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Le Château de la terreur

Un film gothique qui se préserve de tout sensationnalisme pour s’insinuer dans une épouvante toute cartésienne, entre manipulations et tortures. Le Château de la terreur se distingue par son atmosphère sinistre, parfait reflet des aspirations mesquines et vaniteuses de l’antagoniste. Une œuvre modeste par ses moyens déployés, mais qui convainc dans son exercice d’un huis clos aux atours parfois oppressants.
Publié le 11 Janvier 2021 par Dante_1984Voir la fiche de Le Château de la terreur
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Au début des années 1950, les studios Universal se dépêtrent à peine de leur période de « monstres » ; momies, vampires et consorts. Les sagas respectives ont épuisé le filon si bien qu’un ultime recyclage a lieu avec les itérations des Deux Nigauds. Les producteurs recherchent alors de nouvelles pistes en matière de frissons cinématographiques. Bien qu’il ne s’agisse pas de précurseurs en la matière, ils anticipent néanmoins la vague de films gothiques qui déferlera, par la suite, avec les productions Hammer et Amicus. Relativement passé en désuétude, Le Château de la terreur s’avance comme une incursion assez inattendue dans le sens où le film détourne les a priori de son public.

 

De prime abord, il est vrai que l’on songe à une tonalité horrifique ou fantastique. L’entame n’étant alors qu’un prétexte narratif pour impliquer le protagoniste dans un univers lugubre. Dans un premier temps, tout est amené pour laisser penser à des manifestations paranormales. L’une des occupantes des lieux n’affirme-t-elle pas qu’il se passe des « choses » étranges entre ces murs ? Les cris de souffrance qui s’échappent des geôles, les réparties sibyllines du maître des lieux ou des motivations de son entourage… Autant de critères qui contribuent à s’immerger dans un récit d’épouvante somme toute classique.

Seulement, les jeux de faux-semblants et l’enchaînement des manipulations s’éloignent rapidement de considérations irrationnelles pour se focaliser sur des machinations tangibles. On se situe alors à la lisière des genres, empruntant çà et là des aspects familiers aux films de cape et d’épée ou d’autres aux productions historiques. Il s’en dégage un parfum dramatique, presque tragique, à la découverte non des lieux ou de son passé, mais de celui propre à chaque intervenant. S’il est vrai que certains éléments demeurent un peu trop alambiqués, l’ensemble se tient et réussit à entretenir le mystère jusqu’à un certain stade.

 

Quant à la mise en scène, elle se révèle sans fioritures et plutôt soignée pour explorer le château et ses alentours. En l’occurrence, on ne parlera pas forcément d’une architecture labyrinthique. Les repères spatiaux restent facilement décelables entre les pièces à vivre, les appartements privés ou le sous-sol transformé en prison. Néanmoins, on retrouve cette volonté de flouer les occupants et, par la même occasion, le spectateur à travers la dissimulation de nombreux passages secrets ou raccourcis. La progression a beau se montrer linéaire à certains égards, elle parvient à s’insinuer dans des détours pour varier les décors, sans pour autant faire de concession sur la cohérence du cadre.

Contrairement au roman Robert Louis Stevenson, le présent métrage écarte tout trait de romantisme et d’humour. Si ce dernier point est parfaitement compréhensible au vu de la tonalité générale, le premier aurait gagné, en revanche, à apporter davantage de profondeur à l’intrigue. La relation des deux personnages principaux reste donc pudique. Ils usent des propres armes dont ils sont les victimes pour essayer de se dépêtrer de leur situation. On notera cependant une intéressante allusion aux valeurs qui distinguent la noblesse du cœur et du sang. La caractérisation va aussi en ce sens avec des séquences qui confrontent les obligations des rangs (nantis ou domestiques) et la volonté de s’y opposer.

 

Au final, Le Château de la terreur s’avance comme un drame gothique et non comme un film d’horreur « classique ». Malgré la présence de certains acteurs (Boris Karloff en tête), l’ambiance des lieux et les sous-entendus véhiculés en amont du récit, on demeure dans un cadre pragmatique. Ce qui accentue la connotation nihiliste qui découle des méfaits d’un impérial Charles Laughton. Si l’on dénote quelques maladresses et facilités en cours de chemin, il en ressort une incursion convaincante que n’aurait pas reniée Edgar Allan Poe. La notion d’enfermement est ici représentée de différentes manières ; de la plus explicite à la plus suggestive.

A propos de l'auteur : Dante_1984
Portrait de Dante_1984

J'ai découvert le site en 2008 et j'ai été immédiatement séduit par l'opportunité de participer à la vie d'un site qui a pour objectif de faire vivre le cinéma de genre. J'ai commencé par ajouter des fiches. Puis, j'ai souhaité faire partager mes dernières découvertes en laissant des avis sur les films que je voyais.

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