Le film le plus faible de David Lynch. A redécouvrir pour compléter la connaissance de son œuvre. Une énorme déception par rapport au matériau d’origine : la saga mythique de Frank Herbert.
Après le carton critique et public de Elephant man, David Lynch obtient les coudées franches pour choisir son projet suivant. Sollicité par George Lucas pour réaliser le troisième volet de la trilogie Star Wars, encore intitulé Revenge of the Jedi, Lynch refuse car il sait que l’univers de la saga est déjà trop défini et qu’il n’aura pas le contrôle total de l’œuvre. En revanche, il s’orientera bien vers la science-fiction, puisqu’il signe un contrat de deux films avec Dino DeLaurentiis qui comprend l’adaptation du roman culte de Frank Herbert : Dune.
L’histoire se passe en l'an 10191, et raconte l’affrontement entre les Atréïdes menés par Paul (Kyle McLachlan) un être élu, et les Harkonnen pour la possession de Dune, la planète d'où est extraite l'Epice qui donne pouvoir et longévité.
L’association Dune / Lynch provoque immédiatement une attente extrêmement forte de la part des fans du roman et de S.F.. Pourtant, ce projet qui augurait de grandes choses va décevoir énormement…
Pourtant, Lynch reste fidèle et impose une vision personnelle extrêmement sombre (plus sombre que le roman d’ailleurs). Le monde entier est noyé dans cette noirceur et le contraste entre les planètes, notamment Caladan (normalement un monde paradisiaque) et l’inhospitalière Arrakis (Dune), est inexistant. D’ailleurs, le film ne propose que très peu de vues de ces mondes : quelques rochers, beaucoup de sable, un bref survol et basta ! Enfin, le comble est que le peu que l’on voit, on n’y croit pas, la faute à des effets spéciaux ratés, qui vous vous en doutez ne se sont pas améliorés avec le temps. Le film sort en 1984 et Star Wars qui fait alors figure de maître étalon en la matière ne plaide pas en la faveur des effets optiques de Dune.
Cependant, nous n’avons pas pour habitude de juger un film sur la qualité de ses effets spéciaux, mais là encore force est de constater que le film ne brille guère d’avantage par sa réalisation et son déroulement narratif. En effet, l’utilisation de la voix-off est trop redondante avec l’action et trop utilisée dans le but de donner un maximum d’informations (trop parfois). En outre, il est difficile ne pas s’ennuyer au détour de certaines séquences trop longues, le film souffrant d'un manque de rythme évident. Par ailleurs, l’un des changements marquant par rapport au roman est l’âge du personnage principal, Paul Atréïdes qui n’a que 15 ans dans le roman, mais qui est déjà adulte dans le film. Là encore, celà est préjudiciable et l’on perd une partie de l’innocence et de l’éveil du personnage qui porte sur ses épaules l’avenir d’un peuple.
En définitif, le film est de loin le plus mauvais film de son auteur. Quelques points positifs cependant : la découverte d’un acteur Lynchien, Kyle McLachlan (futur agent Cooper de Twin Peaks), quelques séquences inspirées et bien noires et quelques scènes marquantes (l’attaque des vers géants), malgré des effets visuels décevants.
Bien peu pour sauver l’œuvre du naufrage. Une trilogie fût au départ envisagée, mais devant l’accueil plutôt glacial de la critique et d’énormes pertes financières (succès relatif en France malgré tout avec près de 2.300.000 entrées) cette idée fût vite abandonnée.
Dès lors, Lynch n’acceptera plus de ne pas avoir un contrôle total sur son œuvre. Il ne reviendra pas non plus à un budget aussi énorme (45 millions de $ pour Dune, alors que ses deux autres films les plus chers, Lost Highway et Mulholland Drive ne coûteront que 15 millions de $). Conscient d’être passé à côté d’un sujet en or, Lynch ne revient que très rarement sur cette expérience qui a été éprouvante pour lui.
Malgré de bonnes volontés, le film accède au rang de classique sur son nom et sur celui de son réalisateur, mais cela ne parvient pas à masquer les nombreuses insuffisances de l'oeuvre. Quelques scènes et une ambiance parfois inspirée sauvent malgré tout le film du ratage total...
Le film le plus faible de David Lynch. A redécouvrir pour compléter la connaissance de son œuvre. Une énorme déception par rapport au matériau d’origine : la saga mythique de Frank Herbert.
Note du rédacteur: 5/10
Note moyenne de la rédaction : 5.50/10