BIFFF 2015 - Compte-rendu

Mardi 14/04

The Stranger de Guillermo Amoedo (par Geoffrey)

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Avec The Stranger, Eli Roth et Nicolas Lopez, le duo derrière le pas terrible Aftershock, ici producteurs, nous proposent une variation intéressante sur le thème de la contamination vampirique. Réalisé par Guillermo Amoedo, le film nous narre les péripéties d’un vampire confronté à un voyou crapuleux protégé par son père tout aussi teigneux, mais surtout chef de la police locale. Ce pitch d’apparence simpliste aurait pu donner naissance à un banal film d’horreur sanglant. Heureusement, l’équipe a préféré attaquer le vampirisme sous l’angle de la maladie. Point de gloire à être un suceur de sang dans The Stranger, mais une vraie souffrance au quotidien qui ne peut trouver de soulagement que dans la mort.

L’analogie avec des maladies comme le SIDA est évidente, accentuée par le fait que l’affliction se transmet par le sang, et même si The Stranger n’est pas le premier à utiliser la comparaison, ce traitement désabusé du thème vampirique fait plaisir à voir en ces temps dominés par les vampires pompeux et propres sur eux.

Malheureusement, il faut le reconnaître, The Stranger est parfois plombé par un rythme erratique. Plusieurs personnes dans la salle n’ont pas d’ailleurs pas manqué de souligner leur désarroi quant au manque d’action à l’écran. Pour ma part, cela ne m’a pas trop gêné, d’autant que l’interprétation est de qualité, mais je comprendrais que vous ne soyez pas d’accord avec moi.

7.5/10

 

Late Phases de Adrián García Bogliano (par Geoffrey)

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Ambrose, vétéran aveugle du Vietnam, est doté d’un esprit délicieusement sarcastique qui en offusque plus d’un. Son arrivée se passe mal dans sa nouvelle maison, au milieu de retraités suffisants et moralisateurs : il insulte le comité d’accueil, puis son chien et sa voisine sont sauvagement tués durant la nuit. La police parle d’une attaque de chiens sauvages ; Ambrose, quant à lui, pressent qu’il a affaire à une bête bien plus féroce et se prépare, avec une rigueur militaire implacable, pour la prochaine pleine lune...

Bon, comment parler de Late Phases sans être grossier ? On va dire pudiquement que le résultat n’est pas à la hauteur des ambitions. Pour tourner ça autrement, j’ai trouvé ça nuuuuuuuul. Pour vous donner une idée du rythme, il suffit de dire que l’on suit l’enquête menée par un aveugle dans une résidence pour retraités. Non mais franchement...

Au moins, les acteurs sont bons. Nick Damici est suffisamment crédible en aveugle pour donner le change et ses collègues incarnent bien leurs personnages. Mais Bon Dieu, fallait-il qu’il y ait si peu d’action, et que le peu qu’il y ait soit si grotesque ?

En fait, Late Phases ne vaut que pour une seule scène : l’une des plus belles transformations en loup-garou vue depuis longtemps (effet spéciaux signés Robert Kurtzman). Pour le reste... pfft. Même le look des bestioles est raté. On dirait un croisement (dégénéré) de grands singes et de Gremlins.

Et pour couronner le tout, le scénario est stupide. Passons sur le fait que les policiers n’en ont strictement rien à branler que des petits vieux se fassent dessouder dans leur salon (les animaux du coin font ça tout le temps qu’ils disent...), mais qu’un aveugle parvienne à tenir tête à pas moins de six loup-garous, là je dis stop. Ma patience a des limites, mais il ne faut pas exagérer comme le disait très justement Fred Williamson dans White Fire. 

Late Phases en quelques mots ? Trop con, trop mou...

3/10

 

The Canal de Ivan Kavanagh (par Geoffrey)

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Archiviste, David Williams vit une existence tranquille, jusqu’au jour où on lui remet une vieille bobine datant de 1902. Sur celle-ci est inscrit "scène de crime" et elle montre le triple homicide qui a eu lieu dans la maison de Dave...

Alors là, je dis banco ! The Canal réalisé par Ivan Kavanagh (Tin Can Man) restera pour moi comme l’une des bonnes surprises de cette édition 2015. Un film capable de captiver et de faire taire les spectateurs du BIFFF pourtant d’humeur moqueuse en ce mardi soir. Bel exploit pour un métrage à la trame finalement assez classique, mais amenée de manière particulièrement judicieuse.

Entre rêves et faux-semblants, le héros ne sait plus à quel saint se vouer. Le spectateur non plus, d’ailleurs, car le scénario, malin malgré une accumulation de clichés parfois gênante, ne se dévoile qu’à petites doses. Dommage, par contre, que le twist final vienne jeter le trouble sur une histoire qui venait tout juste de s’éclaircir. Mais bon, cela nous vaut l’un des finals les plus percutants du festival. Du coup, ce qu’on perd en compréhension, on le gagne en surprise.

Je ne vais pas trop m’attarder sur ce film car je ne voudrais pas gâcher la surprise de ceux qui auraient la bonne idée de s’y intéresser, mais je le conseille aux amateurs de films de fantômes.

8/10

 

Starry Eyes de Dennis Widmyer (Par Geoffrey)

Sarah Walker a un petit boulot sans avenir sous le joug d’un patron qui la prend de haut, elle subit des amitiés superficielles avec des acteurs concurrents et participe à des castings qui n’aboutissent à rien. Après plusieurs auditions humiliantes face à un duo pour le moins bizarre, elle décroche le rôle principal dans leur nouveau film...

Je vais être direct : Starry Eyes est un bon film, mais il est trop bavard. Personnellement, j'ai trouvé que l'horreur était trop peu présente au profit d'une recherche constante de l'atmosphère. Heureusement, les quelques scènes chocs font mouche. Il convient d'ailleurs de souligner l'excellence des maquillages et des effets spéciaux qui semblent tous avoir été réalisés à même le plateau et non pas en post-production avec du sang en CGI.

L'actrice principale est parfaite, ce qui est certainement la plus grande qualité du film puisqu’il repose entièrement sur ses frêles épaules.

Le scénario est somme assez classique, mais quelques pointes d'originalité en font une histoire intéressante. Dommage qu'elle soit mal balancée et que de nombreux points restent en suspens. Par exemple, qui sont réellement les méchants et que veulent-ils ? N'espérez pas avoir la réponse...

La réalisation, quant à elle, est d'un très bon niveau avec des cadrages soignés et des séquences très bien pensées, comme celle de la séance photo dans le noir.

Allez, malgré ses défauts, un bon 6.5/10 quand même.

 

Mercredi 15/04

Extraterrestrial de Colin Minihan (par Geoffrey)

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Des extraterrestres belliqueux terrorisent un groupe d’amis établis dans une cabane dans les bois...

Des Vicious Brothers, je ne connaissais que le très bon Found Footage Grave Encounters. C'est donc avec joie que j'ai appris qu'Extraterrestrial avait été réalisé par eux. Malheureusement, j'ai dû un peu déchanter. Pas que le film soit mauvais, loin de là, mais j'avais clairement placé mes attentes trop haut. Explications.

Déjà, au vu du pedigree du réalisateur, je m'attendais à un Found Footage SF. Grossière erreur, car Extraterrestrial est un film tout ce qu'il y a de plus classique. Ce constat n'a rien de péjoratif, surtout que la première demi-heure est excellente et qu'elle pose les bases d'un mystère prenant qui ne demande qu'à exploser à la gueule du spectateur. En plus, le film est également l’occasion de revoir cette bonne vieille trogne de Michael Ironside dans un rôle d’ancien militaire bourru taillé sur mesure, ainsi que Gil Bellows, dont la prestation très correcte sauve son personnage de la caricature.

Le problème c'est que plus le film avance, plus il perd de son intérêt. L'histoire s'effiloche et je pense sincèrement qu'elle aurait pu être plus efficace en étant resserrée d'une bonne dizaine de minutes. C'est d'autant plus dommage que la réalisation est excellente, à l'image du plan-séquence final, jouissif, ironique et cynique en diable. 

Au final, on quitte donc Extraterrestrial avec un goût amer en bouche, celui d'avoir loupé un excellent film pour se retrouver avec un métrage "seulement" correct.

7/10

 

The Hollow de Ham Tran (par Geoffrey)

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La petite Ai est retrouvée vivante alors qu’elle était censée s’être noyée dans une rivière. Son oncle, officier de police, la ramène chez ses parents. Bientôt, des phénomènes paranormaux vont se produire et la famille va comprendre que la jeune fille est possédée...

The Hollow, c’est l’histoire du film qui voudrait, mais qui n’y arrive pas. Il voudrait être original, faire peur, scotcher le spectateur, mais il n’y arrive pas. Bourré de clichés, mollasson et globalement peu intéressant malgré une idée de possession bien trouvée, The Hollow est un film qu’on a déjà l’impression d’avoir vu mille fois, surtout depuis la vague de films de fantômes qui a suivi la sortie de The Ring.

Si vous êtes un habitué des productions asiatiques, ne perdez pas votre temps avec ce film, sauf si vous voulez admirer la sublime actrice principale.

4/10

 

Jeudi 16/04

The Target de Chang (par Punisher)

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Ancien mercenaire, Yeo-hoon mène aujourd’hui une vie paisible. Un jour, il va récupérer un dossier dans un bureau, sauf que celui-ci y découvre un homme qui vient d’être tué. Les tueurs attaquent et poursuivent Yeo-hoon qui est blessé par balle et transféré à l’hôpital. Le lendemain, l’homme assassiné est identifié comme le président d’un grand groupe et Yeo-hoon devient alors le principal suspect. Yeo-hoon est admis à l’hôpital où Tae-jun travaille comme médecin résident. Tae-jun mène une vie heureuse avec sa femme enceinte, Hee-joo. Pendant son service de nuit, Tae-jun sauve Yeo-hoon des mains des tueurs.

"À bout portant"

Si vous avez aimé A Bout Portant de Fred Cavayé sortie en 2010 et que vous n'êtes pas réticent à la Corée du sud, alors The Target est fait pour vous. Au-delà du fait de découvrir un autre "cinéma", ce remake asiatique est une relecture tout à fait réussie. Elle respecte son ainé de tous les côtés sans jamais vendre son âme à qui que ce soit. J'entends par là que si l'histoire et les personnages sont sensiblement les mêmes, le film est avant tout un thriller d'action comme (presque) seuls les sud-coréens savent le faire.

D'un réalisme à toute épreuve, les scènes d'action n'en démordent pas. Quand je sortais de l'une d'entre elles, je n'ai jamais eu de mal à croire à ce qui venait ensuite, ni à me repositionner par rapport aux personnages. C'est fort, sincère et ça sonne vrai du début à la fin. A ce rythme-là, je me demande encore si je vais tomber un jour sur un mauvais film (rires). Ayant vu l'original dont il s'inspire, l'effet de surprise ne fut évidemment pas le même. En vérité, je l'ai trouvé ailleurs. Notamment dans la mise en scène millimétrée du réalisateur Chang et dans une autre mesure, dans le lyrisme des scènes d'action si chère à ce type de cinéma méconnu dans nos contrées.

Une franche réussite dont le statut de remake peut être un excellent tremplin pour oser faire le premier pas dans l'univers riche et particulier des polars asiatiques.

 

Wyrmwood de Kiah Roache-Turner (par Geoffrey)

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Après qu’une pluie de météorite ait transformé une grande partie de la population en zombies assoiffés de sang, Barry part à la recherche de sa sœur...

« Wyrmwood » est un film de zombie atypique, qui met un peu de temps à vraiment démarrer, mais qui ne s’arrête plus une fois lancé. C’est fun, c’est original et ça se veut généreux avec son public.Headshots en pagaille, sang qui gicle à flots, le tout dans une esthétique proche du post-apocalyptique façon Mad Max. On ne s’ennuie pas une seule seconde et les idées amusantes fusent les unes après les autres (mention spéciale au « carburant » utilisé par nos héros).

Après, pour être honnête, de nombreuses faiblesses risquent de gâcher le plaisir de certains, car il faut reconnaître que la réalisation (qui abuse des gros plans) autant que le scénario (et ses facilités gênantes) sont parfois bancals. Mais bordel, c’est fun ! Les amateurs de zombies doivent absolument s’y intéresser !

Pour ma part, Wyrmwood vaut un bon gros 8.5/10 qui tâche.

 

Vendredi 17/04

The House at the End of Time de Alejandro Hidalgo (par Geoffrey)

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Dulce sort de prison après 30 ans de captivité suite au meurtre de son mari et à la disparition de son fils. Bien décidée à démontrer son innocence, elle est de retour dans la maison qu’elle accuse de tous les maux. Et ceux-ci ne tardent pas à resurgir...

Précédé d’une sacrée réputation, sacré lors du Screamfest, The House at the End of Time n'aura pas déçu le public du BIFFF. Malin en diable, efficace, le scénario joue sur le paradoxes temporels pour intriguer le spectateur tout en n'oubliant pas de lui foutre la frousse à plusieurs reprises. La réalisation du vénézuelien Alejandro Hidalgo est excellente, de même que la construction de l'intrigue et le jeu des acteurs principaux, adultes comme enfants.

Il n'en faut pas plus pour faire de ce film une belle surprise que les amateurs ne doivent pas laisser passer.

Un bon 8,5/10.

 

Dimanche 19/04

Soirée de clôture (par Punisher)

Pour cette 33ème édition, j'ai eu l'extrême honneur, que dis-je, le privilège de couvrir le festival avec mon confrère Geoffrey. Ayant maté plus de films que moi, ce louviérois teinté en blond m'a coiffé au poteau. Mais pas de panique camarades d'Horreur.net car c'est à moi qu'est revenu la lourde tache de pondre un papier sur la cérémonie de clôture.

A toutes personnes réticentes de se rendre un jour à Bruxelles, je conseil de consulter le palmarès. Outre le fait de découvrir des films de genre souvent orignaux et régulièrement exceptionnel, c'est un excellent moyen de  se rendre compte de l'ambiance et la chaleur humaine si particulière qui y règne:

http://www.bifff.net/bifff-2015-awards/

BIG GAME

big

Avec Rare Exports, le réalisateur finlandais Jalmari Helander m'avait bien surpris, c'est-à-dire une version du père Noël qui est vraiment une ordure. Là ou il pastichait un personnage connu pour pondre un film fantastique familiale très sombre, il récidive d'imagination en mélangeant Rambo, les Goonies et une petite pointe de McGyver. Un pari certes risqué mais vu la qualité de son premier essai dans le genre couillu, je suis prêt à pardonner certaines erreurs. La plupart de ses dernières qui n'en sont véritablement pas toute car en ce qui me concerne, le manque de budget ne peut en aucun cas être imputable au réalisateur.

Je regrette cependant un manque général de punch mais qui reste bien contre-balancé par plusieurs séquences de bravoures à couper le souffle. Et qui ne manquent jamais d'humour ! Le film est classé pg-13 mais franchement, cela ne lui enlève pas de mérite. Même si je m'attendais à ce que les personnages soient minimalistes, je retiendrai avant tout l'équipe formée par le jeune Onni Tommila et l'indécrotable Samuel L. Jackson. L'improbabilité de ce duo faisant tout le charme sur lequel repose 80% du film. Au final ça peut paraître mince mais comme je le dis souvent, il faut parfois lâcher du lest en même temps que ces aprioris pour pouvoir apprécier un film pour ce qu'il est.

 

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