Dès les premières images, nous sommes certains d'assister à un film de Jean Rollin, avec cette vampire diaphane sortant de sa tombe. Un sosie de Christopher Lee y affronte une cohorte de jolies vampires, groupies d'un Dracula de seconde zone. Mais c'est surtout la poésie macabre des images, l'humour décalé de Rollin (cf les bonnes soeurs), et les décors gothiques qu'apprécieront ses fans. Qui plus est, on y retrouve Brigitte Lahaie et Magalie Madison, l'ex-Annette de la série pour ados Premiers Baisers, bien plus sexy. Mais ce film manque tout de même de rythme, par rapport aux meilleurs films de Rollin.
Fidèle à lui-même, Jean Rollin nous présente un panel d'images surréalistes s'inspirant directement des peintures de Dali et des films de Buñuel dans sa façon de symboliser le vide, l'ennui et la folie (la vieille dame sur la plage écoutant la jeune fille au violon, l'ogresse qui vit reclue dans sa grotte, le couvent de nonnes dégénérées...), ce qui le classe définitivement comme un cinéaste à part dans le paysage audiovisuel français !
Portant la griffe de son auteur jusqu'au bout des ongles, "La fiancée de Dracula" prend donc une nouvelle fois le mythe du vampire avec toute l'érotisation qui s'y accomode en nous présentant des êtres sensuels et sanguinaires, que subliment une mise en scène calme, réfléchie et la superbe photographie de Norbert Marfaing-Sintès ("Les deux orphelines vampires") qui - bien que fort belle - parait parfois un peu trop lisse pour pleinement convaincre.
Qu'importe, nous voilà en présence d'un magnifique film fantastique, envoûtant et foncièrement incroyable, qui pousse l'étrangeté à son maximum, jusqu'à nous proposer - pour le passage avec l'ogresse - une sorte de pièce de théâtre filmée.
Comme quoi, contrairement à beaucoup d'autres cinéastes, Rollin reste fidèle à son univers et le fait perdurer avec toujours autant de succès (artistiquement parlant du moins).