Un peintre qui ne supporte plus la pression de son entourage est pris de folie et se met à tuer, au hasard, avec une arme particulière : une perceuse électrique. Tel est en substance le scénario de ce film qui, il est vrai, ne va pas chercher bien loin. Le scénario est pourtant l'oeuvre de Nicholas St. John qui a officié sur plusieurs autres films de Ferrara, dont King Of New York ou encore Body Snatchers. De toute façon, disons-le d'emblée, avant d'être un film, Driller Killer est l'oeuvre d'un cinéaste au bord de la folie, dont le penchant pour l'alcool et la coke ne sera plus un secret pour personne après le visionnage de ce métrage. De nombreux plans ou séquences dans ce film n'apportent d'ailleurs rien à l'intrigue, et s'inscrivent dans une démarche esthétisante plutôt que narrative.
Un esthétisme social pour le coup, avec des accents "documentaire" qui, mis à part une couleur rouge qui revient de manière récurrente dans le film, nous présente les bas-fonds d'une société américaine où se côtoient déshérités et jeunes en perdition, accros à la coke et à la musique punk (une musique plutôt déjantée mais qui bénéficie aussi d'un certain aura nostalgique). Peu de personnes dans la norme dans ce film, certains sombrant pleinement dans la folie : on notera à cet égard la scène dans l'abribus avec le fou et les deux personnes qui attendent, surtout le vieux, et qui ne savent pas comment réagir. Cette scène est criante de vérité et ne devrait pas manquer de vous faire rire, ce que l'on n'attendait pas à la base de ce genre de film.
L'on pouvait par contre légitimement attendre du gore d'une telle oeuvre : certes, il y a du sang mais beaucoup moins que ce que l'on aurait pu croire. De toute façon, la perceuse électrique se prête beaucoup moins aux effusions de sang que la tronçonneuse finalement. Le choix de cette arme reste un mystère. De même que les meurtres qui touchent d'abord les personnes qui sont indifférentes à l'artiste avant celles qui l'entravent véritablement dans sa vie de tous les jours. Il en résulte un certain malaise du spectateur devant la succession de ces meurtres purement gratuits, d'autant que Ferrara incarne son rôle avec conviction (quant aux autres acteurs, ils ne jouent pas et se contentent d'être ce qu'ils sont dans la vie et c'est déjà tout un spectacle). Les meurtres sont également assez monotones, seul l'un d'entre eux figure un pastiche de la crucifixion qui rappelle l'obsession pour le catholicisme qui habite Ferrara, une obsession qui se retrouvera pleinement dans Bad Lieutenant. A noter que la fin du film qui se déroule dans une obscurité totale est particulièrement intéressante car c'est l'antithèse même de l'essence du cinéma de ne rien montrer.
Avant d'être un film qui entre dans la structure classique de la narration cinématographique, Driller Killer est d'abord l'oeuvre d'un artiste maudit qui traduit à travers la violence des images la violence du malaise intérieur qui l'habite.