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par Gilles

 

Rob Bottin nait en 1959. Il grandit à El Monte dans la banlieue de Los Angeles. Il est le plus jeune d’une famille de 5 enfants. Son père est chauffeur dans une compagnie de transports qui travaille pour les studios hollywoodiens. C’est bien involontairement que le papa va bouleverser l’existence de son fils quand il lui montre l’armoire dans laquelle repose un mannequin de Frankenstein.

« J’avais sept ans. Je suis resté deux heures à contempler le monstre, pensant qu’il était réel. Il était reposant, dans le sens où il ne bougeait pas. Ensuite j’ai pu le voir dans un film et là ça m’a vraiment terrifié. Je pense que c’est ce qu’on pourrait appeler un évènement déterminant dans ma vie ! ».

A 14 ans Bottin est un fan incurable de films fantastiques et de monstres en tout genre. Sa passion le pousse à soumettre plusieurs de ses dessins à son idole Rick Baker. Le spécialiste des maquillages est impressionné par le talent du jeune homme et le prend sous son aile. De plus Rob connaît des difficultés relationnelles dans sa famille, Baker devient donc une sorte de substitut parental. C’est le début d’une collaboration qui va durer cinq années. Rob va assister son mentor sur notamment King Kong, The Incredible Melting Man et Furie.

Puis en 1978 il rencontre Joe Dante, un jeune réalisateur qui s’apprête à tourner son premier film, une série B à petit budget au nom de Piranha. Rob rejoint l’équipe des effets spéciaux qui comprend entre autres Chris Walas et Phil Tippett et aide à créer les poissons voraces du film. Il s’occupe aussi d’un maquillage gore d’une victime, et c’est lui-même qu’il prend pour modèle (ci-dessus à droite).

 

Deux ans plus tard il rencontre John Carpenter qui prépare un film de fantômes titré Fog. Rob fabrique la tête d’un revenant, mais le maquillage ne sera pas conservé au montage. En revanche il se fait plaisir en interprétant l’un des fantômes (ci-contre).

L’année suivante il assiste Baker sur le nouveau film de Joe Dante Hurlements. Mais Baker décide de se consacrer à un autre film de loups-garous réalisé par son ami John Landis, Le Loup-garou de Londres. Bottin hérite donc de la responsabilité des maquillages, et il n’a que 22 ans !

 

 

Naissance d’une star

Rob Bottin va effectuer un travail remarquable sur Hurlements. Le scénario demande de nombreux maquillages pour la scène de transformation principale et les lycanthropes du film. C’est l’acteur Robert Picardo qui interprète Eddy, le psychopathe qui se révèle être un loup-garou. Sa transformation est un petit bijou. La scène est d’autant plus réussie qu’elle baigne dans la pénombre, ce qui renforce le réalisme des maquillages. Au départ Picardo porte diverses prothèses gonflables (nommées bladders) pour les premières déformations du torse, des mains et du visage. Puis c’est une réplique qui apparaît pour les déformations extrêmes (oreilles et museau qui s’allongent). Au final le loup-garou est, selon les prises de vue, un acteur portant une combinaison ou une marionnette grandeur nature animée hors champ.

                 

Il ne faut cependant pas oublier que Rick Baker était toujours responsable des effets et qu’il revenait de temps à autre jeter un coup d’oeil sur le travail de son protégé.

Hurlements permet à Bottin de se voir ouvrir en grand les portes d’Hollywood. Il peut désormais s’affranchir de l’aile protectrice de Baker et mettre son imagination débordante au service de son art. Son prochain film en est la preuve éclatante, dans tous les sens du terme.

The Thing : la nouvelle chair

1982. John Carpenter prépare une nouvelle adaptation du roman de Campbell « Who goes there ? » qui avait donné La Chose d’un autre Monde en 1951. Pour créer la créature extra-terrestre il fait de nouveau appel à Bottin. Mais le scénario reste très sibyllin sur l’apparence de l’alien, et Carpenter n’a pas beaucoup d’idées. Les dessins préparatoires ne suffisent pas, Bottin va donc prendre le taureau par les cornes et proposer sa propre idée de la créature.

« J’ai dit à John : “Ecoute, je ne veux pas faire la même chose que pour Alien car c’était très bon, et je crois que les spectateurs ont forcément des attentes sur ce que doit être un film de monstres. Et quand ils voient un gars dans une combinaison ou un costume d’insecte ça ne marche pas car ils en veulent plus. ». Alors John m’a demandé si j’avais des idées. Je lui ai expliqué mon concept de la créature, c’est-à-dire un monstre qui ne doit ressembler à rien de ce qui a été fait auparavant, qui doit vraiment être « la chose ». John a fait une drôle de tête, il était pour le moins sceptique et m’a dit « Rob, c’est vraiment trop bizarre, laisse-moi le temps d’y réfléchir. ». Et il m’a laissé le champ libre. »

The Thing représente un travail gigantesque pour Bottin et son équipe. Ils disposent d’un gros budget (1,5 millions de dollars) pour réaliser les maquillages. Rob travaille sans relâche sept jours sur sept durant toute la production pour tenir ses délais (à la fin du film il fera une crise de nerfs et passera quelques jours à l’hôpital !). Pour l’anecdote, devant la surdose de travail le grand spécialiste Stan Winston se voit charger de créer le chien-alien pour la scène du chenil.

S’il est une scène qui restera longtemps gravée dans les mémoires, c’est bien sûr la transformation de Norris. La tension y est prodigieuse, et les effets spéciaux créent un étrange mélange de répulsion et de fascination.

     

Toutes les techniques sont réunies dans cette séquence (faux torse, marionnette grandeur nature, images inversées) mais c’est surtout l’emploi de la micromécanique, notamment pour la tête de Charles Hallahan qui tente de s’échapper (ci-dessous) qui constitue un énorme pas en avant dans le domaine des maquillages. Aujourd’hui encore The Thing est considéré comme un film essentiel, et le travail de Bottin est toujours d’un réalisme saisissant. Et terrifiant.

Bottin va prendre un repos mérité après ce travail éprouvant. Ensuite il retrouve Joe Dante qui s’occupe d’un des sketches de l’adaptation ciné de La Quatrième Dimension. Dante réalise le troisième segment, It’s a good life dans lequel un charmant gamin a le pouvoir de réaliser tout ce qu’il veut. Un épisode à l’ambiance délirante et cartoonesque, pour lequel Bottin crée des monstres délirants et cartoonesques !

 

Démons et merveilles

Puis arrive Legend. La participation de Bottin au film de Ridley Scott est un sujet de controverses puisqu’au départ c’est Rick Baker qui était pressenti. Je ne connais pas tous les détails de l’histoire mais il semblerait que Bottin ait usé de stratagèmes pas très sympathiques, voire malhonnêtes pour décrocher le contrat. Depuis les deux hommes sont définitivement brouillés. Mais cela ne remet pas en cause le formidable travail accompli sur Legend.

Rob Bottin s’installe pendant une année en Angleterre où est tourné ce film d’heroic fantasy. Le plus grand challenge qu’il se doit de relever est Darkness, le Seigneur des Ténèbres. Il s’inspire du démon qui apparaît dans Fantasia, le dessin animé des studios Disney, et crée un diable d’une beauté incroyable ! Incarné par Tim Curry, Darkness est quasiment la raison d’être de ce film enchanteur.

Mais il y a bien d’autres personnages. Les serviteurs de Darkness, les Goblins sont des créations très originales voire loufoques (notamment celui qui ressemble à un cochon). Quant aux Elfes certains maquillages sont très discrets (juste des oreilles pour Tuck, incarné par le regretté David Bennent) et des prothèses plus complexes sont appliquées pour les autres acteurs.

Cependant mon personnage préféré est certainement Meg Mucklebones, la sorcière du marais. C’est Robert Picardo qui incarne cette « beauté fatale ». On voit ci-dessous le concept initial et le résultat à l’écran.

Après Legend Bottin retrouve Joe Dante sur Explorers. Il crée Wak et Neek, deux extra-terrestres au look une fois de plus incroyable. Bottin veux à tout prix faire oublier qu’il y a un homme portant un costume, c’est pourquoi il choisit de placer les yeux en haut d’appendices. Le résultat est très fun !

  

1987 est une grosse année pour Rob qui travaille sur 3 films. Il y a tout d’abord L’Aventure Intérieure, toujours de Joe Dante, dans lequel il métamorphose Martin Short en Robert Picardo. Ensuite on le retrouve sur Les Sorcières d’Eastwick avec les transformations de Jack Nicholson dans le final. Mais c’est surtout la création du flic du futur qui va faire parler de Bottin.

 

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