Gerardmer 2014 : 1er jour

21ème Film Fantastique de Gérardmer

1er jour

Après une année 2013 en demi-teinte, marquée par une sélection officielle assez faible et unanimement critiquée – y compris par le président du jury de l’époque, Christophe Lambert – la nouvelle édition du Festival International du Film Fantastique de Gérardmer est attendue au tournant. Présidé par Jan Kounen, réalisateur de Doberman, Blueberry ou plus récemment Coco Chanel et Igor Stravinsky, le jury doit départager huit films, dont certains ont déjà été chroniqués par nos soins à l’occasion des derniers Festivals de Strasbourg et de Neuchâtel.

Premier film découvert, hors compétition, Static, réalisé par le cinéaste américain Todd Levin. Il raconte l’histoire de Jonathan, écrivain, dont la relation avec sa femme bat de l’aile suite au décès de leur enfant. Un soir, une mystérieuse jeune femme prénommée Rachel fait irruption à leur domicile, poursuivie par d’obscurs tueurs masqués. Le mystère s’épaissit lorsque les envahisseurs s’attaquent au couple et semblent connaître une grande partie de leur vie intime. Home Invasion classique, a priori comparable au récent et horripilant You’re next d’Adam Wingard, Static est un premier film sans prétention, gangréné par certaines erreurs grossières qui plombent quelque peu la trame principale. Si l’on est content de retrouver Milo Ventimiglia dans un film de genre (très bon dans The Divide de Xavier Gens), il est possible de s'interroger quant à la pertinence d’un tel casting dans le cadre d’un récit plus intime que frontal. Concrètement, le voir en écrivain tourmenté ôte d’emblée au personnage une partie de sa crédibilité. De plus, certains ponts narratifs laissent à désirer : les déambulations de Jonathan, qui arpente son domicile armé d’une batte de baseball en main, n’ont ni queue ni tête : entre la fuite à l’extérieur de la maison, le retour vers les lieux encore infestés par les envahisseurs pour « comprendre ce qu’il se passe », et des séquences émotionnelles de retrouvailles avec sa femme, le tout s’articule avec difficulté et maladresse. Si la première partie est plutôt bien menée, malgré ces quelques incohérences, le twist final et le drame véritable qui se dénoue, tirent le film vers le mélo, entre traumatisme familial, évocation lourdingue du travail de deuil et recours téléphoné aux clichés mystiques et paranormaux (Sixième sens de Shyamalan n’est pas loin). Avec ce revirement peu crédible, le cinéaste risque de perdre le spectateur en route. Reste une ½uvre d’une facture honorable, qui tente une approche au plus près de ses personnages, loin des Home Invasion grinçants de ces derniers temps.

Le cinéma espagnol continue de se porter très bien, décidément. Egalement hors compétition, L'Emprise du mal (traduction fort maladroite du titre original désignant le chemin) est le premier film de Miguel Angel Toledo, qui bénéficie manifestement du talent de Juan Carlos Fresnadillo, coscénariste sur le film, et metteur en scène de l’excellent 28 semaines plus tard. Le récit suit la descente aux enfers de Raul, joueur d’échecs névrosé, qui tente, vainement, de sauver son mariage avec Ana, en l’emmenant avec leur fils fêter Noël dans un chalet isolé. Lorsque leur voisin Samuel s’immisce dans leur relation de couple, Raul est peu à peu pris de folie, poussé par l’envie irrésistible de les tuer tous.

Film fantastique mental, entièrement tourné vers la suggestion et l’émotion à échelle humaine,  L'Emprise du mal fait état d’une maîtrise assez impressionnante : utilisation du théâtre guignol et passage par le giallo, cadre travaillé sans artifice et jeu sur l’alternance entre couleurs froide et chaude. L’objectif du metteur en scène – et il  y réussit avec adresse – est de traduire visuellement le déséquilibre émotionnel croissant de son personnage principal. Ce n’est pas la violence paternelle qui constitue le sujet du film, mais plutôt la perception de cette violence par le père lui-même. Concrètement, le cinéaste n’épouse pas le point de vue des victimes potentielles, mais le regard que Raul porte sur lui-même et sur le dérèglement qu’il sent monter chez lui. D’où cette magnifique séquence, au cours de laquelle le regard de son fils lui fait d’un coup prendre conscience du mal qui le gangrène peu à peu. Il manque simplement un peu de souffle pour conférer au film la dimension instantanément bouleversante d’autres ½uvres du même type.

Passons sur All Cheerleaders Die, nouvel opus de Lucky McKee et Chris Ivertson, comédie horrifique désopilante et déjantée déjà chroniquée en septembre, lors du Festival de Strasbourg.

Quatrième et dernier film de la journée, une belle découverte, Rigor Mortis, premier film du réalisateur hongkongais Juno Mak. Produit par Takashi Shimizu, cinéaste inégal (responsable du soporifique et prétentieux Marebito), le long-métrage entremêle de multiples genres dans une mise en scène échevelée : chronique sociale sur la pauvreté à Hong Kong, film de fantôme aux accents japonais (on pense intuitivement à Ring et Dark Water d’Hideo Nakata), trip martial rappelant le cinéma d’action chinois, et, enfin, évocation de rites ancestraux. Rigor Mortis a les qualités de ses défauts. Le cinéaste tente des envolées formelles à chaque séquence, entre décadrages brutaux, travellings circulaires, plans de grue et changements de rythme radicaux. En ressort une énergie folle, typique de ces productions hongkongaises, jouissives et désarmantes. Il n’empêche que le manque de tenue dans la conduite de l’intrigue, avec cette galaxie de personnages sans réelle cohérence, tire le film vers le morceau de bravoure esthétique, lesté de surcroît par des effets numériques franchement dispensables. Bref, un nanar épique ou un grand film malade, c’est selon.

La suite de nos aventures demain…  

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