| La sortie et la renommée du premier film de Wes Craven, La dernière maison sur la gauche a eu des effets inattendus sur la carrière de celui-ci. En effet, taxé de pornocrate incitant à la violence et au meurtre, celui-ci est mis au ban de la société cinématographique et considéré comme un paria. Craven devra attendre 5 ans avant de pouvoir retravailler et avoir de nouvelles propositions. C’est le producteur Peter Locke qui va le relancer en lui demandant de refaire un film d’horreur susceptible de rapporter de l’argent, son film précédent ayant remporté un franc succès et étant rapidement devenu culte. Ayant abandonné son poste de professeur d’université depuis plusieurs années, Wes Craven va au départ accepter ce projet pour des raisons financières.
Une famille de Cleveland se rendant à Los Angeles à travers le Nevada décide, en dépit des avertissements du vieux pompiste d’une station-service isolée, de faire un crochet par le désert afin de visiter une mine de fer abandonnée. À la suite d’un accident, ils sont immobilisés en pleine nuit dans un désert hostile, attaqués par une famille de cannibales dégénérés !

Prévoyant à l’origine d’installer l’histoire dans le futur, et de faire un film de SF horrifique, Craven se ravisera vite, compte-tenu du budget alloué (à peine 230 000 $, une misère mais une évolution comparée aux 87 000 $ de La dernière maison sur la gauche). L’histoire est inspirée d’un fait divers survenu au XVIIe siècle en Ecosse, et qui avait vu une famille vivant à l’état sauvage dans les Highlands britanniques et ayant des relations consanguines, décimer et se nourrir d’une centaine de personnes s’étant malencontreusement aventurés dans ce lieu désertique. Arrêtés puis condamnés à mort, les agissements sauvages et diaboliques de cette famille avaient traumatisés l’opinion publique du royaume. Ce qui fascina Craven fût la réponse « donnée » par la culture dite civilisée : les hommes furent écartelés, démembrés et subirent d’autres réjouissances de ce type sous les yeux des femmes, qui furent ensuite elles-même brûlées vives…
En clair, Craven trouva dans cette histoire l’une des récurrente de son œuvre, à savoir la perte des valeurs humaines, la dégénérescence de l’homme et la frontière bien / mal dans les sociétés dites civilisées. Thèmes déjà présents, il faut le souligner, dans son film précédent dans lequel pour assouvir une vengeance, et en réponse à une souffrance terrible, des individus dits « normaux » se révélaient capables d’une sauvagerie insoupçonnée.

En revanche, la violence froide et documentaire de La dernière maison sur la gauche cède ici sa place à une brutalité et une sauvagerie plus primaire. S’attardant moins sur les détails des exactions des tortionnaires, La colline à des yeux se focalise d’avantage sur les conséquences des actes perpétrés (cadavres, enlèvements, traumatismes,…). Aussi, même l’environnement avec ce désert froid et inconnu, semble un élément de danger potentiel. Nous sommes cette fois bel et bien dans un « survival » type Massacre à la tronconneuse (Hooper) ou Délivrance (Boorman). Cependant, le film bien que moins déviant que La dernière maison sur la gauche fût un véritable choc pour l’époque et la critique ne manqua pas de s’acharner sur ce nouvel opus de la filmo de Craven. L’un des éléments ayant particulièrement dérangé étant l’enlèvement du bébé dans l’unique but que celui-ci serve de déjeuner aux détraqués…
Le film fût primé au festival de Sitges « meilleur film d’horreur de l’année 1977 » mais ne sortit à Paris qu’en 1979 avec une interdiction aux moins de 18 ans. Rapidement le film a trouvé un statut de film culte en Grande-Bretagne et dans les drive-in Américains, et a par la suite profité de l’explosion de la VHS pour faire les beaux jours des vidéoclubs. La famille « Mie de pain » composé de Jupiter, Mars, Pluton et de la sauvage Ruby s’est rapidement inscrit dans la légende de l’horreur. Faute de réédition, le film est par la suite devenu une rareté mythique dans le courant des années 90; et l’hallucinant Pluton campé par Michael Berryman est entré dans la légende du fantastique.

Certes, de nos jours le film a vieilli et perdu un peu de sa virulence, et surtout sa violence est beaucoup moins dérangeante pour les spectateurs contemporains habitués depuis longtemps à des débordements bien plus sanglants. En revanche, ce qui reste de ce film est le sadisme latent qui en ressort. « Survival » dans la lignée des meilleures réussites des seventies, La colline à des yeux est le film qui lança véritablement la carrière de Wes Craven. Tous les thèmes chers au réalisateur son déjà présent, mais jamais Craven ne reviendra à une violence et à un sadisme aussi marqué. Seules quelques scènes de ses œuvres futures rappellerons que dans les années 70, cet homme avait réalisé deux monuments de folie meurtrière pure : les débordements sanglants des Griffes de La Nuit, les tortures et agissements vaudou de l’emprise des ténèbres, quelques meurtres de Shocker et l’ouverture de Scream. En revanche, le film le plus proche de ces deux premières œuvres sera Le Sous-sol de la peur, lui aussi violent, sadique et illustrant la dégénérescence de l’humain et son retour à un état sauvage pervertit par des siècles de civilisation et d’interdits, mais 15 ans plus tard celui-ci ne choquera plus personne, changement de mœurs et d’époque…

La dernière maison sur la gauche avait faillit arrêter net la carrière de Craven, La colline aura l’effet contraire : il recevra par la suite de nombreuses propositions et réalisera le téléfilm d’épouvante L’été de la peur (Summer of fear) distribué en salles en Europe, puis aura un petit succès avec le peu dérangeant mais sympathique La ferme de la terreur. Aujourd’hui, La colline à des yeux n’est plus le monument de terreur ultime que l’on avait cru voir naguère, mais il reste un film atypique et emprunt d’une époque où pour la première fois le mal ne venait plus de l’espace ou de l’enfer, mais de l’homme lui-même. Un film à revoir pour découvrir les cousins éloignés de Leatherface et de tous les timbrés de l’Amérique profonde…
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