Interview Stéphane Bourgoin : spécialiste des tueurs en séries

Rien ne prédisposait Stéphane Bourgoin qui, pendant 8 ans, fut footballeur professionnel au Red Star (Paris), à suivre la piste des tueurs en série. Rattrapé par son destin, il traque aujourd'hui, depuis près de 30 ans, les serial killers à travers le monde. Spécialiste réputé et reconnu, il nous a reçu dans sa librairie du IX ème arrondissement (Au troisième œil, dont je vous invite à visiter le site www.au-troisieme-œil.com, quotidiennement mis à jour et qui constitue une mine d’informations en matière de faits divers criminels) pour nous éclairer de son expérience des tueurs en série, mais aussi pour nous parler de sa grande passion : le cinéma, et notamment les séries B.

Stéphane Bourgoin

Horreur.net : Quelle est votre définition du tueur en série ?

Stéphane Bourgoin : C'est quelqu’un qui tue forcément à plusieurs reprises, avec un certain intervalle de temps entre chacun des crimes, ce qui le différencie du tueur de masse (par exemple Richard Durn qui a abattu tous les conseillers municipaux à Nanterre en un seul acte criminel), et avec des mobiles d’ordre psychologique, qui peuvent être des pulsions sexuelles mais pas seulement.

Par contre, il faut bien distinguer le mode opératoire d’un même tueur en série, qui peut changer, et en quelque sorte sa signature psychologique, la ritualisation de la scène de crime.

Par exemple, Guy George, le tueur de l’Est parisien, a changé son mode opératoire : d’abord, il s’attaquait à des victimes dans les parkings ; ensuite, il a pris confiance en lui : il suivait les jeunes femmes, entre 1h00 et 5h00 du matin, les abordait quand elles tapaient leur digicode, pour ensuite, sous la menace d’un opinel, entrer chez elles pour les violer et les égorger.

Il a donc changé son mode opératoire mais depuis ses premiers viols dans les années 1980 jusqu’au dernier meurtre en 1997, le rituel a toujours été le même : il découpait le slip à hauteur de la hanche, le soutien-gorge entre les deux bonnets, et les vêtements avec une curieuse forme de Z. Il utilisait aussi toujours du sparadrap, des liens prédécoupés à l’avance, son opinel. La signature psychologique du tueur est donc restée la même tandis que le mode opératoire évoluait avec le temps.

Je donne d’ailleurs des cours à la Gendarmerie nationale depuis 6 ans sur l’analyse des scènes de crime et les tueurs en série et je les mets particulièrement en garde sur la nécessité de bien différencier les deux.

Peut-on qualifier de tueur en série quelqu’un qui tue pour des raisons crapuleuses (argent,...) ?

Stéphane Bourgoin : Cela dépend des mobiles cachés ou pas. Dans le documentaire Confessions d’un tueur de la mafia, on voit bien que le tueur, interrogé par un profiler, a des mobiles autres que l’appât du gain avec une expérimentation sur les façons de tuer, une forme certaine de sadisme...

Pourquoi fait-on appel à vous depuis 6 ans pour donner des cours à la gendarmerie ? Est-ce parce qu’il y a une croissance du phénomène des tueurs en série ou est-ce parce qu’il y a une prise de conscience que le phénomène existe ?

Stéphane Bourgoin : Je dirais une prise de conscience. Policiers et gendarmes sont aujourd'hui mieux équipés pour relier des crimes qui pouvaient paraître isolés par le passé et, en même temps, il y a une certaine augmentation de ce type de criminalité.

En France, depuis 1999, il y a eu plus de 50 tueurs en série identifiés, mis en examen, jugés ou arrêtés, ce qui fait beaucoup pour un pays comme le nôtre.

Aujourd'hui, en France, 80 % des affaires traitées en assises sont des crimes ou actes de délinquance sexuelle ; dans nos prisons, un tiers des détenus le sont pour des crimes sexuels. Et d’ici 10 ans, j’estime qu’ils représenteront 50 % de la population carcérale. J’interviens à ce titre à l’école nationale d’administration pénitentiaire car un délinquant sexuel ne se traite pas de la même façon qu’un criminel, dit ordinaire.

Aujourd'hui, il y a un réel manque de suivi psychiatrique et de prise en compte de la dangerosité extrême des tueurs en série une fois remis en liberté.

Pour ce qui est du traitement médical, c'est un peu comme un emplâtre sur une jambe de bois. En France, pour les violeurs, les pédophiles..., le traitement relève d’ailleurs du volontariat, ce sont à eux de décider ou non de le suivre. Or, le tueur en série, extrêmement manipulateur et rusé, décide d’accepter ce genre de traitement car il sait que cela figurera dans son dossier et qu’il pourra bénéficier d’une réduction de peine. La démarche n’est donc pas forcément sincère. Parce que le tueur en série, s’il tue, s’il viole, c'est d’abord parce que ça lui fait plaisir : dès lors, pourquoi renoncerait-il de son propre chef à quelque chose qui lui fait plaisir ?

Dans plus de 95 % des cas, les tueurs en série sont jugés responsables de leurs actes. Surtout en France depuis la loi Balladur qui a responsabilisé de plus en plus des criminels qui auraient pour certains d’entre eux plus leur place en hôpital psychiatrique ou, pour les plus dangereux d’entre eux, dans les 4 UMD françaises (Unités de Malades Difficiles). Même s’il y a sans doute eu des excès en matière de responsabilisation, il reste néanmoins que la majorité d’entre eux ont leur place en prison.

Comment expliquer que ce phénomène a surtout émergé dans les pays industrialisés et occidentalisés ?

Stéphane Bourgoin : Ce n’est pas le cas. C'est surtout une question de médiatisation, car la plupart des organes de presses internationaux, agences de presse, sont anglo-saxonnes : Fox News, CNN, Reuters, Associated Press... et les Américains et les Anglais ont tendance à ne s’intéresser qu’à ce qui se passe chez eux.

On ignore ce qui se passe ailleurs alors que j’ai pu découvrir l’existence de tueurs en série au Venezuela, au Brésil ou en Corée du Sud où un tueur s’inspire en quelque sorte du tueur de Memories Of Murder en tuant les jeudis de pluie...

Mon livre Serial Killers est sorti il y a peu en Argentine et j’ai reçu un énorme courrier de l’ancien patron de la police de Buenos Aires, qui m’a envoyé un listing de 50 tueurs en série. J’ai également écrit un livre sur une profileuse sud-africaine et, avant de la rencontrer à un congrès au milieu des années 1990, j’ignorais l’existence de tueurs en série en Afrique du Sud alors que c'est le pays qui génère le plus de tueurs en série au monde et où il y a une criminalité sexuelle extrêmement violente. A travers mon site (http://www.au-troisieme-œil.com), j’essaie aujourd'hui de faire circuler cette information.

Comment expliquer que l’Afrique du Sud soit particulièrement propice au phénomène des tueurs en série ?

Stéphane Bourgoin : Dans certaines ethnies, il y a une réelle tradition d’inceste, notamment chez les zoulous. Mais la société sud-africaine est aussi une société extrêmement violente avec un important trafic d’armes, une personne sur deux y est sans emploi et, dans certaines régions, un tiers des habitants sont séropositifs.

On y dénombre 23.000 homicides par an pour 42 millions d’habitants (en France : 1000 à 1300 pour 62 millions d’habitants). Aux Etats-Unis, alors que la population y est 7 fois supérieure, il y a moins d’homicides.

Pourquoi y a-t-il beaucoup moins de femmes tueuses en série que d’hommes ?

Stéphane Bourgoin : Parce que les femmes tuent moins que les hommes. On dénombre 10 à 15 % de femmes parmi les tueurs en série, soit la même proportion que chez ceux qui ne tuent qu’une fois, mais ce pourcentage tend à progresser. Les femmes sont conditionnées pour être moins violentes que les hommes, et ce dès l’enfance.

Vous avez par ailleurs participé à un ouvrage sur le cinéma X : étant donné la forte connotation sexuelle dans les crimes chez les tueurs en série, ce phénomène du serial killer vous paraît-il plutôt lié à une forme débridée de sexualité où le corps de l’autre n’est qu’un objet d’assouvissement de ses propres désirs, sans prise en compte de l’individualité et des désirs de l’autre ? ou est-ce au contraire le produit d’un puritanisme trop prégnant ?

Je pense que c'est lié aux deux. Pour des ados qui ont appris l’amour à travers les films X, cela peut véritablement avoir des effets pervers et dangereux de dépersonnalisation et d’objectivisation de la femme, ce qui explique le grand nombre de viols en tournante et littéralement l’explosion des viols et agressions sexuelles. Chez les mineurs, ces 6 dernières années, on note en France une progression de + 84 % de viols et d’agressions sexuels et cela n’est pas uniquement lié au fait que les victimes portent plaintes plus souvent qu’avant.

Il faut aussi noter la démission des parents dans l’éducation des enfants et la perte de repères et de valeurs structurantes.

Parmi les tueurs en série que vous avez rencontrés (plus de 50 à ce jour), lequel vous a particulièrement marqué ?

Stéphane Bourgoin : Je dirais Gerard Schaefer, un ancien shérif adjoint, tueur nécrophile qui a assassiné 34 femmes au début des années 1970.

Lorsque je me suis retrouvé face à lui, j’ai vu quelqu'un de charmant, souriant, qui niait avoir commis ces crimes, mais en même temps, j’ai presque eu l’impression de me retrouver dans un roman de Stephen King et d’être confronté au le Mal avec un M majuscule. Mon cameraman a eu la même sensation : chair de poule, nuque bloquée, colonne vertébrale crispée pendant toutes les heures d’entretien et je ressens toujours ce malaise aujourd'hui quand je regarde les enregistrements.

Il y a également eu, plus récemment, un tueur sud-africain, pédophile, nécrophile et cannibale, qui, lorsqu’on se rendait sur les scènes de crimes, racontait en souriant les différents actes de nécrophilie qu’il avait commis.

La confrontation avec un tueur en série est-elle proche de celle de Jodie Foster dans Le silence des agneaux ?

Stéphane Bourgoin : Déjà, le décorum n’a rien à voir avec la réalité : je n’ai rencontré aucun tueur en série qui soit derrière une paroi vitrée, ni même harnaché, ni menotté. Cela est arrivé seulement deux fois et j’ai alors demandé qu’on défasse les menottes pour créer un climat de confiance.

Il y a par contre une part de vérité dans l’idée du duel et le jeu du chat et de la souris avec certains tueurs, plus intelligents que les autres, notamment Ed Kemper, tueur nécrophile cannibale, qui faisait 2,10 mètres, 160 kg. Lors des entretiens avec lui, j’ai retrouvé cette intimidation, ce côté manipulateur et rusé du Silence des agneaux.

Pour moi, les films qui se rapprochent le plus de la réalité, ce sont Henry, Portrait Of A Serial Killer, L’étrangleur de Boston de Richard Fleisher, et pour le côté enquête, Scènes de crime de Schoendoerffer avec André Dussolier et Charles Berling mais jusqu’à l’arrivée du tueur en série seulement, je trouve ensuite que c'est nettement moins bien. Mais aussi pour le côté réaliste des tueurs en série, un film qui n’est pas sorti en France, de David Blair, Confession Of A Serial Killer, encore plus proche de la réalité de Otis Tool et Henry Lucas que Henry Portrait Of.... Le rôle principal y est tenu par le décorateur de Massacre à la tronconneuse et de La colline a des yeux.

Comment comprendre la fascination de certains pour les tueurs en série aujourd'hui ?

Stéphane Bourgoin : En ce qui me concerne, il ne s’agit pas fascination mais je suis passionné par ce que je fais. Pour moi, en fait, tout a démarré par le viol et le meurtre de ma compagne en 1976.

Sinon, c'est vrai que c'est hallucinant. Je reçois tous les jours plus de 100 lettres et mails et essentiellement de femmes assez jeunes (90 % environ).

Pour moi, ce « succès » des tueurs en série est similaire à celui que pouvaient avoir en Angleterre, à l’époque victorienne, les romans de Shelley, Stocker, Stevenson, puis le cinéma expressionniste allemand, la Universal avec Lugosi et Karloff, après la Seconde Guerre Mondiale, tous films de SF et de mutants nucléaires, la Hammer, pour finir par Stephen King par exemple. A chaque époque, toute société, surtout lorsqu’elle est en crise, aime avoir peur tout en se sentant en sécurité.

En outre, les tueurs en série, tels qu’on les voit au ciné, sont des personnages extra ordinaires : que ce soit Hannibal Lecter, conservateur d’un musée à Florence, connaisseur de vins fins, assez séducteur... ou ceux qui se baladent avec des casques de hockey et une machette à la main comme Jason Vorhees ou avec des griffes d’acier comme Freddy Krueger.

Les serial killers y sont magnifiés alors que le tueur en série dans la réalité est beaucoup plus basique mais en même temps beaucoup plus inquiétant car il peut s’agir de votre gentil voisin.

Comme le dit Hitchcock, le mal est beaucoup plus attirant, et pour avoir un bon polar, un bon film d’épouvante, il faut un « bon » méchant qui instille de la terreur.

En même temps, je pense que la réalité va beaucoup plus loin que la fiction et il serait impossible de faire un film réaliste sur certains des actes perpétrés par certains tueurs en série.

Reprenons le cas du tueur en série sud-africain, Stuart Milken : en pleine nuit, vers 1h00 du matin, dans une forêt près de Port Elisabeth, éclairés à la lampe torche, nous arrivons devant le cadavre d’un gosse qui grouille d’asticots et là il explique, en rigolant, qu’avant de se rendre au commissariat, où il était convoqué comme témoin, il avait violé encore une fois le corps du gosse. Et il rajoute en rigolant de regarder entre les fesses du cadavre, où il a mis du papier journal pour pouvoir continuer à abuser de lui sans être gêner par les asticots. C'est ça la réalité du tueur en série.

Devant de telles situations, vous arrivez à prendre du recul ?

Stéphane Bourgoin : J’ai appris à me protéger. Quand je suis face à eux, je ne porte pas de jugement, je suis surtout attentif à ne pas me faire manipuler.

L’horreur de leurs actes et de ce qu’ils me racontent ne me touchent souvent qu’après coup. Par contre, je rencontre les policiers et les proches de victimes, et ça, c'est vraiment dur psychologiquement, mais j’évacue tout ça à travers l’écriture et la réalisation de documentaires. Je ne suis pas que dans le côté d’obscur mais c'est vrai que j’y pense en permanence.

Que pensez-vous du traitement qui en est fait par les médias et le ciné ?

Stéphane Bourgoin : Je pense que le côté odieux y est suffisamment représenté. Il y a vraiment des films intéressants sur le sujet : je ne parle pas des grosses daubes hollywoodiennes genre Taking Lives.

Même dans Seven, si le traitement de l’image et le décor sont intéressants, je trouve le scénario et notamment le rapport entre les deux flics d’une stupidité absolue, même pas digne d’un épisode de Starsky & Hutch. C'est une collection de clichés. J’essaie de voir tous les films qui sortent à ce sujet : il y a relativement peu de films intéressants mais des films comme Memories Of Murder, que je trouve sublime, apportent beaucoup de satisfaction dans le traitement fait du thème.

Quel est le plus vieux film consacré aux tueurs en série ?

Stéphane Bourgoin : The Lodger (1927), film muet, de Hitchcok, mais aussi La boîte de Pandorre de Georg Pabst (1929) avec Louise Brooks qui, à la fin, se fait tuer par Jack l’Eventreur.

Depuis Le silence des Agneaux, à travers le monde, j’ai dénombré 900 films et téléfilms qui traitait du sujet.

Et quel est le plus vieux tueur en série répertorié ?

Stéphane Bourgoin : A la limite, Néron et Caligula peuvent être considérés comme des tueurs en série. En France, Gilles de Rais, qui a combattu au côté de Jeanne d’Arc.

En fait, il y en a eu de tout temps. En France au 19ème siècle, il y a eu des tueurs en série qui ont fait des dizaines de victimes et qui, depuis, sont tombés dans l’oubli. On a tendance à plus en parler aujourd'hui car les médias font plus attention aux faits divers.

Passons maintenant à votre véritable passion : le cinéma. Comment tout cela a-t-il commencé ?

Stéphane Bourgoin : Depuis l’âge de 13-14 ans, depuis la projection de Psychose, j’ai toujours été passionné par tout ce qui est polar, noir, fantastique, horreur, et surtout le cinéma méconnu.

J’ai commencé à sécher des cours : j’allais à la Cinémathèque de la rue d’Ulm où ça coûtait un franc et un centime, et qui n’existe plus aujourd'hui, ou encore à celle de Chaillot : il y avait des séances tous les soirs à 00h30 où ils passaient des films qu’on ne pouvait voir ailleurs comme des Fred Sears (Les soucoupes volantes attaquent - Earth vs. Flying Saucers (1956), The Werewolf (1956)).

Vous avez collaboré à plusieurs reprises avec Robert Bloch. Quels étaient les liens que vous entreteniez avec lui ?

Stéphane Bourgoin : J’ai traduit un grand nombre de ses romans et nouvelles et quand j’allais à Los Angeles je vivais chez lui. Ce fut d’ailleurs le parrain de mon fils.

Pour faire une paranthèse sur Psychose, le traitement fait du cas d’Ed Gein (cf. l’article que notre ami Julien lui a consacré - ndlr) par Robert Bloch s’éloigne assez de la réalité. A cet égard, l’adaptation la plus fidèle reste sans doute Deranged. Hitchcock, quant à lui, a inventé peu de choses par rapport au roman.

Dès l’âge de 15-16 ans, j’ai commencé par correspondre avec tous ces metteurs en scène : Robert Florey (Double assassinat dans la rue Morgue - 1932), Reginald Le Borg (Voodoo Island - 1957, Le fantôme de la momie - The Mummy’s Ghost - 1966),

Buster Crabbe (qui incarna à plusieurs reprises Flash Gordon dans des productions des années 1930-1940), que j’ai fini après par rencontrer lors de mes nombreux voyages aux States. D’ailleurs, toutes les interviews dans Séries B sont de moi. J’ai notamment fait une interview de William Beaudine, qui n’avait pas interviewé depuis 20 ans : c'était émouvant de rencontrer un vieux monsieur qui a réalisé plus de 600 films au cours de sa carrière.

Ce qui m’intéressait, au-delà du ciné officiel, c'était de voir ce qui se passait ailleurs avec des réalisateurs comme William Grefe (Impulse - 1974, Sting Of Death - 1965), Carnage (1986) mais aussi dans le cinéma X et j’ai d’ailleurs tourné pas mal de films X.

J’allais tous les ans au marché du film à Cannes et je faisais office de traducteur à tous ceux avec qui j’avais des contacts épistolaires. Mais je n’y vais plus depuis 10 ans.

Pourquoi avoir consacré un livre à Terence Fischer et à Roger Corman en particulier ?

Stéphane Bourgoin : A l’époque, il n’y avait aucun bouquin sur eux. Il faudrait d’ailleurs que je les retravaille aujourd'hui car il y avait beaucoup de films que je n’avais pas pu voir à l’époque.

Être cinéphile était alors plus difficile que depuis 10 ans ; c'était avant le VHS. Je faisais des expéditions à Londres, à Bruxelles, au National Film Theater pour voir un énorme hommage aux films de la RKO (une des cinq plus grosses majors américaines suite au succès de King Kong en 1933 - ndlr) ou films de SF avec Allan Dwan (Most Dangerous Man Alive - 1961) ou des Lugosi des années 1940 de la Monogramm, des films PRC (Producers Releasing Corporation(cf. par exemple les films d'Edgar Ulmer comme Blue Beard - ndlr) qu’on ne pouvait pas voir à l’époque. Aujourd'hui, ce n’est plus le cas.

Ce que j’aime chez Corman, c'est sa boulimie du cinéma car sinon, on ne peut pas dire que tous ses films sont réussis. Chez Fischer, c'est plutôt l’élégance dans mise en scène, et des films qui tiennent encore extrêmement bien la route, contrairement à des films actuels.

Comment jugez-vous l’état actuel du cinéma ?

Stéphane Bourgoin : Ma prédilection va vers le ciné asiatique : Corée, Hong-Kong, ... qui, à mon avis, va beaucoup plus loin que le cinéma formaté d’Hollywood. Il y a aussi un dépaysement et une puissance d’évocation dans la mise en scène que je ne retrouve pas dans les films anglo-saxons.

J’avoue que je vais moins en salle maintenant que j’ai ma propre salle de projection chez moi. J’ai TPS, Canal Sat et pour tout dire pas moins de 15.000 fims.

Je ne prends pas beaucoup de plaisir à voir des films comme Van Helsing, Underworld où l’es effets spéciaux prédominent mais aussi un esthétisme à la clip et cette impression que tous les films ont été photographiés par le même chef opérateur.

J’aimais bien le côté crade de certaines séries B à Z que l’on retrouvait sur le marché du film ou le côté moins léger de films comme Massacre à la Tronçonneuse de Hooper. A ma grande surprise, je dois reconnaître que j’ai beaucoup aimé le remake que j’ai trouvé extrêmement glauque et malsain.

J’ai une grande prédilection pour les films fauchés des années 1940-1950 du type It Came From Outer Space (1953 - Jack Arnold), ou Stranger On The Third Floor (1940 - Boris Ingster) que je trouve être un authentique chef-d’œuvre.

En parlant de remake, que pensez-vous du phénomène récent de remakes de films asiatiques pour les mettre à la sauce occidentale ?

Stéphane Bourgoin : Pour Ring, je trouve que le remake (Le cercle) est intéressant. De même que je trouve The Grudge plus intéressant que original. J’ai également apprécié L'armée des morts : séquences pas inintéressantes. J’attends avec impatience maintenant le quatrième opus de Romero.

A l’image des tueurs en série et des créatures des films de Fischer, qu’est-ce qu’un monstre pour vous ?

Stéphane Bourgoin : Pour moi, les tueurs en série ne sont pas des monstres, même s’ils commettent des actes monstrueux. Dans certains de mes entretiens, j’arrive à faire craquer des tueurs en série. Je suis par exemple parvenu à faire pleurer Ed Kemper.

Celui-ci ne supportait pas qu’on lui rappelle ce qu’il avait fait subir à sa mère (après l’avoir décapitée, il en avait violé le tronc) : quand il me racontait trop de conneries, j’ouvrais exprès le dossier, pour pouvoir reprendre le dessus dans l’entretien.

Les tueurs en série sont des êtres humains mais ils ne sont pas capables de sentiments sincères.

Alors que Frankenstein et les extraterrestres, eux, sont des monstres.

Pour finir, si vous deviez choisir un film et roman, lesquels seraient-ce ?

Stéphane Bourgoin : J’aime beaucoup les films Carne - Irréversible et Seul contre tous de Gaspar Noé, qui est par ailleurs un bon copain.

En matière de roman, j’ai un peu décroché niveau fantastique même si j’ai un faible pour Matheson et Bloch. Pour les serial killers, je dirais Un tueur sur la route de James Ellroy et Dragon Rouge de Thomas Harris, un chef-d’œuvre, bien meilleur que Le silence des agneaux et cette m#### de Hannibal.

Merci à Stéphane Bourgoin de bien avoir voulu répondre à cette interview

Olivier

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