Steve Malone est biochimiste, il travaille pour l’Agence Américaine pour l’Environnement et doit passer un mois dans une base militaire, Fort Daily, qui abrite des produits toxiques pour effectuer des prélèvements. Accompagné de sa femme Carol, son fils Andy et sa fille Marty, il ne tarde pas à constater que tout ne tourne pas rond dans la base. Certains militaires semblent perturbés, d’autres sont bizarrement trop calmes et menaçants. Tandis qu’Andy est persuadé que sa mère n’est plus sa mère, Marty fait la connaissance de Tim, pilote d’hélicoptère. Un soir la situation devient apocalyptique. Les Malone vont devoir trouver une solution pour s’échapper de la base envahie par des extraterrestres !
Troisième adaptation du roman de Jack Finney (après le classique L’Invasion des Profanateurs de Sépulture de Don Siegel et le très bon L'invasion des profanateursde Philip Kaufman). Cette fois, et c’est une surprise, c’est le déjanté Abel Ferrara qui est aux commandes (il remplace Stuart Ré-animator Gordon qui devait réaliser le film). On pouvait craindre de voir le metteur en scène culte de The King of New York, Bad Lieutenant et autres se fourvoyer dans ce film de studio bien éloigné de son univers. C’était sans compter sur les capacités d’adaptation du bonhomme. Et si on ne reconnaît qu’en de rares instants son style torturé, il a conçu une merveille de série B.
Même si la trame est archi-connue, Body Snatchers parvient à étonner. L’idée de situer l’action dans un camp de l’armée est excellente. Qu’y a-t-il de plus difficile que de reconnaître un militaire d’un extraterrestre sans émotion ? Ce parti pris permet à Ferrara de soigner l’atmosphère paranoïaque qui baigne le film, et aussi de signer une charge anti-militariste subtile mais efficace ! Le thème de la déshumanisation donne lieu à des scènes très réussies. Celle de la garderie, avec Andy qui ne comprend pas pourquoi les autres enfants font tous le même dessin, est géniale. Autre grand moment, quand Carol (Meg Tilly) tente de persuader Steve de ne pas résister. « Où veux-tu aller ? Où veux-tu fuir ? Où veux-tu te cacher ? ». Puis quand elle lance son cri dans la nuit, ce sont des frissons incroyables qui vous parcourent l’échine. Il y a bien d’autres scènes marquantes, voire traumatisantes, qui jalonnent le film.
Ferrara a su aussi soigner l’esthétique de son film, avec l’aide de son directeur de la photographie Bojan Bazelli qui signe des images crépusculaires d’une beauté impressionnante. Même les scènes se déroulant en journée semblent gagnées par l’obscurité. Il a su choisir des comédiens parfaits, en particulier Gabrielle Anwar, très crédible dans le rôle de Marty l’adolescente boudeuse, le tout jeune Reilly Murphy dans celui de son frère Andy, sans oublier ce bon vieux R. Lee Ermey (Full Metal Jacket, Fantômes contre Fantômes…) terrible en général glacial. Les effets spéciaux sont discrets mais efficaces, très « organiques ». Et la fin est d’une ambiguïté absolue.
Voilà donc Body Snatchers, une série B très haut de gamme où le fond et la forme se rejoignent avec un rare bonheur. Un film qui regorge d’idées passionnantes et d’images qui resteront longtemps gravées dans ma mémoire.
En résumé:
Remake du classique de Don Siegel, "Body Snatchers" version Ferrara est un amour de série B intelligente et rondement menée. Incontournable.
Note du rédacteur: 8.5/10
Note moyenne de la rédaction : 7.17/10