| Il aura fallu 20 ans pour que Romero nous livre un quatrième volet à sa saga dédiée aux zombies. Plusieurs longues années aussi que Romero ressasse le scénario puisqu'il reprend des éléments qu'il n'avait pas exploité dans Le jour des morts-vivants. Pris dans les années 1990 dans le development hell hollywoodien avec des projets qui n'aboutirent pas, il fallut attendre le renouveau des films de zombies pour que Romero obtienne le soutien et le feu vert de la Universal.
Dans un futur proche, les humains sont désormais cantonnés dans des villes fortifiées entourées de zombies nombreux et affamés. Des expéditions sont organisées à l'extérieur pour récupérer vivres et provisions, mais au fur et à mesure de ces sorties en territoire ennemi, Tyler remarque les morts-vivants ont évolué : ils s'organisent, communiquent... Pendant combien de temps encore les vivants seront-ils à l'abri ?

Les films de zombies de Romero ont toujours eu une portée sociale à forte connotation contestataire. Celui-ci n'échappe pas à la règle, mais s'il était question, dans un premier temps, de construire l'intrigue autour de la disparition de la classe moyenne aux Etats-Unis, sur la question du sida et sur la croissance inquiétante du nombre de sans domicile fixe, le 11 septembre est passé par là et Romero a retravaillé son scénario en conséquence. A l'instar de La Guerre des mondes, les Etats-Unis ne sont plus un havre de paix pour les Américains et si, dans le film de Spielberg, les Américains étaient des réfugiés dans leur propre pays, ici ils en sont prisonniers dans ce qui, pour la plupart d'entre eux, s'apparente à un ghetto. Et une fois de plus, le conflit a changé de visage et les civils sont les premières victimes. Et pour renforcer cette atmosphère crépusculaire, l'essentiel du métrage se déroule de nuit, soutenu par une photographie lunaire du plus bel effet qui donne lieu à des plans saisissants (les zombies dans les bois, la sortie de l'eau (clin d'oeil au Carnival of Souls), ou encore les plans aériens sur la ville avec les morts-vivants envahissant les rues).

Les allusions aux évènements du 11 septembre sont d'ailleurs parfois des plus explicites : de la réplique de Dennis Hopper "We don't negotiate with terrorists" au building illuminé qui domine la ville, réminescence du World Trade Center, en passant par le Dead Reckoning - le véhicule militaire high-tech et futuriste (qui n'est pas sans rappeler celui de L'Armée des morts) utilisé par les vivants lors de leurs razzias à l'extérieur - dont l'aspect invincible et massif tranche avec les zombies qu'il dégomme au passage (à l'instar des véhicules militaires américains en Irak). Dans la ville même, assiégée par les morts-vivants, les clivages sociaux persistent et se sont même aggravés : une fois de plus, les vivants ne sont pas unis face au danger et chez les puissants notamment, la règle du chacun pour soi domine plus que jamais avec toujours cette obsession pour l'argent qui, pour le coup, apparaît pathologique dans ce monde post-apocalyptique. Sur cet empire, Kaufman (Denis Hooper) règne, implacable et sans remords, et s'assure le soutien des masses en leur procurant du pain et des jeux, à l'instar des empereurs romains. Quant à ceux qui s'opposeraient à son plein pouvoir, ils ne font pas de vieux os.

On regrettera cependant que toutes les potentialités de ce nouveau monde ne soient pas plus exploitées : à la différence de sa trilogie, Romero ne fait plus véritablement évoluer ses personnages en vase clos et cela s'en ressent, car à vouloir trop en montrer, Romero, ce qui n'était pas le cas auparavant, néglige la psychologie de ses personnages et il est en définitive bien difficile de s'attacher à tel ou tel protagoniste qui, masculin comme féminin, apparaissent assez fades.
Peut-être cette difficulté d'identification s'inscrit-elle dans la démarche de Romero qui, cette fois-ci, ne prend définitivement pas partie pour l'un ou l'autre camp dans ce conflit qui oppose les vivants aux morts-vivants. Dès les premières minutes du film, Riley minimise la différence qui les oppose aux morts-vivants, affirmant que les survivants ne sont pas vivants, mais qu’ils prétendent l’être. Un des personnages principaux est également défiguré, ce qui, lors de sa première apparition, nous amène à le confondre avec un zombie. Ou encore, vers la fin, le même Riley refuse de s’acharner sur les zombies, disant que, comme eux, ils ne recherchent qu’un abri. La distinction entre les vivants et les morts-vivants est rendue d’autant plus malaisée que ces derniers apparaissent ici assez fragiles et, pendant une bonne partie du film, comme les victimes et non comme les agresseurs, tantôt massacrés, tantôt humiliés par les vivants. Dans Le jour des morts-vivants, Romero nous offrait déjà une version « humanisée » du mort-vivant : dans Land of the Dead, cette humanisation ne se limite plus à un seul zombie mais à la majorité d’entre eux, qui apprennent à communiquer, à se servir d’objets, et surtout à ressentir des sentiments : de la rage, de la peine mais aussi de la pitié. Le personnage de Big Daddy est symptomatique à cet égard. Cette évolution, et surtout sa prise de conscience par les vivants, intervient cependant sans doute trop tôt dans le film. Romero renonce ainsi à construire une sous-intrigue autour de la question de l’évolution : on y gagne alors en action et en scènes gore mais on y perd indubitablement en termes de psychologie, d'identification mais aussi de peur car le film peine à créer du suspense ou de la tension.

En effet, la seule tension dans le film est d'abord visuelle. Ne vous y trompez pas : malgré une simple interdiction aux moins de 12 ans en France, les scènes gore sont bien là, même si, il est vrai, la photographie leur donne un aspect onirique et, par voie de conséquence, moins crû que dans les précédentes réalisations de Romero. Ils restent malgré tout particulièrement efficaces : décapitations, éventrations, démembrements... et Romero se permet même quelques innovations avec, par exemple, ce zombie qui, pratiquement décapité, parvient encore à mordre. Les effets spéciaux et les maquillages, supervisés par Gregory Nicotero (qui avait travaillé entre autres sur le Ghosts of Mars de Carpenter. Hasard ou non d'ailleurs ? puisque que l'on retrouve aussi un Bid Daddy dans l'oeuvre de Carpenter), sont particulièrement savoureux.

Lorsque les zombies attaquent, le rythme s'emballe et ça déchiquette de tous les côtés : on sent que Romero s'y est donné à coeur joie pour filmer toutes ces scènes, avec un petit bémol pour une séquence sur fond de musique mélodramatique où les protagonistes réalisent qu'ils sont arrivés trop tard pour arrêter les zombies, ce à quoi ne nous avait pas non plus habitué Romero. Après cet emballement et cette frénésie, la fin arrive de manière précipitée, à un point tel qu'elle en est frustrante, d'autant que le départ du Dead Reckoning sous les feux d'artifice (utilisés pour hypnotiser les morts-vivants) manque définitivement d'emphase. Il n'en reste pas moins qu'à la fin du film, Romero a atteint avec succès son objectif : on ne sait plus bien si l'on fait partie nous-mêmes des vivants ou des morts-vivants...

A noter les cameos de Tom Savini, qui nous revient dans le rôle d'un zombie motard, et des réalisateurs de Shaun of the Dead, qui, en zombies eux aussi, apparaissent brièvement dans un photomaton.

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