Voir la fiche complète du film : L'Asile (Roy Ward Baker - 1972)
Critique

L'asile

Un film à sketches qui crédibilise son propos par un fil rouge pertinent et immersif. Cependant, cette qualité ne se retrouve guère dans les différentes histoires contées. Des récits prévisibles et grand-guignolesques qui prêtent à la folie des traits beaucoup trop exubérants.
Publié le 22 Octobre 2017 par Dante_1984Voir la fiche de L'Asile
6
Hôpital Poupée

Les films à sketches permettent généralement de faire vivre de petites histoires qui ne nécessitent pas de s’étendre outre mesure. À la manière de courts-métrages, elles doivent se montrer brèves et rentrer dans le vif du sujet sans perdre de temps. Une thématique spécifique, une durée à respecter pour chaque segment, sans compter un fil commun qui relie l’ensemble de façon crédible. Les contraintes sont nombreuses, ne serait-ce que pour cadrer avec des codes stricts et clairement établis. Bien que limité sur le plan narratif, le genre permet de varier les plaisirs, allant de petites surprises en découverte.

Au menu du soir, la soupe à la grimace

Et l’on peut déjà noter que le prétexte pour faire succéder différents récits se tient. On arpente les couloirs d’un institut psychiatrique lugubre aux méthodes de soins particulières. En réalité, elles brillent par leur absence, ce qui confère à l’endroit de faux airs de mouroirs ou de purgatoires, selon le point de vue. Le personnage central est soumis à un test d’embauche pour découvrir la véritable identité d’un des patients. Ce qui peut signifier mettre en doute leur parole. Mais quel crédit accorder à des individus que l’on estime fous? Une sorte de contradiction permanente qui se veut d’un grand intérêt par la suite.

Contrairement à ce que l’on pourrait penser, la thématique principale n’est pas forcément la folie en elle-même. On s’attarde davantage sur la confrontation de protagonistes ordinaires face à des événements impossibles. De fait, on les considère comme fous. La folie est donc une résultante et non une cause. Mais entre les prétendues élucubrations que le médecin écoute et la véracité des faits dont les patients sont victimes, on tend bien entendu à crédibiliser l’ensemble de leurs dires par l’implacable témoignage des images. Le contexte et les propos tenus sont le point fort d’Asylum. À savoir, une confusion toute maîtrisée entre une folie de façade et une réalité moins pragmatique qu’escomptée.

Ça risque d'en faire perdre la tête à plus d'une !

Malgré cette tournure pour le moins intéressante, il persiste un problème de taille: les histoires. En l’occurrence, elles ne sont pas forcément d’une qualité inégale, défaut souvent mis en avant pour des métrages similaires. On distingue même différentes approches pour développer le sujet. Ce n’est donc pas la constance ou la variété qui laissent perplexes, encore moins l’interprétation sans faille d’un casting séduisant. De même, l’atmosphère gothique de The Weird Tailor succède à merveille aux préoccupations plus contemporaines de Frozen Fear.

La progression suscite moins d’interrogation que le fil rouge. Les enjeux sont prévisibles. Les grandes lignes, elles, sont trop explicites pour surprendre, à tout le moins convaincre le spectateur que la folie des protagonistes est aussi subtile que soudaine. Si le segment Lucy Comes to Stay est plus timoré et donc plus efficace dans son exposition, les trois autres récits font la part belle à un ton grand-guignolesque qui se traduit par des faits improbables et saugrenus. Pour cause d’une durée insuffisante, le quatrième et dernier segment s’amalgame au fil rouge pour boucler cahin-caha la visite. Au regard de l’entame et des intermèdes, un contraste qui jette un froid sur la qualité générale.

Et pas forcément dans le sens où on l'entend...

Malgré un enrobage réussi et un réel soin apporté au lien qui unit l’ensemble des segments, Asylum se solde par un constat en demi-teinte. Les intrigues disparates tendent à traiter le thème principal avec trop de bonhomie et de complaisance pour persuader le spectateur. Entre une histoire d’adultère qui vire à une malédiction vaudou «éparse», un costume maudit ou des poupées animées par la force de la pensée... Seul le troisième récit, Lucy Comes to Stay se démarque du lot avec une troublante Charlotte Rampling. En dépit des efforts entrepris et de ses qualités, Asylum délaisse l’ambiguïté d’un tel sujet pour privilégier une approche moins psychologique et plus expansive que nécessaire.

A propos de l'auteur : Dante_1984

J'ai découvert le site en 2008 et j'ai été immédiatement séduit par l'opportunité de participer à la vie d'un site qui a pour objectif de faire vivre le cinéma de genre. J'ai commencé par ajouter des fiches. Puis, j'ai souhaité faire partager mes dernières découvertes en laissant des avis sur les films que je voyais.

Autres critiques

Scarce
C'est écrit en gros sur la jaquette et sur le DVD: "Par le réalisateur de Saw 2, 3 et 4 ". Etrange... puisque les réalisateurs répondent aux noms de Jesse T. Cook et John Geddes . Quel est donc le lien avec Darren Lynn Bousman ? La réponse est plutôt étonnante et nous est donnée par la pochette Canadienne du film. Sur cette dernière figure la mention "avec commentaire de Darren Lynn Bousman" et...
Starship Troopers : Invasion
Soyez honnête : qui croyait encore que la saga Starship Troopers pouvait renaître de ses cendres ? Plus grand monde, je pense, mais il semblerait que les producteurs (qui ne sont autres que Edward Neumeier , Casper Van Dien et Joseph Chou ) n'étaient pas de cet avis. Cela dit, ils ont sans doute estimé que pour y parvenir, il fallait un changement radical d'orientation artistique afin de...
X-Files - le film
X-Files… Un nom qui fait toujours frissonner un grand nombre d’amateur de fantastique. Une série culte qui a été LE phénomène télévisuel des années 90. Neuf saisons, une pluie de récompenses aux Emmy Awards et aux Golden Globe, des scénarios extraordinaires et un duo principal qui est entré dans l’Histoire de la télévision. N’ayons pas peur des mots, X-Files fait partie des meilleures séries...
Frankenstein
Au même titre que Dracula de Bram Stoker, Frankenstein est un véritable mythe fondateur du genre fantastique. Ses thèmes, entre autres le progrès scientifique ou l’appréhension de la mort, demeurent toujours d’actualité et s’adaptent aux époques si bien que l’œuvre de Mary Shelley traverse le temps sans prendre une ride. Le cinéma a tôt fait d’accaparer un tel potentiel pour le transposer encore...
Le Territoire des Ombres : Le Monde Interdit
Alors que Luisa réussit à s'échapper, ses collègues et un détective sont bien décidés à retrouver sa trace quitte à se confronter à une mystérieuse secte aux motivations tout aussi nébuleuses. Se pourrait-il que la clef de l'énigme repose au sein du passé de la famille Valdemar ? Le premier volet de ce diptyque lovecraftien fut une incroyable surprise tant sur le fond que sur la forme...

Sur Horreur.net