| En 1980, le réalisateur et producteur américain Sean S. Cunningham lançait
Vendredi 13, premier opus d’une saga horrifique qui, à ce jour, compte
déjà douze épisodes. Le postulat est toujours le même : des adolescents se font
tour à tour massacrer à Crystal Lake, en pleine campagne, par un tueur fou connu
sous le nom de Jason, qui cache les traits de son visage derrière un masque
de hockey. Il faut le reconnaître tout de go : la plupart des épisodes de cette
franchise sont très mal réalisés et ont plus fait parler d’eux pour leur aspect
« sympathique » que pour leurs qualités filmiques ou réellement horrifiques.
Le quatrième opus, appelé Vendredi 13, le Chapitre final, réalisé en
1984 par Joseph Zito, était jusqu’ici considéré comme le meilleur opus de la
saga (ce qui paraît d’autant plus difficile à croire que Zito, en 1986, a tout
de même mis en scène le fameux Invasion USA, avec Chuck Norris, sacré
moment de médiocrité hilarante). Bref, Vendredi 13, mélange de sexe,
d’horreur et d’humour second degré, était une saga involontairement réussie,
dont la réputation flatteuse devait plus à l’esprit de « franche rigolade »
qu’elle avait su insuffler qu’à une réelle objectivité cinématographique.
Depuis son remake très réussi du cultissime Massacre à la tronçonneuse,
initialement réalisé par l’un des grands pontes de l’horreur, Tobe Hooper, Marcus
Nispel n’est plus un inconnu. Michael Bay, producteur du « reboot » de Massacre
à la tronçonneuse, très satisfait du résultat obtenu par Nispel sur cette
franchise, a décidé de se tourner à nouveau vers le jeune réalisateur pour lui
confier le projet Vendredi 13. Or, dès le début, Marcus Nispel s'est
montré extrêmement clair quant à l’orientation qu’il comptait donner aux nouvelles
aventures de Jason : il s’agissait de retrouver l’esprit originel de la série,
de se replonger dans ce qui était le « cœur » de la saga. Nispel n’était donc
pas là pour faire évoluer le personnage de Jason ou pour moderniser le « processus
» mis en branle par chacun des épisodes : il s’agissait de respecter l’esprit
de la série tel qu’il avait été insufflé par le créateur du premier opus, Sean
S. Cunningham.
C’est bien sur ce point que Nispel fait très fort. S’il respecte à la lettre
le cahier des charges imposé par « l’esprit » Vendredi 13 - sexe et humour
second degré – Nispel fait preuve d’un tel brio dans les scènes horrifiques
qu’il parvient à nous faire oublier, dès la scène d’introduction, tous les épisodes
déjà réalisés auparavant. La séquence introductive, si elle peut paraître un
peu longue, met brillamment en scène le meurtre de cinq adolescents aux abords
de Crystal Lake. La sauvagerie dont fait preuve Jason dès les premières minutes
du film est absolument incroyable ; à l’heure des « slashers » simplistes et
édulcorés (dont Scream, de Wes Craven, a été l’un des initiateurs principaux),
revoir Jason massacrer des jeunes de cette manière est absolument jouissif.
D’ailleurs, le démarrage du film est si radical et si réussi que le récit, par
la suite, patine quelque peu, comme s’il avait du mal à se remettre lui-même
de cette entame magistrale.
Le scénario est le suivant. A la suite du massacre auquel nous assistons
en introduction, le frère de l’une des victimes, Clay, décide de partir à la
recherche de sa sœur. Contrairement à la police, Clay est convaincu que la bande
d'adolescents parti camper sur le site de Crystal Lake n’a pas fugué ; quelque
chose a dû se passer. Lors de son enquête, Clay va faire la connaissance de
six jeunes gens qui ont décidé de passer le week-end dans une maison de campagne
de grand luxe située aux abords du lac. Naturellement, Jason va rapidement se
rendre compte que des intrus se trouvent à proximité de sa demeure et va décider
d’éradiquer ces étrangers…
Autour d’un postulat hyper classique, Marcus Nispel a parfaitement
su réinjecter les différents éléments qui constituaient la marque de fabrique
de la franchise Vendredi 13. Il réalise un retour aux sources très réussi, dont
les faiblesses sont davantage dues à l’imbécillité de la série elle-même - Nispel
semble reproduire quasi intentionnellement les défauts « sympathiques » de la
série, afin de rester le plus fidèle possible au modèle - qu’à des erreurs de
sa part. Beaucoup de critiques lui ont reproché ces nombreux défauts : humour
graveleux, manque de hauteur de vue dans la forme, ratage de certains effets...
Cependant, ces éléments faisant partie intégrante de la série, Nispel se les
ait réappropriés et les utilise de façon respectueuse et méthodique. On peut
dire que, si Vendredi 13 était un mauvais film en 1980, la nouvelle version
de Nispel est un « bon » mauvais film : il n’est pas « sympathiquement » mauvais
parce qu’il est raté mais parce qu’il respecte le côté raté des épisodes originels.
Nispel fait tout pour respecter son modèle mais n’en reste pas là. La qualité
du cadrage, ainsi que la beauté de la photographie, rappellent combien Marcus
Nispel vaut mieux que tous les metteurs en scène qui se sont succédés sur la
franchise. L’efficacité de sa mise en scène, son sens du rythme (très peu de
temps morts) sont indéniables.
En conséquence, Marcus Nispel confirme être, après son toilettage réussi
de Massacre à la tronçonneuse, l’un des meilleurs cinéastes horrifiques actuels
aux côtés de Rob Zombie. Son Vendredi 13 est un film d’horreur de série B extrêmement
sympathique, dont la séquence d’ouverture est le principal coup d’éclat. Si
on peut lui reprocher certaines incohérences – la scène au cours de laquelle
Jason s’approprie le masque de hockey, lequel va faire partie intégrante de
la mythologie propre au personnage, n’est pas franchement très pertinente –
Marcus Nispel réalise un épisode extrêmement efficace qui reprend à la lettre
le cahier des charges propre à la série tout en le dépassant.
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