Le richissime industriel Bishop Weyland rassemble une poignée de scientifiques
afin de préparer une expédition assez particulière. En effet, l'un de ses satelittes
à détecter une forte source de chaleur à un endroit bien précis du pôle Nord.
Il a également découvert une pyramide enterrée à 700 mètres sous la surface.
Il semblerait que cette pyramide ait connu plusieurs civilisations. Lorsqu'ils
arrivent sur place, l'équipe découvre un tunnel qui aurait été creusé en 24
heures seulement. Ils pénètrent à l'intérieur et découvrent l'existence de deux
autres civilisations. Des civilisations extra-terrestres...

Alien vs. Predator. Déjà, il y a un petit "hic" dans
le titre : pourquoi pas AlienS vs. PredatorS ? Pourquoi pas ne pas
avoir utilisé le pluriel ? A la vision du film, on comprend un peu pourquoi.
En effet, AVP est (malheureusment) un film qui ne tient pas les promesses
de son titre.
Couché comme ça sur le papier, le scénario n'est déjà pas des plus excitants.
Mais apparement, l'idée d'Anderson de situer l'action sur Terre a séduit les
producteurs, au grand dam du spectateur qui aurait sans doute préféré que l'action
prenne place sur la planète des Aliens ou celle des Predators. Question de budget
? C'est fort probable. Car, même si le film était largement attendu par les
fans des deux franchises de la Fox, il n'a pas bénéficié d'un budget particulièrement
élevé (environ 65 millions de dollars alors que Spider-man 2, par exemple, a
bénéficié de 200 millions). En même temps, une certaine appréhension à l'égard
de ce projet était inévitable. Tout comme avec Freddy vs. Jason,
les fans se demandaient quelles "ficelles" les scénaristes allaient bien
trouver pour rassembler les deux créatures et les amener à se combattre...

Pour résumer, les Predators ont capturé une reine de la race des Aliens,
l'ont enfermé dans une pyramide pour qu'elle ponde des oeufs. Ensuite, les Predators
attirent quelques humains sur les lieux afin qu'ils se fassent gentiment incuber
par les larves d'Alien afin de donner naissance à des Aliens tout frais. Enfin,
les "jeunes" Predators doivent se débarasser des Aliens afin d'accomplir
un "rite de passage". Le problème ne tient pas dans cette histoire
(pas trop mal fichue) mais plutôt dans le fait qu'une poignée d'humains se trouve
au beau milieu de toute cette organisation. Mais là n'est pas le véritable problème.
Le "hic" c'est que les fameux humains (des scientifiques quand même)
mettent presqu'une heure à comprendre cette histoire que le spectateur
a assimilé en moins d'un quart d'heure après l'entrée dans la pyramide. Le spectateur
a donc presque toujours une longueur d'avance sur les personnages, ce qui a
pour effet de désamorcer totalement l'intrigue...

Revenons un bref instant sur le titre du film : Alien vs. Predator. En principe,
avec un titre comme celui-ci, on s'attend à ce que des Predators se foutent
sur la tronche avec tout un tas d'Aliens. Perdu. Trois Predators seulement débarquent
dans la pyramide (deux d'entre eux se font zigouillé en quelques minutes). Mince,
les Aliens auraient-ils l'avantage ? Encore perdu. Le dernier Predator semble
plus balèze que les deux autres. Mais dans la pyramide, il y a aussi des humains.
On s'attendait à un Starship Troopers dans une pyramide... Encore et
encore perdu. Une petite astuce du scénario amène toute l'équipe de scientifiques
à être divisée en petits groupes. Le traitement aurait pu être intéressant,
comme dans Alien, le huitième passager, lorsque Landburt se retrouve seul
avec son lance-flammes dans un gaine de ventilation où se planque l'Alien.
Dans cette fameuse séquence, il y avait quelque chose qui fait cruellement défaut
à AVP : du suspense et de la maîtrise visuelle.
Dans AVP, ne cherchez pas le grand frisson ou la moindre once de suspense.
De ce côté, c'est malheureusement le néant. Et même lorsque Paul Anderson utilise
quelques effets "classiques" pour faire sursauter le spectateur, il
échoue lamentablement. Heureusement que la bande-son de Harald Kloser est là
(et plutôt efficace) parce que sinon, on ne bougerait pas d'un cil lors de ces
séquences. Mais si vous n'êtes pas amateur de suspense et que c'est du "bourrin"
que vous voulez...Là encore, c'est pas la joie.
Il faut déjà attendre une bonne heure avant de voir un Predator et un Alien
se fritter la tronche (heureusement que leur affrontement est assez violent).
Et pendant cette heure, que se passe t-il ? Rien, les scientifiques discutent
entre eux. Chacun y va de sa petite histoire pour étaler sa science... Malheureusement
- et c'est là qu'apparaît un autre élément qui affaiblit l'ensemble - les personnages
principaux du film nous sont présentés très rapidement et l'on a guère le temps
de s'attacher à eux. Ils manquent tous de profondeur et, malgré les prestations
très honnêtes de chacun d'entre eux, le spectateur a du mal à s'intéresser à
eux. Lorsqu'ils se font attaquer, on ne tremble pas une seule seconde pour eux
(de toute façon, le spectateur sait qui vivra et qui mourra à l'avance). Enfin,
le tout manque cruellement d'enjeu. Des Predators se servent des Aliens (qui
sont d'ailleurs présentés presque comme les "méchants" du film, un parti-pris pas très judicieux), on
a compris. Mais ils font ça tranquillement au pays des pingouins, entre eux,
et n'embêtent personne. Question : pourquoi des humains ont-ils été fourrer
leur nez dans leurs histoires ? "Pour faire un film...". Bonne
réponse.

Ajoutez à tout cela quelques idées assez saugrenues en fin de métrage (l'alliance
entre l'héroine et le Predator, la Reine qui se prend pour le T-Rex de Jurassic Park) et vous comprendrez que Paul Anderson est passé un peu à côté de son
sujet. Et sans les effets spéciaux du film (de très beaux décors notamment et
des Predators assez convaincants) et quelques très beaux plans qui rappelent
fortement l'Event Horizon du même réalisateur (au passage, de loin son
meilleur film), AVP serait vraiment très décevant. Le pire c'est qu'à
un moment du film, le spectateur entrevoit ce qu'aurait pu être AVP :
l'arrivée des Predators sur la Terre nous est dévoilée (ils sont considérés
comme des Dieux par les différentes civilisations) et Anderson nous dévoile
un plan dans lequel une poignée de Predators se retrouve confrontée à une gigantesque
armée d'Aliens. Une séquence très efficace mais également très (trop) courte...
Enfin, on regrettera également qu'Anderson ait cédé, sur quelques plans,
au "bullet time" popularisé par la série des Matrix. Visuellement,
cela a beau être impressionnant (encore que...) mais le fait est que l'utilité
et l'intérêt de ces ralentis n'est absolument pas justifié dans le film. Du
"juste-pour-faire-joli", grosso modo...
Avec tout ça, vous devez vous demandez "bah alors, pourquoi aller
voir ce film ?". Et bien, hormis les effets spéciaux et quelques séquences
plutôt bien emballées, le spectacle ne vaut pas vraiment le déplacement. La
mise en scène de Paul Anderson est loin d'être exceptionnelle (il filme l'action
parfois un peu n'importe comment) et comporte même certains plans mal repris provenant
tout droit des films des deux franchises. Enfin, le spectateur ne manquera pas
de sourire en découvrant les dernières secondes du film annonçant ce qui pourrait
s'appeler "Alienator" (ou "Predalien", au choix)...