Kenneth, petit employé exemplaire terne, dont la vie est seulement rythmé par son travail, va voir sa vie profondément bouleversée le jour où il fera la connaissance de Nikki, poupée gonflable dernier cri. Alors que le début de leur relation est épanouissante, Kenneth va vite se laisser envahir et ne plus rien contrôler.
Certains, à la sortie de ce film sur les écrans français, ont fait un rapprochement avec le Monique de Valérie Guignabodet, prétendant même que le thème était galvaudé. Si, dans les deux films, il est effectivement question d'une poupée gonflable qui vient troubler la vie du protagoniste, d'un côté, nous avons une comédie, de l'autre, un thriller psychologique froid, tragique, des plus efficaces.
A travers un traitement quasi clinique et une photographie (le film a été tourné en Super 16 et post-produit sur support vidéo) qui efface vite toute trace d'humanité dans un monde où les employés n'ont finalement pas plus d'individualité que la poupée Nikki (la disparition de Lisa, la collègue de Kenneth, ne sera d'ailleurs remarquée qu'au bout d'une semaine), Robert Parigi, grâce aussi à la musique glaciale de Nicholas Pike (Critters 2, Terreur.com) parvient rapidement à instaurer un malaise alors que le tout aurait pu vite sombrer dans le ridicule avec cette relation incongrue entre un homme et une poupée.
Robert Parigi, avec ce film, n'en est pourtant qu'à son premier essai (il fut jusqu'alors producteur de séries, notamment Les contes de la crypte mais aussi Dark Skies ou encore Profilers) mais il réussit un coup de maître : ici, pas de place au second degré et vous ne ressortirez pas intact du visionnage. Que dire aussi de la fin qui se refuse toute rémission. Au-delà de la déshumanisation de nos sociétés modernes et de la chosification du sexe qu'incarnent Nikki, de l'incommunicabilité croissante entre les individus, Love Object touche des thèmes aussi dérangeants que le voyeurisme et la nécrophilie.
L'interprétation des deux acteurs principaux, Desmond Harrington, Melissa Sagemiller, est savoureuse : le premier, des plus organisés et des plus méthodiques, comme tous les psychopathes, dans tous ces actes, des plus banals aux plus horribles ; la seconde, belle ingénue respirant la fraîcheur et l'innocence. A noter également la présence d'Udo Kier (Du sang pour Dracula, De la chair pour Frankenstein, Docteur Jekyll et les femmes et bien d'autres encore).
A ceux que ce film a plu ou plairait, je ne peux que conseiller la lecture de la nouvelle de Propser Mérimée, La Vénus d'Ille (1837), dont l'inscription Cave Amantem ("Prends garde à toi si elle t'aime") était déjà le plus funeste des présages.
Ce film a reçu le prix de la critique internationale au Festival de Gérardmer, édition 2004.