Dernières critiques spectateurs
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Gaua (The Night)
Gaua (The Night) est une très belle réussite dans le registre du folk horror. Le film s’inscrit clairement dans la lignée d’œuvres comme The Witch, The Wicker Man, Midsommar ou encore Les Yeux de Feu, tout en développant une identité propre profondément ancrée dans les croyances et les traditions du Pays basque du XVIIe siècle.
La structure est particulièrement intéressante. Le film adopte une forme proche du film à sketches, sans jamais en être réellement un. Là où les récits segmentés proposent généralement des histoires indépendantes reliées par un simple fil conducteur, Gaua fait progressivement converger ses différents récits vers une histoire unique. Cette construction donne au film une véritable cohérence d’ensemble et renforce l’intérêt du spectateur au fur et à mesure que les liens entre les différents segments se dévoilent.
Mais ce qui impressionne avant tout, c’est la maîtrise formelle de l’œuvre. La réalisation est remarquable de bout en bout. Chaque plan semble pensé avec soin et la photographie est absolument magnifique. Le film parvient à donner à la forêt, aux montagnes et aux villages une présence presque surnaturelle, tout en conservant un profond ancrage dans le réel. Parmi les nombreux moments marquants, le long plan-séquence du sabbat constitue sans doute le sommet visuel du film. Ce mouvement de grue ample et spectaculaire déploie toute la puissance de la scène et produit une impression de fascination rarement atteinte dans le genre.
Les interprètes participent également à cette réussite. Les acteurs et actrices livrent des prestations très convaincantes et contribuent à rendre crédible cet univers où les croyances populaires, les superstitions et les rumeurs façonnent le destin des personnages. La reconstitution historique est elle aussi particulièrement soignée, au point de donner l’impression d’assister à une véritable immersion dans l’Espagne rurale du XVIIe siècle.
J’ai particulièrement apprécié la façon dont les différentes histoires se répondent et se complètent pour former un récit global. Cette construction permet au film de conserver l’intérêt et la richesse d’un récit choral tout en évitant la fragmentation souvent associée aux films à sketches.
Au final, Gaua (The Night) est pour moi un véritable bon film.
Publié le 16 Juin 2026
Singular
Je me suis ennuyé, voilà. Singular fait partie de ces films qui laissent davantage de questions que de réponses une fois le générique terminé. Ce n’est pas nécessairement un défaut en soi, mais dans mon cas, cette ambiguïté a surtout été source de frustration.
[ATTENTION SPOILERS PARTOUT]
J’ai globalement apprécié le film et son atmosphère mélancolique, ainsi que sa volonté d’aborder des thèmes lourds comme le deuil, la culpabilité et l’incapacité à tourner la page après une tragédie familiale. Cependant, plus le récit avançait, plus je me suis interrogé sur la nature même de ce que je regardais. Sommes-nous dans la réalité ? Dans une simulation ? Dans une construction mentale de l’héroïne ? Ou dans une réalité artificielle créée par une intelligence artificielle ? Le film entretient volontairement le flou sur ces questions, mais sans toujours donner suffisamment d’éléments pour permettre au spectateur de construire une interprétation solide.
Cette ambiguïté devient particulièrement visible lorsqu’on s’intéresse au personnage de Martín et à son étrange projet. Son comportement repose sur une répétition incessante d’une méthode qui semble pourtant ne jamais produire le résultat espéré. D’un point de vue rationnel, cette obstination paraît assez absurde. On en vient naturellement à se demander pourquoi il continue ainsi au lieu d’essayer une approche différente.
La question de ses motivations reste également floue. Le film semble suggérer qu’il connaissait depuis longtemps le secret de Diana concernant la mort de leur fils. La scène de confession, qui semble se répéter ou exister sous différentes formes, donne l’impression que cette révélation n’en est pas vraiment une pour lui. Si c’est effectivement le cas, alors l’enjeu principal devient celui de son acceptation de la vérité. Mais cette évolution me paraît assez brusque, car sa propre culpabilité ou son rapport au drame n’avaient pas été particulièrement développés auparavant.
Le film contient de belles idées, une ambiance réussie et des thèmes intéressants, mais il m’a laissé avec la sensation de ne jamais disposer de suffisamment d’éléments pour être certain de ce qu’il cherchait réellement à raconter.
Publié le 16 Juin 2026
Yesterday Island
Yesterday Island a été l’un de mes véritables coups de cœur du BIFFF 2026. Il faut dire que j’ai déjà une affection particulière pour les récits construits autour des boucles temporelles, mais ce film parvient à renouveler le concept avec une intelligence remarquable.
Là où beaucoup d’œuvres du genre se concentrent essentiellement sur la répétition d’un même événement et les tentatives du protagoniste pour s’en échapper, Yesterday Island adopte une approche plus ambitieuse. La boucle n’est pas simplement un phénomène à subir? elle devient la composante centrale d’un véritable jeu dont les personnages doivent comprendre les règles. Pour espérer s’en sortir, il ne suffit pas de répéter les événements jusqu’à trouver la bonne combinaison.
Cette mécanique est d’autant plus intéressante que le film ne repose pas sur un unique protagoniste. En multipliant les personnages, le scénario enrichit considérablement les enjeux et évite l’un des écueils classiques du genre. Habituellement, les boucles temporelles servent avant tout à faire évoluer un seul personnage confronté à ses erreurs ou à ses limites. Ici, plusieurs trajectoires se développent simultanément, ce qui permet au récit de gagner en profondeur émotionnelle et dramatique.
La réalisation accompagne admirablement cette ambition scénaristique. Les effets de montage sont particulièrement efficaces et contribuent à rendre les différents niveaux de lecture parfaitement compréhensibles. Le film multiplie également les trouvailles visuelles qui renforcent son identité. J’ai notamment beaucoup apprécié le générique, dont les noms évoluent à chaque nouvel « invité », une idée simple mais particulièrement inventive qui s’intègre parfaitement à la logique du récit.
En bref, une belle réussite.
Publié le 16 Juin 2026
Luger
Luger est un excellent thriller criminel qui assume pleinement ses influences tout en parvenant à développer sa propre personnalité. Dès les premières scènes, on pense inévitablement à l’univers de Tarantino (Reservoir Dogs et Pulp Fiction en tête), tant le film affectionne les dialogues apparemment hors sujet qui, en réalité, servent à définir les personnages, leurs relations et leur vision du monde. Cette écriture très "tarantinesque" fonctionne particulièrement bien.
Le scénario se distingue également par la fluidité avec laquelle il enchaîne les situations. Les rebondissements s’intègrent naturellement au récit et les événements, malgré leur caractère parfois extravagant, conservent une forme de crédibilité qui permet de rester constamment impliqué dans l’histoire.
Parmi les nombreux personnages qui peuplent le film, le gitan complètement imprévisible vole régulièrement la vedette. Son interprète est absolument remarquable et chacune de ses apparitions apporte une énergie supplémentaire au récit. C’est le genre de personnage secondaire qui marque durablement la mémoire du spectateur.
Mais ce qui m’a probablement le plus séduit dans Luger, c’est la manière dont il parvient à humaniser progressivement ses deux protagonistes. Présentés au départ comme de simples petites frappes violentes et relativement froides, ils gagnent peu à peu en profondeur au fil des événements. Le film prend le temps de révéler leurs failles, leurs loyautés et leurs contradictions, jusqu’à ce que l’on finisse par s’attacher sincèrement à eux.
Cette évolution trouve son aboutissement dans un final particulièrement réussi. Le sacrifice de l’un des deux personnages apporte une véritable dimension émotionnelle au dénouement, tandis que la décision du protagoniste principal d’assumer enfin ses actes face à la police ouvre une perspective de rédemption inattendue.
Publié le 16 Juin 2026
The Restoration at Grayson Manor
The Restoration at Grayson Manor démarre sous de bons auspices. Le film introduit une relation mère-fils particulièrement toxique, portée par Jacqueline, propriétaire autoritaire du manoir Grayson, et Boyd, son fils pianiste prodige. Entre la volonté maladive de la mère de perpétuer sa lignée et la haine viscérale que lui voue son fils, les premières scènes laissent entrevoir un drame familial sombre et prometteur. Cette dynamique conflictuelle constitue sans doute l’aspect le plus intéressant du long-métrage.
Malheureusement, après cette introduction réussie, le film peine à développer son potentiel. Très vite, l’intrigue donne l’impression de tourner en rond et de répéter les mêmes situations sans véritable progression dramatique. Les personnages restent figés dans leurs comportements et n’évoluent pratiquement jamais, ce qui finit par nuire à l’implication émotionnelle du spectateur.
L’un des principaux problèmes vient également du fait qu’il est difficile de s’attacher aux protagonistes. Presque tous apparaissent profondément antipathiques, ce qui rend leurs mésaventures assez peu engageantes. Seule l’infirmière cubaine parvient à dégager un peu de sympathie et d’humanité, mais cela reste insuffisant pour contrebalancer le reste de la galerie de personnages.
L’élément fantastique central, à savoir les mains amputées de Boyd qui semblent acquérir une forme d’autonomie, manque lui aussi d’impact. L’idée peine à surprendre ou à impressionner. Dès lors, le film ne parvient jamais vraiment à donner à cette idée une identité propre ou une dimension suffisamment marquante.
Tout n’est cependant pas à jeter. La réalisation témoigne d’un certain soin, les acteurs livrent des prestations solides et la composition des plans est souvent élégante. Le film possède une esthétique travaillée et quelques qualités formelles indéniables qui montrent une réelle ambition derrière la caméra.
Il n'en reste pas moins que The Restoration at Grayson Manor est une déception pour moi. J’avais sincèrement envie d’adhérer à cette proposition, notamment grâce à son ouverture efficace et à son portrait d’une relation familiale malsaine. Mais le manque d’évolution des personnages, la répétitivité des situations et l’exploitation peu convaincante de son concept fantastique ont fini par me faire décrocher.
Publié le 16 Juin 2026
Sicko
Le point de départ de Sicko est particulièrement séduisant. L’histoire de ce couple d’escrocs qui parvient à tromper tout un pays en faisant croire à un cancer ouvre la porte à de nombreuses pistes dramatiques et psychologiques. Le mensonge est d’une ampleur considérable et les enjeux moraux qui en découlent sont passionnants. On imagine rapidement une lente descente aux enfers, alimentée par le poids de la culpabilité, la peur d’être démasqué et les conséquences publiques d’une supercherie qui a abusé une nation entière.
Malheureusement, c’est précisément à ce niveau que le film m’a laissé sur ma faim. À mesure que le récit progresse, l’intrigue délaisse progressivement cette dimension pour se concentrer sur une histoire de gangsters attirés par l’argent récolté grâce à l’arnaque. Ce changement de direction n’est pas dénué d’intérêt en soi, mais il donne le sentiment d’abandonner ce qui faisait la singularité du projet. Le mensonge initial, pourtant au cœur du récit, finit presque par passer au second plan. J’aurais personnellement préféré que le film explore davantage les répercussions psychologiques et sociales de la fraude, notamment la réaction du public et l’effondrement progressif des personnages face à leurs propres mensonges.
Le parcours du protagoniste reste intéressant, notamment à travers son décrochage psychologique, mais il emprunte une trajectoire différente de celle que j’espérais. C’est sans doute ce décalage entre les promesses du point de départ et la direction réellement prise par le scénario qui m’a progressivement fait décrocher.
Cela étant dit, le film demeure solide et conserve suffisamment de qualités pour maintenir l’intérêt. Le déchaînement de violence dans sa dernière partie fonctionne bien et apporte une conclusion brutale à cette spirale de mensonges et de manipulations. Quant à la fin, particulièrement cruelle et cynique, elle m’a beaucoup plu et laisse une impression tenace une fois la projection terminée.
Publié le 16 Juin 2026
Imposters
Imposters est un excellent film qui exploite le concept du multivers avec une remarquable intelligence. Là où beaucoup d’œuvres utilisent cette idée comme un simple prétexte à des effets spectaculaires ou à des jeux de réalités parallèles, le film s’en sert avant tout pour explorer des questions profondément humaines. Au cœur du récit se trouve le deuil, et plus particulièrement celui d’une mère confrontée à une perte aussi tragique qu’injuste. Le film nous pousse alors à nous interroger : agirions-nous différemment à sa place ? Sommes-nous réellement meilleurs que les personnages ?
Au-delà de cette réflexion morale, le scénario s’intéresse également aux mensonges qui traversent les relations de couple. À cet égard, la construction du récit fonctionne presque comme une boucle. L’histoire débute par une tromperie, celle du mari, et se referme sur une autre forme de mensonge puisque le couple se retrouve réuni sans même avoir pleinement conscience de ce qui s’est réellement produit. Cette symétrie narrative donne au film une résonance particulièrement intéressante.
Le récit soulève aussi une autre question essentielle : une personne peut-elle véritablement changer en profondeur ou ne modifie-t-elle que son apparence et ses comportements ? À travers ses multiples versions des personnages et les choix qu’ils effectuent, le film invite constamment le spectateur à réfléchir à cette idée.
L’ensemble est porté par une intrigue tendue et un suspense particulièrement bien maîtrisé. La mise en scène accompagne efficacement cette mécanique complexe sans jamais perdre de vue les enjeux émotionnels. C’est d’ailleurs le genre de film que l’on a envie de revoir une fois le générique terminé, ne serait-ce que pour repérer les indices, les préparations et les détails disséminés tout au long du récit qui prennent une nouvelle signification à la lumière du dénouement.
J’ai énormément apprécié cette proposition, notamment parce qu’elle assume pleinement son ambiguïté morale. Le film refuse les réponses faciles et laisse le spectateur face à des situations où le bien et le mal ne sont jamais clairement définis, ce qui le rend d’autant plus fascinant.
À noter qu’après la projection, l’écrivain Cédric Sire m’a signalé que le film pouvait présenter de fortes similitudes avec Coherence de James Ward Byrkit. Ce film de 2013 mettait déjà en scène un groupe d’amis réunis pour un dîner alors qu’une comète traverse le ciel au-dessus de Los Angeles. Une série d’événements étranges et de perturbations de la réalité venait progressivement bouleverser leur soirée, jusqu’à remettre en question leur identité même et le cours de leur existence. La parenté entre les deux œuvres mérite effectivement d’être relevée, même s’il appartiendra à chacun de juger si ces ressemblances relèvent de l’inspiration, de la coïncidence ou d’un véritable plagiat.
Publié le 16 Juin 2026
You are the film
You Are the Film est le nouveau délire du mec derrière River et Beyond the Infinite Two Minutes et confirme une nouvelle fois le talent singulier de ce scénariste capable de construire des récits reposant sur un concept narratif fort. Après avoir exploré une boucle temporelle de deux minutes puis la possibilité de voir son propre futur avec la même avance, il imagine ici un nouveau dispositif aussi simple dans son principe que riche dans ses possibilités : deux personnages appartenant à des films différents communiquent entre eux à travers leurs écrans respectifs.
À partir de cette idée, chacun découvre la suite de l’intrigue vécue par l’autre et tente d’influencer son destin en lui révélant des informations cruciales. Les deux récits s’entremêlent alors dans un jeu de causes et de conséquences particulièrement stimulant, où chaque personnage cherche à modifier une histoire dont il connaît déjà certains développements.
Comme dans les précédents films du réalisateur, l’écriture fait preuve d’une grande intelligence et la mise en scène accompagne parfaitement les contraintes du concept. Cela dit, le projet peut paraître un peu moins vertigineux que ses deux œuvres précédentes. Là où River et Beyond the Infinite Two Minutes donnaient l’impression de véritables démonstrations de virtuosité, You Are the Film adopte une mécanique plus simple et moins spectaculaire dans son exécution.
Cela n’enlève cependant rien aux qualités du film. Le concept est exploité avec cohérence, les ramifications narratives sont bien pensées et l’ensemble demeure particulièrement agréable à suivre. Sans atteindre, à mes yeux, le niveau d’excellence des deux précédents longs-métrages, il s’agit malgré tout d’une réussite évidente.
Publié le 16 Juin 2026
Mārama
Ce film aborde une multitude de thématiques particulièrement intéressantes, allant de l’appropriation culturelle à la quête des racines ancestrales, en passant bien sûr par les conséquences de la colonisation. L’exemple le plus marquant est celui de l’oncle Jack, Britannique qui s’approprie les codes culturels maoris en arborant leurs tatouages et en adoptant leurs comportements, tandis que l’héroïne entreprend au contraire une démarche de réappropriation de son identité en reprenant son nom maori. Le récit n’élude pas non plus des sujets plus sombres, comme l’inceste, qui s’inscrivent dans l’histoire familiale au cœur du film.
L’ensemble est mis en scène à travers un huis clos assez original situé dans un manoir anglais. La réalisation se montre efficace et sait instaurer une atmosphère pesante, même si la photographie trahit parfois certaines limites, qu’elles soient budgétaires ou liées à la maîtrise technique. En revanche, les interprètes sont tous excellents et contribuent largement à la crédibilité de l’ensemble. Le travail sonore mérite également d’être souligné car le sound design est particulièrement soigné et participe grandement à l’immersion.
La violence, lorsqu’elle éclate, est montrée de manière brute, sale et percutante, renforçant le malaise qui traverse le film. Sur le plan esthétique et narratif, l’œuvre s’inscrit clairement dans les codes du gothique, avec sa malédiction familiale, ses secrets enfouis et son atmosphère oppressante. L’originalité vient du fait que ces éléments traditionnellement associés à l’imaginaire européen sont ici mêlés à la culture maorie.
D’un point de vue narratif, j’ai toutefois parfois eu l’impression que le film manquait de clarté. Certains éléments peuvent sembler confus durant le visionnage, même si les différentes pièces du puzzle finissent par s’assembler au fil du récit.
Au final, il s’agit d’un film que j’ai trouvé intéressant et ambitieux dans les thèmes qu’il aborde, sans pour autant susciter un véritable coup de cœur chez moi.
Publié le 16 Juin 2026
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Karmadonna fait partie des rares films du BIFFF pour lesquels je n’ai tout simplement pas réussi à entrer dans la proposition. Je reconnais volontiers l’audace du projet et son originalité, mais cela n’a malheureusement pas suffi à emporter mon adhésion.
Pourtant, le point de départ avait de quoi intriguer. L’idée d’une femme enceinte recevant les ordres d’une divinité qui aurait perdu foi en l’humanité est particulièrement séduisante, d’autant que le film choisit d’incarner cette figure divine à travers Bouddha. Cette vision d’un dieu écœuré par ce que les êtres humains ont fait du monde ouvrait la porte à de nombreuses réflexions intéressantes sur la société contemporaine.
Le problème est que le film ne se contente pas de porter un discours critique sur les multinationales, la société de consommation ou les réseaux sociaux : il le martèle continuellement. Les intentions sont louables et les thèmes abordés me semblent pertinents, mais la subtilité n’est clairement pas la qualité principale de l’œuvre. Chaque idée est répétée, soulignée puis surlignée, au point de donner parfois l’impression d’assister à une démonstration plus qu’à un récit. À force d’insister, le film finit par perdre une partie de son impact.
Cette sensation est renforcée par un rythme que j’ai trouvé particulièrement laborieux. Le récit m’a semblé s’étirer inutilement et aurait gagné, selon moi, à être resserré d’une quinzaine de minutes. Plusieurs séquences donnent l’impression de prolonger des idées déjà exprimées plutôt que de faire progresser l’histoire ou les personnages.
C’est d’autant plus frustrant que j’ai trouvé la première moitié nettement plus intéressante que la seconde. Le début installe efficacement son univers et ses enjeux, mais le film finit progressivement par partir dans des directions qui m’ont paru de plus en plus excessives. À mesure que l’intrigue avance, j’ai eu le sentiment que la surenchère prenait le pas sur la cohérence.
Cette impression atteint son paroxysme lors du final. La scène où le principal antagoniste s’en prend au fils de Bouddha de manière particulièrement graphique m’a semblé davantage relever de la provocation gratuite que d’une nécessité dramatique. L’outrance de la séquence m’a sorti du film plutôt qu’elle ne m’a choqué ou bouleversé, alors qu’elle semble clairement conçue pour constituer son point culminant.
Karmadonna est un film que j’ai franchement détesté, même si je reconnais sans difficulté son ambition et sa singularité. Je préfère toujours voir un film tenter quelque chose d’unique plutôt que reproduire des formules convenues, mais dans ce cas précis, l’exécution m’a paru trop lourde, trop démonstrative et trop déséquilibrée pour que la proposition fonctionne à mes yeux. Une œuvre audacieuse, certes, mais dont je suis resté complètement à l’extérieur.