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Vertige – Critique

Vertige
Un film de genre français intègre, sérieux mais terriblement inégal. Une première partie visuellement très réussie mais une seconde d’assez piètre qualité. Si Abel Ferry fait montre d’une réelle volonté de bien faire, pourquoi n’a-t-il pas fait preuve de plus d’ambition ?
Publié le 1 Janvier 2008 par Ghislain Benhessa · Voir la fiche de Vertige

En France, depuis quelques années, le cinéma de genre, et tout particulièrement le domaine du film d’horreur, est en plein renouveau. Parfois pour le meilleur (A l’intérieur), et souvent pour le pire (Frontières). Cette année débarque donc dans les salles obscures Vertige, du jeune réalisateur Abel Ferry. Présenté comme une sorte de variation autour du film d’horreur classique (un tueur inconnu traque une bande de jeunes afin de les massacrer les uns après les autres), Vertige est un film curieux, pas inintéressant, construit autour de deux parties bien distinctes et malheureusement très inégales. Si certains défauts sautent aux yeux, il est clair que le sérieux affiché par le réalisateur tend à amoindrir les nombreux « points noirs » du récit.

Durant la première heure, Vertige ressemble à une sorte de Cliffhanger français, centré sur les montagnes de Croatie. Cinq amis décident de se rendre en Europe du sud afin de pratiquer la via-ferrata (sorte de croisement entre la randonnée pédestre et l’escalade) ; en effet, dans ce magnifique pays se trouve l’une des « via » les plus impressionnantes du monde. Naturellement, bien que la passe soit fermée (un écriteau indique qu’elle est impraticable), nos cinq insouciants décident de tenter le coup. S’ensuit l’inévitable : certaines « prises » prévues sur les rochers lâchent puis un pont suspendu entre deux montagnes cède sous le poids de l’un des personnages.

Abel Ferry, durant cette première partie, fait montre d’une vraie dextérité dans sa manière de filmer à la fois les paysages montagneux et les « défis » auxquels les cinq jeunes sont confrontés. Avec les moyens du bord – on sent bien que le réalisateur ni dispose pas du budget de Cliffhanger, avec Sylvester Stallone, réalisé il y a plus d’une dizaine d’années et resté célèbre pour ses scènes d’alpinisme dans les Rocheuses – Abel Ferry parvient à filmer des séquences de haute voltige de grande qualité. Si les acteurs devaient avoir le vertige en tournant ce type de scène, les spectateurs eux-mêmes ne sont pas épargnés et se trouvent littéralement propulsés en plein coeur des montagnes croates. C’est bien sur ce point que réside l’un des atouts majeurs du film : la qualité de cette première heure, qui permet à Ferry de déployer toute sa maîtrise lorsqu’il s’agit de filmer la montagne et ses dangers, est incontestable. Bien que le volet psychologique de chaque personnage soit extrêmement sommaire – ce qui rend par là même impossible tout principe d’identification – Abel Ferry transcende la pauvreté du récit par son goût pour la montagne et pour les séquences purement visuelles.

Cependant, et c’est bien là que le long-métrage du jeune cinéaste français pêche considérablement, la seconde partie du film n’est absolument pas à la hauteur. A partir du moment où nos cinq compères se rendent compte qu’ils sont en réalité traqués par une sorte de monstrueux braconnier, la suite se déroule de façon convenue et répétitive. Le film dérive vers le slasher pur et dur : il s’agit d’échapper au tueur par tous les moyens possibles. Les séquences « montagnes » sont alors terminées et le film se déploie de manière stéréotypée, sans aucune surprise. Ferry ne parvient dès lors plus à nous étonner et s’enfonce vers un cinéma d’horreur certes efficace mais lesté de très nombreux clichés.

De plus, le jeune cinéaste français ne parvient jamais à trouver un angle d’attaque pertinent pour filmer l’affrontement entre les cinq héros et le monstre : la caméra virevolte dans tous les sens, les plans deviennent extrêmement confus ; bref, les scènes prétendument horrifiques sont formellement assez incohérentes.

Enfin, l’un des gros défauts du film réside dans son boogeyman : comment Abel Ferry a-t-il pu concevoir un montre aussi peu charismatique et radical ? Car, loin des sommets du genre, aux antipodes des monstres classiques du cinéma d’horreur, le monstre de Vertige est une sorte d’« ermite braconnier », très peu terrifiant, quasiment ridicule. Là où le spectateur pouvait s’attendre à trouver un colosse herculéen, surdimensionné, Ferry nous offre le spectacle affligeant d’une espèce de « marginal forestier », sorte de croisement loufoque entre le Gollum du Seigneur des anneaux et La petite maison dans la prairie.

Il n’en reste pas moins vrai que Ferry traite toujours son sujet avec sérieux. Probablement intègre, le jeune réalisateur tente d’utiliser les conventions du genre pour réaliser un film d’horreur qui, en raison du cadre dans lequel il s'inscrit (la montagne), tranche considérablement avec les atmosphères de huis clos souvent propres aux films d’angoisse. Mais les quelques originalités apportées au genre (principalement situées dans la première partie), si elles se révèlent sympathiques, ne suffisent pas à construire un bon film. Vertige est une oeuvre sympathique mais mineure ; si l’on désire mieux connaître le cinéma d’horreur français actuel, mieux vaut s’attarder sur Ils, de David Moreau et Xavier Palud. Un premier film qui, pour le coup, faisait montre d’une constance qui manque cruellement à Vertige.

Ghislain Benhessa
À propos de l’auteur : Ghislain Benhessa

J'adore le cinéma depuis très longtemps. Ma motivation a toujours été de voir quelles sont les questions que les films me posent, en quoi toute image, de par son utilisation, peut se révéler source d'évocations à destination du spectateur.

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