Kwaidan

9.0/10
Kwaidan

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Portrait de Blockhead Blockhead
Graine de psychopathe - 112 critiques
publié le 20/05/2024 - 04:42

Après l'immense Harakiri,

Après l'immense Harakiri, Masaki Kobayashi s'attèle à ce projet fou regroupant quatre fables sombres et oniriques, quatre histoires de fantômes entièrement tournées en studio, sublimées par des décors majestueux et surréalistes et, plus globalement, une direction artistique d'un autre monde. Un chef d'œuvre mêlant l'épique à l'intime, capable par sa prose envolée et son artisanat intemporel, d'éveiller tous les sens du spectateur, ébahi.

Clin D'œil :
Récompenses

Prix du Jury - Festival de Cannes 1965

Portrait de Goodmad Goodmad
Serial Killer - 873 critiques
publié le 11/11/2010 - 00:33
10
 

Un ghost-story asia poétique

Un très beau ghost-story asiatique qui resemble à une poésie. Silencieux comme une tombe, ambiance froide ou chaude, gris ou coloré, bien intérprété, très bien réalisé avec de très beaux plans par moment, des jeux de lumière magnifique, une super décoration et une réalisation exemplaire. Mais attention, il y a un os; le rythme du film qui est vraiment lent, voir trop lent par moment. Mais Kwaidan reste un film culte et une référance dans le cinéma asiatique. -La chevelure noire: Très bonne histoire macabre et grisatre à souhait et silencieux comme la mort à en donner des frissons -La femme des neiges: Ambiance froide, mais légérement lend sans vraiment géné. -Hoichi: l'histoire la plus chiante et longue du film, plus d'une heure de durée, pourtant malgré sa longueur assez génante c'est ici que la réalisation est intérésante et très coloré, dommage que ce soit trop long. -Dans un bol de thé: Court, simple et efficace, de très bon plans au menu pour finir le film en beauté.
Portrait de Carth Carth
Serial Killer - 710 critiques
publié le 20/09/2008 - 11:55
8
 

Classique du film de fantômes

S'inscrivant dans le registre particulier du film à sketchs, Kwaidan marqua l'Histoire du cinéma japonais par ses thématiques abordées et son sens aigu de la mise en scène. Récit décousu en quatre histoires différentes, l'accent est mis sur la contemplation au détriment d'une recherche de l'action et de scénarii qui auraient pu gagner en égalité. Kobayashi nous invite avec le premier épisode, Les cheveux noirs à prendre place au sein des différents foyers visités par un homme en plein doute sentimental, visités par ce dernier, lequel finira par revenir en son foyer initial pour reconquérir le coeur de son épouse qui l'attend depuis des mois. Sous ses attraits purement fantastiques, le cinéaste change littéralement de ton, laissant le côté contemplatif et narratif de côté pour une plongée terrifiante dans la mort et l'accélération hallucinante de la vieillesse causée par l'effroi. Mis en scène avec précision, accompagné de sons étranges mais pourtant guère inconnus, Kobayashi met en exergue l'infidélité et ses conséquences. Le second sketch, La femme des neiges renvoie aux légendes hivernales superbement adaptées du bouquin original de Lafcadio Hearn par Mizuki Yoko. On y trouve Nakadai Tatsuya dans la peau d'un trappeur perdu au fin fond des dunes enneigées en compagnie d'un co-équipier plus âgé qui succombera d'un sort infligé par une femme mystérieuse venue des neiges. Cette femme, au visage épuré façon Kabuki renvoie immédiatement aux légendes ancestrales par sa teneur et son mystère mais aussi aux fantômes japonais, il existe en effet différentes formes de fantômes, ceux aux visages angéliques et dangereux et ceux repoussants mais particulièrement gentils. Si Kobayashi use du procédé de la beauté trompeuse, c'est pour la rendre fatale et dangereuse comme la mort. Mais la beauté de ce chapitre réside dans son acte purement sentimental ou Nakadai rencontre une femme et lui fait alors trois enfants sans savoir que son épouse cache un mystérieux secret. Monté de façon magistrale par Sagara Hisashi (qui a travaillé notamment sur Hara Kiri) et réalisé avec brio, ce chapitre étonne d'amblé par son cadre hallucinatoire et son ciel parcouru d'yeux ouverts ou fermés, véritable signature visuelle à part entière. L'utilisation de la transparence pour évoquer le spectre se marie parfaitement avec le background et les tempêtes de neige. Notons aussi la belle utilisation de la lumière prouvant que Kobayashi sait aussi parfaitement utiliser la couleur.

Hoichi sans oreilles est le segment le plus long de l'oeuvre et sans doute le plus maîtrisé. Kobayashi prend le temps de décomposer son récit en plusieurs parties, l'une débutant sur la bataille entre le clan Heike contre celui de Genji dans les mers de Dan No Ura, entièrement filmée en studio pour un résultat coloré de grande facture, et l'autre racontant les exploits d'un conteur. Toujours accompagnés d'un silence pesant agrémenté de quelques sons métalliques, filmé au ralenti pour appuyer davantage la lourdeur et le tragique des combats (procédé loin des conventions habituelles du cinéma d'action actuel) ce qui se déroule sous nos yeux est d'une maîtrise visuelle sublime, tout comme ce qui le précède et le suit. C'est justement cet accomplissement formel qui donne la force à Kwaidan, cette recherche d'une esthétique inédite, motrice même de la narration. Et cette recherche pousse le film dans ses derniers retranchements visuels grâce aux nombreux sfx insérés à l'écran (la juxtaposition du temple/cimetière) et même si la séquence des oreilles peut paraître ridicule de nos jours, son idée farfelue mérite d'être évoquée. Si le dernier des chapitres est le moins réussi de tous, il reste une petite expérience visuelle sympathique notamment lorsque le noble affronte l'ombre des trois serviteurs du samouraï fantôme, sans réussir à toucher sa cible. En définitive, Kwaidan est avant tout l'aboutissement formel de son auteur, maestria visuelle de tous les instants, resaucée des légendes spectrales du Japon féodal à la Kobayashi, lente et contemplative, délicate mais toujours bluffante.

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