The Ugly Stepsister
Critiques Spectateurs de The Ugly Stepsister
Réalisé par Emilie Blichfeldt, sorti en 2025.
7.8
★★★★★★★½☆☆
2 critiques
10 1
9 1
8 1
7 2
6 1
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publié le 09/04/2026 - 12:13
Un body-horror au féminin
Une relecture de l'histoire de Cendrillon du point de vue de l'une des belles-soeurs, avec une approche radicalement plus sombre.
Oubliez le conte de fée, la magie étant quasiment épurée dans cette relecture. Le film propose au contraire une vision bien sombre et réaliste du statut de la femme dans une société patriarcale où la beauté physique est une arme d'ascension sociale.
On suit donc l'histoire de Elvira, l'une des belles-soeurs de Cendrillon, qui est victime de ce système où son physique ne correspond pas aux critères de réussite sociale. Complexée et jalouse de sa belle-soeur, elle va jusqu'à transformer son corps à base de chirurgie de l'époque et d'autres méthodes bien dangereuses comme la consommation volontaire d'un oeuf de ver solitaire.
On voit donc s'opérer une transformation progressive de Elvira qui se fait dans la souffrance physique et psychologique. Les détails assez poussés des méthodes utilisés ont de quoi revulsés et choqués. Paradoxalement, la mise en scène offre une approche parfois plus satyrique que horrifique, nous incitant à nous moquer des critères d'une époque passée.
Qu'en est-il de la belle-mère ? Et bien, le personnage reste globalement cette matriarche prête à tout pour asseoir sa place au sein de la société, à ceci prêt que le personnage est un peu plus contrasté et est finalement montré elle-même comme une "victime" de ce système. Cela ne l'empêche pas d'apparaître sous un jour des plus inquiétants, encourageant les opérations de sa fille et la mettant à la vue des hommes influents telle une marchandise, se moquant même de ses souffrances. Elle est néanmoins un personnage de second plan qui n'est pas l'antagoniste du film.
Quand à Cendrillon, le personnage est bien présent mais devient une figure bien plus contrastée que dans le conte. Loin d'être pure et innocente, le personnage agit plus par vengeance que par amour, elle reste néanmoins une figure tragique soumise à la domination patriarcale et à la jalousie dont on peut éprouver une forme de sympathie.
Bien sûr, Elvira demeure l'épicentre du film et l'actrice a su rendre toute la profondeur, la noirceur et la détresse du personnage, finalement victime du système mais aussi de ses obsessions qui la poussent toujours plus loin dans les extrêmes, au point de devenir psychotique et instable. Heureusement, le film offre un bon contre-poid avec la présence de Alma, sa soeur, qui elle a refusé ce diktat sur la beauté et demeure son seul soutien réel. Dommage d'ailleurs que le personnage apparaisse si peu à l'écran.
Un excellent film qui offre une relecture intelligente du conte. Un rappel important sur les dangers de la quête illusoire de la beauté physique, les effets chocs de certaines scènes ne le montrent que trop bien. Du body-horror haut de gamme au message féministe percutant !
publié le 15/04/2025 - 08:40
Avis BIFFF Live
Avant toute chose, il faut savoir que THE UGLY STEPSISTER, c’est une relecture de CENDRILLON du point de vue de l’une des belles-sœurs. Mais oubliez les paillettes, les souris qui chantent et la citrouille magique : le film d’Émilie Blichfeldt prend le conte de fées à contre-pied, le découpe au scalpel et vous le sert saignant. Ici, pas question de marier l'amour et la magie : tout tourne autour de la cruauté, du paraître et du malaise.
Rebekka, la marâtre ruinée, n’a plus qu’un plan pour sauver les meubles : caser une de ses filles avec le prince. Pas question de laisser cette tâche à la petite Cendrillon. Non, son choix se porte sur Elvira, qu’elle est prête à reconstruire - littéralement - pour la rendre désirable à travers des scènes de chirurgie esthétique bien crades.
Mais The Ugly Stepsister, ce n’est pas juste un choc visuel : c’est aussi un film riche en sous-texte. Il y a une critique acérée des diktats de la beauté, du patriarcat, de la société de façade et de la fanatisation romantique. Elvira fantasme un homme qu’elle ne connaît même pas, simplement parce qu’il incarne un idéal fabriqué à partir de son art (le prince est aussi un poète publié dans cette version).
Techniquement, c’est très bien réalisé, viscéral, glaçant, et porté par d’excellents interprètes excellentes. On ne ressort pas forcément traumatisé de THE UGLY STEPSISTER, mais avec quelque chose de désagréable coincé zu fond de la gorge, et c’est bien le but.