Voir la fiche complète du film : 47 Ronin (Carl Erik Rinsch - 2013)

47 Ronin

47 ronin est globalement décevant où l’esthétisme prévaut sur la cohérence et l’atmosphère. Une histoire de samouraïs assez banale et linéaire, malgré un matériau de base prometteur. Un blockbuster basique, victime de sa propre production.
Publié le 28 Avril 2014 par Dante_1984Voir la fiche de 47 Ronin
6

Le tournage de 47 ronin aura été pour le moins chaotique. De nouvelles scènes filmées, travail sur une 3D toujours aussi inutile, tensions au sein de la production, scénario écrit et réécrit… Les déboires du premier métrage de Carl Rinsch sont nombreux. Après deux dates annoncées (initialement prévu pour fin 2012), puis repoussées consécutivement, l’hexagone est servi en dernier pour un projet qui n’aura pas enchanté les États-Unis et le Japon. Pour preuve, les chiffres sont alarmants : environ 150 millions de dollars de recettes au box-office mondial pour un budget qui avoisine les 175 millions. Apparemment, trop d’attente tue l’attente. Aussi bien l’accueil du public que les critiques sont mitigés, pour ne pas dire assassin. Quelle est la raison de cet échec cuisant ?


Engagez-vous, qu’il disait !

Pourtant, ce récit est l’un des plus célèbres de l’archipel japonais et a déjà été maintes fois décliné à l’écran dans des versions plus ou moins proche de la légende originelle (qui s’inspire elle-même d’un fait réel). La nouveauté n’est pas vraiment de mise avec une sombre intrigue d’honneur, de vengeance et de loyauté au pays des samouraïs. Néanmoins, on peut espérer retrouver une période historique du Japon immersive, crédible et enchanteresse. Contrairement aux apparences, nous ne sommes pas en présence d’une production nipponne traditionnelle, mais d’un film made in USA avec toutes les craintes que cela procure.

Et des craintes, on peut en avoir. Là où le cinéaste souhaitait être très respectueux du genre, les producteurs ont décidé de l’axer vers le grand public. Autrement dit, l’on vise la vache à lait en la prenant pour plus bête qu’elle ne l’est. D’emblée, l’on comprend la raison de cet échec commercial. À trop vouloir faire dans le grandiloquent sans trop réfléchir et sans risque, on finit par se vautrer lamentablement. Toutes considérations mercantiles écartées, 47 ronin possède-t-il des qualités ou n’est-ce qu’un vulgaire étron à éviter ? On l’a vu un peu plus haut, l’intrigue reste assez linéaire et simpliste dans ses fondements.


Pourquoi cette tête de déterré ?

On sent les remous provoqués par les dissensions au sein de l’équipe. On a droit à un peu tout et rien. Fantasy, chanbara, historique, action, drame… La succession des genres se prête bien à l’époque, mais il manque le liant pour magnifier ce Japon féodal aux traitements fantasmés. Certes, l’environnement est bluffant avec des panoramas somptueux (bien qu’un peu trop vite expédiés) où l’on contemple des paysages aussi disparates que réussis sur le plan esthétique. Forêt hantée, port malfamé, village, architecture nipponne… Cette beauté à la lisière du rêve est paradoxalement le point qui empêchera de développer une atmosphère crédible, à tout le moins prenante.

On a l’impression que l’on a voulu se baser sur la mythologie nipponne (avec toutes les créatures fantastiques que cela implique) dans un contexte historique. Certains y arrivent, mais l’on sent dans le cas présent un côté artificiel, véritable obstacle pour s’y plonger corps et âme. D’ailleurs, on ne creuse jamais assez cet aspect au fil de la trame. Des évocations, des effets spéciaux sans faille et une mise en scène léchée ne suffisent pas à combler les carences narratives (les dialogues sont d’une platitude désespérante). Pour les novices qui ne possèdent pas un minimum de connaissances sur le sujet, l’entreprise sera une belle odyssée, mais rarement provocatrice de sensations inoubliables. N’est pas Miyazaki qui veut…


Ça ne vous rappelle rien ?

Le rythme reste assez soutenu et les combats disposent de chorégraphies travaillées. L’histoire s’axe principalement sur des affrontements au sabre avec un penchant évident pour le surréalisme (surtout à la fin). Les cadrages sont propres et parviennent à suivre l’action sans trop de dommages. Mention spéciale aux trucages (décors, monstres…) qui donnent l’illusion d’être au Japon alors que le tournage s’est déroulé entre… Londres et Budapest ! Un comble qui trahit un manque d’authenticité. Avec une telle optique, difficile d’obtenir un film homogène et efficace, à moins d’un miracle.

Heureusement, le casting se montre beaucoup moins discutable. Keanu Reeves possède le charisme nécessaire pour soutenir la tête d’affiche, même si ses expressions faciales restent assez limitées dans l’ensemble. Pour le seconder, on a droit à des acteurs japonais qui ont déjà fait leurs preuves et occupent l’écran avec une certaine présence. En ce qui concerne leurs rôles, les caractères sont facilement dissemblables avec néanmoins une évolution assez restreinte et prévisible dans leur progression. Il en ressort une composition compétente, sans grands reproches à l’horizon, mais nullement étonnante.


A la niche !

Au final, 47 ronin est une petite déception. Malgré des atouts indéniables sur la forme avec un rythme équilibré, un cadre somptueux (mais peu réaliste) et des combats honnêtes, ce premier métrage dans les mains de Carl Rinsch laisse comme un goût amer en travers de la bouche. Scénario prévisible qui tente de mélanger fantasy et film historique sans créer une véritable alchimie entre les deux genres, on regrette de voir un Japon féodal fantasmé à la mythologie dense finalement peu développé. L’approche onirique ne prend pas. La faute aux multiples contradictions qui se succèdent au fil de l’intrigue. Ce n’est pas un navet, mais l’on constate un résultat mitigé pour une production brinquebalante qui, sans l’aide de personne, sera parvenu à plomber son propre film. Visuellement réussi, mais creux et conventionnel.

A propos de l'auteur : Dante_1984
Portrait de Dante_1984

J'ai découvert le site en 2008 et j'ai été immédiatement séduit par l'opportunité de participer à la vie d'un site qui a pour objectif de faire vivre le cinéma de genre. J'ai commencé par ajouter des fiches. Puis, j'ai souhaité faire partager mes dernières découvertes en laissant des avis sur les films que je voyais.

Autres critiques

American Nightmare
Les dystopies ont toujours été un pilier de la science-fiction. Grâce à des univers aussi dissemblables qu'inquiétants, l'on s'immerge dans des sociétés totalitaires où les « citoyens » sont victimes de lois abusives, d'un régime répressif ou d'un cataclysme majeur. Le regain d'intérêt pour ce sous-genre s'est confirmé récemment avec le succès de la saga Hunger games . Alors que cette dernière...
Aux Yeux des Vivants
Passé quasiment inaperçu lors de sa sortie en salle à cause d’une distribution restreinte, Aux Yeux des Vivants est le troisième long-métrage du duo de réalisateurs formé par Alexandre Bustillo et Julien Maury. Après deux premiers essais réussis et originaux, A l’intérieur (2007) et Livide (2011), dans lesquels les cinéastes imposaient leurs styles avec talent, respectivement à...
Echap
Depuis l'avènement des caméras numériques, je ne vous apprends rien, il est devenu beaucoup plus simple pour n'importe quel cinéaste amateur de mettre en images ses créations. Cela étant, s'il sont bourrés d'idées, ces réalisateurs en herbe n'ont souvent pas les moyens de leurs ambitions. C'est ainsi qu'une profusion de films au budget rachitique ont vu le jour ces...
Goal of the Dead
On dit souvent que le film de genre français est mal aimé, pas assez soutenu (notamment par les aides publiques), puis boudé par les spectateurs. Des affirmations malheureusement vraies au regard des films sortis en salles ces dernières années. Livide de Julien Maury et Alexandre Bustillo, La Traque d'Antoine Blossier, Le Village des ombres de Fouad Benhammou ou encore La Meute de Franck...
Empire of the Sharks
Avec Planet of the Sharks , Mark Atkins transposait le film de requins dans un contexte post-apocalyptique façon Waterworld . Sur fond de cataclysme écologique, il en ressortait une incursion étonnante (dans le mauvais sens du terme) tant l’ensemble s’avérait médiocre et vide d’intérêt. La faute à un manque d’enjeux bien définis et à une progression en roue libre, elle-...