément de ses chances
de faire bonne figure face au colosse, va tenter l’impossible afin de faire
douter le champion du monde. Armé de sa volonté, souhaitant à tout prix démontrer
qu’il n’est pas le simple petit malfrat qu’il semble être, Rocky va reprendre
goût à la boxe et s’entraîner dur dans l’espoir de vaincre le champion du monde.
Le succès de Rocky donnera lieu à des suites, de moins bonne qualité
– le pire étant le cinquième épisode, sans conteste le plus bâclé de la série.
A la fin des années 80, Stallone, à l’image du personnage de Rocky, est une
épave. Délaissé par les producteurs, désavoué par l’industrie du cinéma, Stallone
traverse une période difficile, durant laquelle il enchaîne des films de piètre
qualité, lesquels se révèlent être, de surcroît, de gros échecs au box-office.
Malgré la réussite critique du film Copland de James Mangold à la
fin des années 90 - Stallone y campe d’ailleurs avec brio un shérif en fin de
carrière, balourd et ventripotent – l’acteur-réalisateur est perçu comme totalement
« has been », laissé sur la touche par la plupart des grosses productions hollywoodiennes.
En 2006, alors que personne ne croit plus en lui, Stallone décide, à la surprise
générale, de réaliser ce qu’il affirme lui-même être le dernier des Rocky,
afin de clore la série d’une façon plus digne et de refaire surface sur le devant
de la scène.
De ce fait, alors que toute la presse condamnait d’avance le « come-back
» de l’acteur, le film est une réussite totale et fait un carton au box-office.
Stallone, en reprenant l’histoire de Rocky, met d’une certaine manière
sa propre vie en scène. C’est l’histoire d’un personnage atypique, loin des
feux de la rampe, obsédé par l’idée de réussite, non pour la richesse et l’opulence
qu’elle peut apporter, mais en tant qu’elle peut permettre à chacun de se surpasser,
de donner le meilleur, de se connaître soi-même. Stallone ne joue pas véritablement
Rocky : il est Rocky, avec tous ses défauts, ses doutes, mais également ses
victoires, ses certitudes, ses convictions. Stallone se met en scène lui-même
afin de clouer le bec à tous ses détracteurs, tous ces pisse-froid qui, après
l’avoir érigé en star du film d’action dans les années 80, l’avaient cloué au
pilori, se moquant sans cesse, et sans aucune retenue, de son côté has been.
Rocky Balboa, sixième épisode de la série, est la suite directe du
premier Rocky. Le film ne tourne pas à la superproduction, contrairement aux
épisodes quatre et cinq, et ne donne lieu ni à des scènes de virilité outrancière,
ni à un discours pesant sur l’importance de la force et de la brutalité. Il
n’y a que peu d’effets : tout se joue autour du discours de Rocky, lequel se
remémore le début de sa carrière. Stallone se dévoile sous nos yeux ; il est
entier, émouvant, et démontre à chaque instant son envie de véhiculer des valeurs
simples dont les suites du premier Rocky s’étaient peu à peu détournées : la
famille, l’amour, la justice, la volonté, la pugnacité, sentiments qui doivent
animer chaque homme dans son combat permanent pour montrer le meilleur de lui-même.
Rocky Balboa constitue le retour à la vie pour Stallone. Bien plus,
ce film est un manifeste au courage et à l’amour, un film simple et pur, un
petit bijou de sobriété dans l’industrie cinématographique actuelle, cynique
et violente. Et, malgré la naïveté de certains propos, le ton et la sincérité
de Stallone ne peuvent que toucher le spectateur.
Il faut d’ailleurs noter que, à la suite de Rocky Balboa, qui vient
brillamment clore la série, Stallone a également réalisé le dernier Rambo,
intitulé John Rambo, sorti dans nos salles au début de l’année 2008.
Reprenant lui-même en main la série des Rambo, qui s’était arrêtée sur
un épisode 3 d’une pauvreté désarmante, loin de la complexité du premier épisode,
l’acteur-réalisateur applique au personnage de John Rambo la même logique que
celle utilisée dans le dernier Rocky. Il recentre le sujet, s’attache à retrouver
le personnage du premier opus, ce combattant à la fois brutal, individualiste,
touchant et émouvant, qui bien que conscient des atrocités que le monde peut
engendrer, continue d'espérer, malgré tout, l’ébauche d’une vie meilleure. Bref,
Stallone construit un personnage nietzschéen, à la fois lucide et pessimiste
face au monde qui l’entoure, mais également courageux et sincère, n’hésitant
pas à prendre les armes pour se rebeller, tout en acceptant dignement son destin.
Avec ses deux derniers films, Sylvester Stallone revient en pleine lumière,
et de quelle manière !
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