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DOSSIER:
Mythes du cinéma fantastique :
DRACULA
-1ère partie-
par Julien
Dracula est sans conteste l'un des plus grands mythes du fantastique, en littérature comme au cinéma. A l'instar de la créature de Frankenstein ou du loup-garou, le comte Dracula a été la source d'inspiration de nombreux films et téléfilms. Sans plus attendre, découvrons ensemble l'histoire hors du commun du Prince des Ténèbres et ses nombreuses apparitions au cinéma...
Sommaire :
Vlad Tepes "L'Empaleur"
1921 - Nosferatu
1931 - 1945 : Des planches à l'écran
1956 - 1973 : La Hammer s'empare du mythe
1979 & 1992 : Dracula Forever
Les "autres" Dracula
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Vlad Tepes "L'Empaleur"

Né sous la plume de l'écrivain irlandais, Bram Stoker (1847-1912) et paru en roman en 1897, le comte Dracula n'est pas vraiment issu de l'imagination de cet auteur. En effet, un certain compte Dracul a bel et bien vécu au 15ème siècle en Roumanie. Dracula était le surnom de Vlad Tepes (dit "Vlad l'Empaleur", 1430-1476), Prince de Valachie. La Valachie et la Transylvanie étaient délimitées par les Carpathes régionales, le Bas-Danube et la Mer Noire.
Son père était Vlad Dracul (pour information, en roumain, "drac" signifie "diable"). S'il n'a jamais été question de pratiques vampiriques au sujet du père comme du fils, la cruauté et la tyrannie de ce dernier étaient bien une réalité pour les habitants des villages voisins de ses terres. Vlad Tepes fut surnommé l'empaleur car on raconte que, lors des nombreuses batailles et campagnes militaires qu'il entreprit (contre les turcs notamment), il prenait un plaisir très particulier à empaler ses ennemis et à les voir agonir dans d'atroces souffrances. Il aimait également, paraît-il, dîner devant le spectacle.
En 1476, il trouve la mort dans des circonstances qui restent aujourd'hui encore mystérieuses (on évoqua l'un de ses comparses, le prenant pour un turc, qui lui aurait ôté la vie). Il est décapité et sa tête est plantée sur une lance. Son corps sera enterré au couvent de Snagov.

Au début du siècle (début des années 30), sa tombe fut découvert et trouvée vide. Le mythe de Dracula prit alors forme pour rejoindre les écrits de Stoker...

L'écrivain Bram Stoker
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1921 - Nosferatu

Dracula fait sa première apparition "officieuse" au cinéma en 1921 dans le chef d'oeuvre muet de Friedrich Wilhelm Murnau, Nosferatu : Eine Symphonie des Grauens. L'histoire est celle du jeune et plein d'avenir Thomas Hutter (Gustav Von Wangenheim) qui part pour la Transylvanie afin de vendre une propriété en Allemagne, dans la ville de Wisbourg, à un certain comte Orlok Nosferatu (Max Schreck). Lorsqu'il arrive sur les lieux, il découvre dans la maison du comte une photographie de sa femme Ellen (Greta Schroeder). Le comte emménage donc dans une résidence proche de celle de Thomas. Mais le comte amène avec lui la morte et la peste pour les habitants de la ville...
Le scénariste du film, Henrik Galleen a réalisé une adaptation assez libre de l'oeuvre de Stoker. Ainsi, l'action passe de Londres à Wisbourg (pour des raisons sûrement commerciales, étant donné qu'il s'agit d'une production allemande). De ce fait, les noms des personnages de Stoker n'ont pas été conservés (Jonathan Harker devient Thomas Hutter, le comte Dracula devient le comte Orlok Nosferatu, Mina devient Ellen...). Des modifications qui n'altèrent pas l'oeuvre de Stoker de la même façon que la suivante : en effet, Galleen instaure une nouvelle "règle" pour les vampires : ils ne supportent pas la lumière du jour qui devient une menace mortelle pour eux. Un détail important qui influencera beaucoup les films qui traiteront du mythe de Dracula.
Il faut cependant noter que dans le film de Francis Ford Coppola de 1992, on peut voir une scène au cours de laquelle le comte Dracula se promène, de jour, dans les rues de Londres (scène présente dans le roman de Stoker).

Le film eu une influence considérable pour le cinéma en général, au même titre que d'autres oeuvres issues du mouvement expressionniste allemand comme Metropolis (1927) ou Le Cabinet du Docteur Caligari (1919). Il suffit de s'attarder sur le travail au niveau des angles de caméra ou des éclairages pour constater qu'avec le film de Murnau, c'est une nouvelle ère pour le cinéma fantastique alors encore à ses balbutiements. Et ce n'est pas un hasard si le réalisateur Tim Burton, dans son film Batman : Le Défi, a nommé l'un de ses personnages Max Schreck (en allemand "Schreck" signifie "terreur"). Un hommage à l'acteur qui interpréta le rôle du comte Orlok dans le film de Murnau.
Info : En mettant en chantier le film, la société de production a "oublié" de payer le copyright à Bram Stoker. Elle fut poursuivie pour plagiat et fut même condamnée par un tribunal anglais qui ordonna que toutes les copies du film et les négatifs soient purement et simplement détruits. En Allemagne, la décision fut jugée inapplicable et le film poursuivit sa carrière...

En 1979, le réalisateur Werner Herzog réalisera un remake du film de Murnau avec, à son "avantage", la couleur et le son. Nosferatu : Phantom der Nacht bénéficie d'une atmosphère qui, si elle ne rivalise pas avec celle du film de Murnau, demeure intéressante sur certains points (au niveau des éclairages notamment). Mais le rythme lent du film ne joua pas en sa faveur. Le rôle du comte incomba au charismatique Klaus Kinski (1926-1991). A ses côtés, une jeune française, Isabelle Adjani, dans le rôle de Lucy Harker. En 1986, il reprendra le rôle de Nosferatu dans Nosferatu in Venice dans une production italienne mise en scène par Mario Caiano et Augusto Caminito. Signalons au passage que Klaus Kinski participa à la réalisation du film (sans y être pour autant crédité à ce poste), de même que Luigi Cozzi (réalisateur de l'ultra kitsch Starcrash).
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1931 - 1945 : Des planches à l'écran

Compagnie fondée en 1912, la fameuse Universal décide de porter à l'écran une pièce de théâtre qui obtint un certain succès sous les feux de Broadway : Dracula. Carl Laemmle Jr (le fils du fondateur de la Universal) demande au réalisateur Tod Browning (Freaks) de s'atteler à la préparation du film. Avec à son actif des films déjà classiques comme Londres après minuit ou Le club des trois (avec Lon Chaney), Browning était le réalisateur le plus à même de mettre en scène le célèbre vampire. Alors que Lon Chaney devait être l'interprète du comte, il décède en 1930 d'un cancer de la gorge. Ce sera finalement le Dracula de la pièce de théâtre, l'acteur hongrois Bela Lugosi, qui se glissera dans la cape de Dracula. Le film sort en 1931 et remporte un beau succès critique et commercial. Avec une réalisation aussi soignée que la photographie (de Karl Freund), le film marquera une date dans l'histoire du cinéma fantastique. Sans oublier la prestation haute en couleur de Bela Lugosi .

En 1936, le réalisateur Lambert Hillyer mettra en scène La fille de Dracula (Dracula's Daughter). La Universal décide d'exploiter la légende de Dracula mais sans Dracula (!). Le film est d'une médiocrité assez affligeante et ne marquera pas les esprits cette année-là.
En 1943 sort l'assez insolite mais très intéressant Le Fils de Dracula (Son of Dracula, de Robert Siodmak) dans lequel d'ailleurs, il n'est point question du célèbre vampire mais du comte Alucard (qui n'est d'ailleurs jamais mentionné comme étant le fils de Dracula).
Puis, en 1945, c'est au tour de La Mansion de Dracula (House of Dracula, de Erle C. Kenton) d'être en vedette. Dans le film, le comte Dracula souhaite en finir avec sa condition de vampire et demande conseil auprès d'un médecin. Mais il s'agit là d'une nouvelle ruse de la part du comte qui souhaite juste se rapprocher de la femme du médecin. C'est alors qu'arrive Lawrence Talbot (Lon Chaney Jr), alias le loup-garou, qui vient pour guérir sa lycanthropie. Enfin un autre monstre sacré de la Universal fait son apparition en la personne de la créature de Frankenstein! Et c'est le début de la guerre des monstres...

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1956 - 1973 : La Hammer s'empare du mythe

La Hammer, société britannique connue de tous les amateurs de fantastique et d'épouvante fera revivre le mythe du comte Dracula assez tardivement. Après le succès de Frankenstein s'est échappé, mis en boîte par l'un des réalisateurs les plus doués de l'écurie Hammer, Terence Fisher, la compagnie rachète les droits des grands "monstres" des années 30. Et parmi ceux-ci, Dracula.
Alors que Bela Lugosi (acteur de théâtre au début, rappelons-le) faisait du comte un dandy plutôt "cabotin", la Hammer décide de donner une nouvelle jeunesse au vampire de ces dames. C'est donc en 1958 que sort Le Cauchemar de Dracula (Horror of Dracula). Campé par l'imposant et glacial Christopher Lee, le comte Dracula devient d'une sobriété élégante et d'une prestance incroyable. Dans le rôle d'Abraham Van Helsing, un autre très grand acteur de l'époque : Peter Cushing. Le film, très coloré, est un chef d'oeuvre et va ouvrir la voie aux autres monstres de la Universal.

En 1960, sort Les Maîtresses de Dracula (The Brides of Dracula). Mais à la fin du Cauchemar... le destin du comte semblait pourtant bel et bien scellé. Réalisé par Terence Fisher, le film ne porte pas vraiment son titre étant donné que le prince des ténèbres n'y apparaît... pas ! Van Helsing (Peter Cushing) traque le baron Meinster (David Peel) mais aucun comte Dracula à l'horizon.
De même, le film de Don Sharp de 1962, Le Baiser du Vampire ne peut être "rattaché" à l'histoire de Dracula. Le film met en scène le comte très aristocratique, Rayna, qui n'est malheureusement qu'un "ersatz" de Dracula. Cependant, de par sa mise en scène et son atmosphère, le film de Sharp reste intéressant et agréable à regarder. Christopher Lee a cependant refusé de porter une nouvelle fois la cape de Dracula, jugeant que cela pouvait être "préjudiciable" à sa carrière dans le sens où il risquait de s'enfermer dans le rôle du vampire.

Mais Christopher Lee reviendra sur sa décision, fort heureusement, et rejoindra à nouveau Terence Fisher en 1966 pour les besoins de Dracula : Prince of Darkness. Malheureusement, le peu de dialogues de Lee (qui demandait d'ailleurs des cachets de plus en plus élevés) et son temps d'apparition très court à l'écran ne permettent pas au film de se hisser au niveau de son prédécesseur de 1958. De plus, l'absence de Peter Cushing/Van Helsing se fait cruellement ressentir tout au long du film. Seule la réalisation, la photographie, les décors et l'atmosphère générale du film parviennent à faire du film de Fisher une honnête production de la Hammer.

Dès lors, l'histoire originale de Bram Stoker ne sera plus d'aucune utilité aux scénaristes et producteurs de la Hammer qui n'en reprendront parfois que les bases ou juste le nom du comte Dracula. C'est donc en 1968 que sort un nouveau film à l'honneur du comte Dracula. Baptisé Dracula et Les Femmes (Dracula Has Risen From The Grave, de Freddie Francis), le film nous narre les "mésaventures" du comte qui voit son château exorcisé. Contraint à quitter sa demeure, Dracula (toujours campé par Christopher Lee) décide de se venger de l'homme qui a placé un crucifix géant devant son antre. Le film n'est pas d'une qualité extraordinaire et, une fois de plus, les apparitions de Christopher Lee/Dracula se font souvent cruellement attendre.

Pour essayer de "diversifier" un peu le genre tournant autour de dracula, un Comtesse Dracula (Countess Dracula, de Peter Sasdy) est mis en chantier et sort sur les écrans en 1970. Le film est dominé par la présence de la charmante Ingrid Pitt (déjà créditée au générique du The Vampire Lovers de Roy Ward Baker), dans le rôle de la comtesse vampire.

La même année sort Les Cicatrices de Dracula (Scars of Dracula), réalisé par Roy Ward Baker qui sortait à peine de Comtesse Dracula. Christopher Lee porte toujours la paire de canines du comte des Carpathes. Cependant, il n'a pas a ses trousses Van Helsing. L'histoire nous explique comment le frère d'un dénommé Paul Carson part à la recherche de celui-ci (tué par Dracula) et se retrouve face au comte et à son insatiable soif de sang... Un film peu intéressant et qui ne figure pas parmi les meilleurs films de la série.

Toujours en 1970, Christopher Lee sera à l'affiche d'un autre film (non produit par la Hammer) sur Dracula : Les Nuits de Dracula (El Conde Dracula). Le film, réalisé par ce cher Jesus Franco (réalisateur aux mille pseudonymes et qui a réalisé plus de 180 films!), est d'une nullité affligeante (aucun rythme, aucun sens de la mise en scène, aucun suspense, aucune ambiance) et il ne se passe quasiment rien dans le film (ah, si, une chauve-souris en plastique s'agite à une fenêtre). A noter que l'acteur Klaus Kinski cachetonna dans le film dans le rôle de Reinfield.

Nous sommes toujours en 1970 avec Une Messe pour Dracula (Taste The Blood of Dracula) du réalisateur Peter Sasdy. Christopher Lee incarne toujours le prince des ténèbres avec la même sobriété inquiétante. Malheureusement, le film n'est pas particulièrement réussi. A noter d'ailleurs qu'à l'origine, le film ne devait pas mettre en scène le comte mais Christopher Lee insista pour reprendre le rôle.

Deux ans plus tard, en 1972, la Hammer nous offre un Dracula A.D. 72 (réalisé par Alan Gibson) plutôt sympathique, surtout que l'on a droit aux retrouvailles entre Christopher Lee et son rival de toujours, Peter Cushing. Au début du film, le comte Dracula est laissé pour mort, empalé tandis que Van Helsing laisse échapper son ultime souffle de vie. Ensuite, on est donc parachuté en 1972, avec un des descendants de Van Helsing et un certain Johnnie Alucard qui compte bien ramener à la vie le comte Dracula. Une fois que c'est chose faite, Van Helsing se lance à sa poursuite... Rien de très original et surtout, rien de transcendant par rapport aux précédents films. L'idée de transporter Dracula dans les années 70 ne fonctionne pas vraiment et le spectacle s'en ressent beaucoup.

Après Les Nuits de Dracula, Jesus Franco persiste et signe la même année La Fille de Dracula. Bien entendu, il ne s'agit pas là d'une production de la Hammer !
Le casting compte pas mal d'acteurs et d'actrices que l'on retrouvera dans les films de Franco : Britt Nichols (Les Expériences Erotiques de Frankenstein, Les Démons, Christina princesse de l'érotisme), Anne Libert (Les Ebranlées, Le Journal Intime d'une Nymphomane), et ce cher Howard Vernon (Les Exploits Erotiques de Maciste dans l'Atlantide, Célestine bonne à tout faire, Les possédées du diable, Le lac des morts-vivants) qui interprète le rôle du comte Karlstein (Dracula donc).

En 1974, Christopher Lee et Peter Cushing se retrouvent à nouveau face à face pour les besoins de Dracula vit toujours à Londres (The Satanic Rites of Dracula, mis en scène toujours par Alan Gibson). Tout comme le précédent film de la série, celui-ci ne marquera pas vraiment les esprits et marquera la fin de la série produite par la Hammer.

1974 c'est aussi l'année de Du Sang Pour Dracula (Andy Warhol's Dracula). Et bien qu'il ne s'agisse pas d'une production de la Hammer, le film de Antonio Margheriti et Paul Morrissey propose une variation intéressante sur le mythe. En effet, Dracula (remarquable Udo Kier) nous est présenté comme un vampire malade qui ne peut étancher sa soif de sang. Pour survivre, il a besoin du sang de jeunes femmes vièrges. Mais le soucis c'est qu'un gigolo traîne dans son entourage et s'occupe de défleurer toutes les demoiselles qui passent sous son nez...

L'année suivante, avec Vem var Dracula ? (In Search of Dracula, Calvin Floyd), on découvre une sorte de rétrospective des films qui mirent en scène le célèbre vampire. Il s'agit donc là plus d'un documentaire qu'un film d'ailleurs. Un documentaire intéressant au demeurant.

1976, la franchise est quasiment morte et le film Dracula, père et fils (Dracula and Son, non produit par la Hammer), réalisé par Edouard Molinaro (Hibernatus, La cage aux folles, bonjour les références) sur un scénario d'Alain Godard, ne changera pas la donne. Christopher Lee endosse la cape du comte Dracula encore une fois et se voit affublé d'un rejeton, Ferdinand (!). Mais le fiston a la même soif de sang que son papa. Et pourtant il n'accepte pas sa condition de suceur de sang et se nourrit de rats, de chats... Pendant que son père devient une vedette de cinéma (en jouant, bien sûr, le rôle de Dracula), il tombe amoureux d'une jeune demoiselle. Alors évidemment, il a peur que son papa se jette sur elle... C'est drôle par moment mais malheureusement, la réalisation est peu originale et les interprétations de certains acteurs est assez approximative. On se demande encore ce qui a bien pu pousser l'illustre Christopher Lee a rejoindre le casting de cette pochade...
-SUITE-
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