Un film poétique et magique. L’un des sommets de l’œuvre, pourtant riche, de Tim Burton. Un régal visuel qui fait la part belle aux émotions et à la magie d’un simple conte pour enfant qui n’est en rien édulcoré. Des scènes mythiques pour un sommet cinématographique. Un pur bonheur !
En 1990, Tim Burton vient de réaliser avec succès l’adaptation de Batman pour le grand écran. Triomphe quasi mondial, Burton peut désormais se pencher sur un projet beaucoup plus personnel, et dont il avait eu l’idée alors qu’il travaillait encore chez Disney au début des années 80. Pour matérialiser ce projet il fait appel à Caroline Thompson, écrivain pour enfant, à qui il confie toute l’imagerie et les idées qui foisonnent dans son esprit. Ce qui va en résulter ? Probablement l’un des films les plus poétiques et merveilleux de toute l’histoire du cinéma et un sommet de l’œuvre « Burtonnienne ».
Une vendeuse de produit de beauté désespérément à la recherche de clients pénètre dans l’étrange château qui surplombe la ville et découvre un être étrange, apeuré et ayant d’énormes lames de ciseaux en lieu et place des doigts. Elle décide de l’emmener chez-elle. Toute la ville fait alors bientôt la connaissance de cet être innocent appelé Edward, mais bientôt la cupidité, la peur de l’insolite et la méchanceté vont prendre le dessus. Cependant entre-temps, Edward a fait la connaissance de Kim (Winona Ryder)...
S’il est bien une œuvre qui conjugue la richesse des thèmes, le fond et la forme, il s’agit bien d’Edward aux mains d’argent. Œuvre surréaliste complètement à part, le film innove et propose au passage une caricature de la petite banlieue Américaine tant représentée au cinéma et dont Burton est lui-même issu. Aussi, il nous montre que derrière cette façade se cache la jalousie, la méchanceté, l’intolérance et la perfidie vis-à-vis de tout ceux qui sont différents. En clair, l’innocence ne parvient pas à trouver sa place dans cette Amérique puritaine et fantasmée qui se cache derrière des pelouses impeccables et des maisons trop colorées et identiques les unes des autres. Un portrait glaçant que nous livre Burton qui s’assimile ici totalement au personnage d’Edward en livrant une part autobiographique de son enfance à Burbank.
Par ailleurs, le film est comme nous l’avons dit totalement atypique de par le visuel que nous impose Burton. Une ville aseptisée aux couleurs exacerbées, et un château gothique à souhait, lieu de tous les rêves et de l'originalité. Sur ce plan là la réussite est totale. D’autre part, le film fait également référence à de nombreuses œuvres passées. Transposition moderne d’une histoire de conte de fée, le film n’en oublie pas de rendre hommage au Frankenstein de James Whale (thème déjà abordé dans son court métrage Frankenweenie).
Enfin, l’hommage ultime, Burton l’adresse tout entièrement à son idole, le grand Vincent Price, qui campe ici son dernier rôle au cinéma. Des séquences particulièrement réussies qui montre l'inventeur dans son étrange demeure, fabriquer Edward puis faire son éducation. Une fabrication incomplète puisque celui-ci mourra dans une scène poignante dans laquelle le visage de Price est soudainement aspiré par la mort, sans que celui-ci ait eu le temps de terminer sa créature en le dotant de véritables mains. Hommage somptueux, car peu d’acteurs auront eu l’occasion de tirer le rideau d’une façon aussi poétique et de s’offrir une mort cinématographique aussi belle. Vincent Price que Burton avait déjà salué dans son court-métrage Vincent, décèdera en 1993. Celà affectera profondément le réalisateur qui parlera indirectement de cette relation dans le magnifique Ed wood à travers l’admiration réciproque qu’Ed Wood avait à l’encontre de Bela Lugosi, autre figure légendaire du fantastique.
Doté d’un casting parfait et d’un couple désormais mythique composé de Johnny Depp (qui se révéla littéralement grâce à ce rôle bien loin de la série télé « 21 jump street ») et de Winona Ryder qui trouvaient alors tous deux l’un de leurs meilleurs rôles, le film grâce aux excellentes prestations des acteurs (auxquels il faut ajouter Diane West, Alan Arkin et Kathy Baker) parvient à nous captiver pour ces personnages, tous plus excentriques les uns que les autres. D’ailleurs, ces personnages Burton les affectionne tout particulièrement et cela se sent. Fable poétique de haute volée, le film n’en demeure pas moins en dépit de sa maestria visuelle, un film bouleversant et unique où l’émotion passe sans cesse. N’oublions pas d’ajouter à cela la musique sensationnelle composée par Danny Elfman, et nous obtenons à n’en pas douter un véritable chef-d’œuvre. Un film miraculeux, qui amuse, émerveille, terrifie et nous bouleverse.
La version Burtonnienne de La belle et la bête et de Elephant man. Une œuvre thématiquement forte pour sa critique acerbe de la société Américaine qui peine à accepter la différence, mais aussi et surtout un film qui se regarde avec bonheur au premier degré. De nombreuses scènes restent longtemps gravées dans les mémoires (l'inventeur créant Edward et les nombreuses machines peuplant sa demeure, la séquence "capillaire", l'ultra romantique scène de la danse sous la neige, les villageois allant déloger le "monstre" de son château).
Tim Burton nous livre avec ce chef-d’œuvre son plus beau film. Tout simplement merveilleux.
Un film poétique et magique. L’un des sommets de l’œuvre, pourtant riche, de Tim Burton. Un régal visuel qui fait la part belle aux émotions et à la magie d’un simple conte pour enfant qui n’est en rien édulcoré. Des scènes mythiques pour un sommet cinématographique. Un pur bonheur !
Note du rédacteur: 10/10
Note moyenne de la rédaction : 9.90/10