The Blade

Critiques Spectateurs de The Blade

Réalisé par Tsui Hark, sorti en 1995.

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9
★★★★★★★★★☆
2 critiques
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9 0
8 1
7 0
6 0
5 0
4 0
3 0
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1 0
Sir Gore
America's Most Wanted - 525 critiques
publié le 02/03/2008 - 02:53
10
 

Sauvage, exalté et tranchant

Derrière ses allures de wu xia pian barbare et radical, The Blade est rien moins que la révolution de tout un genre. Non content d'avoir déjà signé moult perles rares dans sa carrière de réalisateur et de s'être lancé, avec son homologue John Woo, dans une relecture fastueuse du polar (A Better Tomorrow), Tsui Hark bouleverse ici le film d'action, dynamitant les codes d'un univers cinématographique de plus en plus stéréotypé. Ce produit estampillé Film Workshop – la fameuse compagnie fondée par le Maître au cours des années 80 et à laquelle on doit notamment The Killer – répond d'abord aux chevaleresques épopées de Chang Cheh par une ambiance fiévreuse et une démythification du héros aussi saisissantes l'une que l'autre. Tsui s'intéresse moins au potentiel gore des scènes de combat qu'à la hargne destructrice des personnages soutenue par la fureur même de la mise en images: les hommes s'entretuent dans l'hystérie la plus achevée pendant que la photo, au lieu de reposer sur un enchaînement de cadres et travellings prédéfinis, capte comme en live toute cette agitation. Une esthétique quasi documentaire et résolument avant-gardiste, dont la mode éclatera à l'arrivée de certains blockbusters américains réalisés entre autres par Tony Scott – lequel la tirera vers l'usage clipesque – et Paul Greengrass (Man on Fire, Domino, la trilogie Bourne), sans parler du petit écran qui a définitivement trouvé ses marques dans cet aspect visuel « pris sur le vif ».

La réussite de The Blade, en sus des innovations techniques précitées, découle également d'un formidable travail d'équipe: le filmage virtuose de Tsui est secondé par des comédiens qui habitent leur rôle tant sur le plan psychologique que physique, un récit co-scénarisé avec Koan Hui qui, sur une trame routinière (une histoire de vengeance comme on en a eu mille auparavant), propose un point de vue narratif audacieux en se plaçant du côté de la jeune femme éprise du personnage principal, des affrontements au sabre chorégraphiés avec un réalisme brut par le trio Yuen Bun - Mang Hoi - Stephen Tung, une composition de la lumière signée le chef-opérateur Keung Kwok-Man et jouant dans le même camp que celle du Ashes of Time de Wong Kar-Wai (recherche formelle constante, que cela soit dans les scènes nocturnes et intérieures éclairées à la perfection ou dans les passages diurnes où l'écrasante chaleur du soleil est tangible) ainsi qu'une BO particulièrement inspirée de Raymond Wong. Un comble si l'on sait que durant le tournage, nombreux furent ceux – interprètes comme techniciens – auxquels la démarche du réalisateur échappa, tandis que Chiu Man-Cheuk semblait, selon les dires, plus préoccupé par sa relation avec Anita Mui que par son job d'acteur. Au final, The Blade, comme toute réalisation de Tsui Hark ou presque, nécessite un second visionnage afin d'en mesurer véritablement la richesse et l'ampleur. Il s'agit à la fois d'un film à risques et d'un coup de maître comme a pu l'être, dans un style différent, Bullet in the Head chez John Woo. Un nouveau concept du cinéma d'action, un authentique lifting du wu xia pian, un chef-d'œuvre en effervescence. Bravo, Mister Tsui.

Portrait de CarthCarth
Serial Killer - 710 critiques
publié le 01/01/2007 - 00:00
8
 

Opéra barbare

Un Wu Xia historique car l'un des plus spectaculaires, à une époque où le genre classieux était bien oublié. Si certaines productions comme Sword of Many Lovers, Handsome Siblings ou Jiang Hu redéfinissaient le genre à leur manière (entre humour et pure poésie lyrique), Tsui Hark y montrait une approche bien plus barbare et au minimum stylisée. Comprenons par là, une esthétique minimaliste mais un savoir faire caméra à la main suprenant tandis que d'autres esthétisaient leurs oeuvres avec de jolis tissus de couleur. The Blade c'est l'inverse.